Marco Lopez et sa femme Sandra Escalera sont arrivés du Mexique en 2010 pour compléter leur doctorat à l'Université Laval, avec leurs deux enfants, Bruno et Rebecca. Mme Escalera croit que l'Université Laval, qui cherche à attirer des étudiants étrangers, pourrait fournir un meilleur encadrement, notamment à ceux qui ont des familles.

Manque de ressources pour les parents-étudiants

Jamil*, 33 ans, est criblé de dettes depuis qu'il a décidé de quitter le Maroc pour venir faire un doctorat à l'Université Laval. Il ne croyait pas que déménager avec toute sa famille à Québec, le temps de ses études, le mènerait au bord du gouffre.
«Je n'ai pas eu assez d'information. D'un côté, on nous donne la permission de venir étudier au pays avec notre famille, mais de l'autre, c'est très compliqué pour les assurances», se désole-t-il. 
Mari et père d'un enfant de 5 ans, Jamil est arrivé à l'Université Laval en décembre 2015 pour réaliser «un rêve» : faire de la recherche en génie des eaux. Lui et sa femme, des professionnels qui travaillaient depuis huit ans, ont quitté leurs emplois et vendu leur maison pour venir au pays. Dès le départ, Jamil a été surpris de constater qu'il ne pouvait pas payer une prime pour inclure sa famille dans l'assurance offerte par l'Université Laval.
Il a donc dû rapidement trouver une assurance médicale privée pour eux. Lorsque sa femme est tombée enceinte, au printemps dernier, il a toutefois constaté que l'assurance ne couvrait pas les suivis de grossesse ni les accouchements. «Le problème, c'est qu'on est considérés comme des touristes. On a seulement accès à des assurances-voyage, alors qu'un projet d'étude, ça peut durer trois ou quatre ans», soupire sa femme. 
Profondément déprimé en juin dernier, Jamil a failli tout laisser tomber et retourner au Maroc. Le couple a plutôt choisi de rester au Québec et d'assumer la facture : 12 000 $ pour un accouchement par césarienne et 3000 $ pour les suivis de grossesse. Sa fille de deux mois dans les bras, Jamil explique qu'il doit maintenant trouver un boulot pour arrondir les fins de mois, car sa bourse d'études est loin d'être suffisante. 
Sandra Escalera et son mari complètent tous les deux un doctorat à l'Université Laval. Partis du Mexique en 2010 avec leurs deux enfants, ils ont dû se débrouiller seuls, avec un français approximatif, à leur arrivée. «On arrive en août alors que tous les logements sont signés depuis le 1er juillet. On veut inscrire les enfants à l'école ou les faire vacciner, et ça prend des semaines, voire des mois, avant que les gens reconnaissent que oui, on y a droit», raconte Mme Escalera, 39 ans.  
Faire plus
Mme Escalera croit que l'Université Laval pourrait faire plus pour aider les étudiants étrangers qui ont des familles : mieux les informer lorsqu'ils sont dans leur pays d'origine et les aider avec les multiples démarches administratives à leur arrivée. Surtout que ces cerveaux que l'Université tente d'attirer par du recrutement international paient des droits de scolarité plus élevés. «Si tu veux avoir des étudiants étrangers, il faut en prendre soin», juge Mme Escalera. 
Des moments difficiles comme ceux qu'ont vécus Jamil et Sandra, Annie-Pierre Bélanger s'en est fait raconter plusieurs. Et pas seulement de la part d'étudiants étrangers. Celle qui coordonne l'Association des parents étudiants de l'Université Laval (APÉtUL) estime que l'institution n'a pas le réflexe de penser que plusieurs de ses étudiants sont aussi des parents. 
C'est pourquoi l'APÉtUL considère qu'il est temps que l'Université Laval se dote d'une politique familiale. «Il y a des accommodements pour les gens qui sont handicapés, mais il n'y a rien de prévu pour les femmes enceintes, qui viennent d'accoucher ou les parents en général», explique Mme Bélanger. 
Pour les femmes qui viennent d'accoucher, l'APÉtUL ne demande pas de congé de maternité à proprement parler. Juste le droit formel de prendre «une pause» sans compromettre ses études. Si l'étudiant manque un examen parce qu'il doit s'occuper de son enfant malade, le professeur peut accepter ou non qu'il y ait une reprise. «Il y a des facultés où ça va super bien, où les gens sont compréhensifs, mais d'autres non. On aimerait qu'il y ait une uniformité», plaide Mme Bélanger. 
L'APÉtUL souhaite également que les parents qui choisissent de compléter leurs études à temps partiel, parce qu'ils ont de jeunes enfants, ne perdent pas leur statut d'étudiant à temps plein, qui donne droit à plusieurs rabais, notamment dans les transports en commun. 
Étudiante à la maîtrise en sociologie, Annie-Pierre Bélanger a eu quatre enfants durant ses études universitaires. Elle aurait aimé, par exemple, qu'il y ait au moins une table à langer dans les toilettes principales de chaque pavillon et des chaises hautes dans les cafétérias.
Selon Mme Bélanger, une politique familiale donnerait aux étudiants-parents de meilleures chances de réussir leurs études. «La période de fertilité, ça arrive au moment de l'université, surtout pour ceux qui poursuivent à la maîtrise et au doctorat.» L'APÉtUL aimerait que cette question devienne un enjeu de la course au rectorat, qui aura lieu ce printemps. Pour l'heure, aucune université québécoise n'a de politique familiale. 
* nom fictif. L'étudiant a souhaité garder l'anonymat
L'Université Laval ouverte à une politique familiale
L'Université Laval tend l'oreille aux revendications des étudiants-parents et évalue en ce moment la possibilité de se doter d'une politique familiale. «Nous évaluons la possibilité d'accorder un statut à temps plein à un ou une étudiante-parent qui étudie à temps partiel, afin qu'il ou elle soit éligible aux prêts et bourses», indique Andrée-Anne Stewart, porte-parole de l'Université. 
La direction de l'institution dit comprendre la réalité de ces étudiants et travailler en ce moment le dossier en collaboration avec les associations étudiantes que sont la CADEUL (1er cycle) et l'AELIES (2e et 3e cycle). Deux rencontres avec l'APÉtUL ont eu lieu l'automne dernier. Mme Stewart indique que l'Université cherche en ce moment à avoir un portrait complet de la situation et des besoins de ces étudiants-parents. Par exemple, quel âge ils ont, s'ils travaillent en même temps qu'ils étudient, etc. 
Quant à la situation des étudiants étrangers, qui sont aussi parents, Mme Stewart affirme qu'ils sont informés dès le départ de la nécessité de contracter une assurance complémentaire privée pour leur famille. «Nous insistons sur l'importance de bien lire, même les petits caractères, des propositions d'assurance complémentaire.» 
La porte-parole de l'Université Laval déplore toutefois les situations difficiles dans lesquelles certains étudiants peuvent se retrouver. «Nous sommes sensibles aux différentes situations vécues par certains étudiants et nous sommes très désolés, c'est pourquoi nous tentons de mettre à leur disposition les éléments importants leur permettant de faire un choix éclairé en matière d'assurance et de couverture», indique Mme Stewart.
Combien sont-ils?
Difficile d'évaluer le nombre d'étudiants universitaires qui sont aussi des parents. Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur ne possède pas de telles statistiques. La seule et dernière étude sur le sujet a été faite dans le réseau de l'Université du Québec (UQ), qui compte 10 universités. L'enquête ICOPE 2011 révèle que 23 % des étudiants du réseau de l'UQ ont de jeunes enfants. Si cette même proportion était transposée à l'Université Laval - qui ne possède pas de chiffres sur le sujet, - c'est dire qu'il y aurait près de 10 000 étudiants-parents qui fréquentent l'institution.