Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx

Lutte contre l’intimidation: les écoles ont déjà les «outils», estime Proulx

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’entend pas soumettre une proposition législative pour s’attaquer au problème d’intimidation en milieu scolaire, jugeant que les écoles du Québec possèdent déjà les «outils» pour y arriver.

«Il y a une loi qui est en place pour lutter contre l’intimidation, les violences et les violences sexuelles», a dit le ministre, questionné en Chambre par le Parti québécois (PQ) sur les agressions sexuelles vécues par des enfants à l’école. 

Pour M. Proulx, les commissions scolaires possèdent également les «outils financiers pour pouvoir travailler» à lutter contre la problématique.

«C’est dans les écoles que se passent ces événements, si événements il y a, et c’est dans les écoles qu’on doit travailler pour les enrayer et prévenir. Ce n’est pas ici, à l’Assemblée nationale, qu’on va établir les guides [pour régler des conflits]. C’est dans les écoles qu’on va faire ce travail», a répondu le ministre lors de la période de questions.  

Alors que la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire, Carole Poirier, talonnait le ministre sur la nécessité d’une loi-cadre sur les agressions sexuelles à l’école, Sébastien Proulx a réaffirmé que l’existence de la Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école outille de façon adéquate les écoles pour faire face au problème et le régler. 

La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire, Carole Poirier, et la porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, Diane Lamarre (à droite)

Pétition

Plus tôt, le PQ avait organisé un point de presse en compagnie d’intervenants du milieu scolaire pour présenter une pétition dont les signataires dénoncent le manque de teneur de la loi actuelle et des moyens mis en place pour lutter contre l’intimidation. 

En coulisse, une mère dont l’enfant a été victime d’intimidation a confié au Soleil que même si la loi existe depuis cinq ans, «elle n’a jamais été réellement appliquée».

Une motion en ce sens a aussi été déposée par le Parti québécois, mais celle-ci a été battue par le gouvernement. 

Au nombre des mesures concrètes, le PQ réclame, comme plusieurs acteurs, l’élargissement du mandat du protecteur de l’élève. Celui-ci devrait être neutre — et non relever des commissions scolaires — et son mandat devrait s’appliquer à l’ensemble des élèves du système scolaire québécois, public et privé. 

En décembre dernier, le ministre avait convenu que le protecteur de l’élève était une institution «qui ne fonctionne pas» et que le modèle actuel devait être revu. Or, à ce jour, rien n’est sur la table, déplore l’opposition officielle. 

«Oui, ça nous prend des milieux qui sont exempts de cette intimidation et surtout de cette violence, mais on va y travailler à l’intérieur de nos outils, et des outils, nous en avons, des ressources, il y en a», a soutenu le ministre, qui n’exclut pas que de l’accompagnement reste à faire auprès des intervenants scolaires. 

L’initiative Profs en mouvement des deux jeunes enseignantes Jessica Dorval et Viviane Lagacé a été saluée par les députés Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, et Carole Poirier, du Parti québécois.

Les profs déçus

Les deux enseignantes à l’origine du groupe Profs en mouvement, Viviane Lagacé et Jessica Dorval, sont venues à l’Assemblée nationale pour remettre en main propre au ministre Proulx leur manifeste, or cette rencontre espérée n’a pas eu lieu.

«L’invitation a été lancée et on espérait qu’il se joigne à nous, mais malheureusement il n’est pas là», a dit Jessica Dorval, déçue. 

Le Soleil rapportait mardi l’histoire de ces deux enseignantes qui ont recueilli des témoignages d’enseignants de niveau primaire et secondaire et qui racontent leur désarroi dans un manifeste coup de poing adressé au ministre. 

«C’est dommage que le ministre n’ait pas jugé bon ou important de venir vous rencontrer en personne», a commenté le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. 

Celui-ci était accompagné de la députée péquiste Carole Poirier, qui a elle aussi salué l’initiative des deux enseignantes. 

«Il y a là un programme politique intéressant de réforme de nos classes et du système d’éducation», a dit Mme Poirier. Les deux parlementaires auront finalement remis une copie du manifeste au ministre. 

Citant un extrait du manifeste, le chef du PQ Jean-François Lisée a accusé le gouvernement de Philippe Couillard de «faire payer» les «compressions» budgétaires du gouvernement «par les enfants du Québec». 

Le premier ministre s’est défendu en disant que son gouvernement avait pu dégager les sommes nécessaires pour un réinvestissement massif en éducation.