Les écoles publiques peinent à garder leur clientèle au secondaire

S'ils préfèrent les bancs d'école publics au primaire, près du tiers des élèves de certaines commissions scolaires de la grande région de Québec choisissent de poursuivre leur cheminement dans les écoles privées au secondaire. Les autorités scolaires redoublent d'efforts pour freiner l'exode, alors que certains de leurs établissements sont loin d'être bondés.
Sans surprise, les commissions scolaires des Découvreurs et des Navigateurs sont celles où l'hémorragie est la plus importante. Dans la première, 28 % des enfants étaient partis en septembre dernier du réseau public, ce qui correspond à un peu moins de 250 élèves. Dans la seconde, les chiffres ne sont pas aussi précis, mais la porte-parole, Louise Boisvert, indique qu'en moyenne, c'est 30 % de la clientèle qui choisit le privé.
À la commission scolaire de la Capitale, l'exode est moins important. En 2012-2013 - les derniers chiffres disponibles -, 16,3 % des jeunes n'avaient pas sélectionné une de ses écoles. Toutefois, certaines familles peuvent aussi avoir déménagé, indique-t-on. Aux Premières Seigneuries, 18,8 % des élèves à la rentrée 2013-2014 avait déserté ses établissements au profit de ceux du privé. Cela représente 318 jeunes.
Ses dirigeants surveillent de près ces chiffres pour ce qu'elle appelle son «suivi de clientèle». L'année précédente, c'était 18,1 % de sa clientèle qu'elle perdait, contre 17,3 % en 2011-2012 et 18,5 % en 2010-2011. «On identifie les milieux où il y a le plus de départs vers le privé et les actions que les écoles secondaires de bassin doivent faire pour essayer de convaincre les élèves et les parents de rester au public», explique le secrétaire général de la commission scolaire des Premières-Seigneuries, Jean-François Parent.
Efforts récompensés
Aux Découvreurs, on étudie également attentivement les données d'année en année. Le directeur des services éducatifs, Christian Pleau, se réjouit d'ailleurs d'être passé, pour la première fois l'an dernier, sous la barre des 30 % d'élèves qui choisissent une école secondaire privée après leur primaire au public.
«C'est des chiffres positifs, on ose penser que c'est le fruit de nos efforts et la qualité de nos services qui y sont pour quelque chose», avance-t-il, soulignant entre autres l'implantation de programmes particuliers en langues et en sport ainsi que l'encadrement plus serré des élèves qui, selon lui, n'a plus rien à envier au privé.
M. Pleau explique néanmoins que sa commission est implantée dans un milieu particulier puisque les écoles privées «foisonnent», soit dans l'arrondissement de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge et dans les villes de Saint-Augustin-de-Desmaures et de L'Ancienne-Lorette. Il n'aime pas parler de concurrence avec le privé puisque, selon lui, les deux entités n'évoluent pas sur la même patinoire.
«On a un équilibre à respecter entre l'offre de services qui compétitionne le privé et la responsabilité pour la persévérance des enfants plus en difficulté», fait-il valoir.
Le directeur des services éducatifs souligne par ailleurs que les écoles secondaires du territoire pourraient largement accueillir les jeunes qui préfèrent le privé puisqu'elles ont fait les frais de la dénatalité au cours des dernières années.
Même son de cloche à la commission scolaire des Navigateurs. «De l'espace, on pourra toujours en trouver, agrandir, regrouper en fonction des cycles, etc. On remuerait mer et monde pour tous les garder et c'est d'ailleurs notre objectif!» s'exclame la porte-parole, Louise Boisvert, qui déplore l'«exode» vers le privé.
Plus de programmes
Elle souligne la multiplication des programmes et profils particuliers offerts pour attirer les élèves et évoque les efforts entrepris pour pallier la méconnaissance des services, comme l'organisation de journées portes ouvertes, du salon de la rentrée ou encore l'utilisation des médias sociaux. Mais, explique-t-elle, «il y a des mythes qui persistent, des habitudes culturelles fortement ancrées qui se perpétuent de génération en génération».
Un constat partagé par toutes les commissions scolaires interrogées.
Une importante étude sur le financement en cours
Il va sans dire que la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) voit d'un mauvais oeil les élèves quitter les écoles de son réseau pour des établissements secondaires privés. L'organisation prépare d'ailleurs une importante étude sur le financement des écoles privées afin de déboulonner certains mythes.
«On est en train de faire une analyse en profondeur du financement du réseau privé au Québec [...]. On veut être capable de faire des démonstrations, documenter des sujets», explique la présidente, Josée Bouchard. Les résultats de ce travail, le plus important jamais réalisé sur le sujet selon elle, seront dévoilés au printemps.
La présidente estime que cela donnera des munitions à la FCSQ lorsqu'elle aura à se rasseoir avec le gouvernement pour discuter des finances de ses membres. La Fédération déplore entre autres que les écoles privées soient financées à 60 % par Québec, de l'argent qui pourrait plutôt servir à donner davantage de services aux élèves du public, selon elle.
Le président de la Fédération des établissements d'enseignement privé (FEEP), Jean-Marc Saint-Jacques, conteste ce chiffre souvent avancé, affirmant qu'il s'agit plutôt de moins de 50 % de l'argent des écoles privées qui provient du gouvernement. «Si tous nos élèves s'en allaient au public, il faudrait que l'État québécois mette 50 % de plus pour ces 100 000 élèves-là», fait-il valoir, rappelant par ailleurs que tous les parents payent des taxes scolaires.