Les maires de Québec et Montréal réclament davantage de pouvoir en matière d'éducation.

Les commissions scolaires défendent leur expertise

Guerre de juridiction en vue entre Montréal et Québec et les commissions scolaires. Les premières veulent s'arroger des pouvoirs en éducation; les secondes font valoir le peu de connaissance des villes en matière d'éducation.
Le document rendu public mercredi par les maires de Québec, Régis Labeaume, et de Montréal, Denis Coderre, intitulé Un nouveau pacte pour les grandes villes réclame un nouveau partage des responsabilités et postule que les villes doivent avoir plus de pouvoirs en matière d'éducation. Les maires voudraient pouvoir gérer les bâtiments et installations scolaires, les locaux, les cours d'école, les équipements de loisir et de sport. Ils citent même des exemples de municipalités françaises qui prennent en charge les inscriptions, la garde des enfants et les cantines scolaires.
«La toile de fond de ce débat est l'échec de la démocratie scolaire, qui fait que la plupart des dirigeants des commissions scolaires ont une légitimité fragile. Assez pour croire que les élus municipaux, qui incarnent la seule démocratie locale fonctionnelle, pourraient prendre le relais, écrivent les villes. Les conseils municipaux deviendraient en fait des lieux de débat pour recentrer l'école au sein de la communauté et en améliorer la qualité. En région, peut-être à travers les MRC. Mais à Montréal et Québec, il y a une logique évidente à confier ces fonctions à la Ville.»
En confiant cette gestion à d'autres entités, on pourrait ainsi éliminer purement et simplement les commissions scolaires, plaide-t-on.
Des demandes qui ont fait sursauter la Fédération des commissions scolaires du Québec. Son vice-président, Richard Flibotte, admet ne pas comprendre la fronde des villes. Il souligne qu'il existe au Québec environ 1540 ententes de partages d'équipement entre les écoles et les villes. Ce n'est pas vrai, selon lui, que les deux entités fonctionnent en silo, comme le prétendent les maires. «Il y a des perceptions qui semblent erronées.»
Table déjà pleine
Pour ce qui est de confier les tâches aux élus municipaux, M. Flibotte doute de la faisabilité de l'idée. «Il n'y a pas de la pensée magique là-dedans? Nous, pour côtoyer les élus municipaux, leur table est pleine. Souvent, ils nous disent [...] : "On en a par-dessus la tête et on voudrait en plus prendre l'éducation, gérer des bâtisses, de la taxe, parler de réussite?"»
Les commissions scolaires ont développé une expertise dans le domaine de l'éducation, y sont entièrement dévouées, ce qui n'est pas le cas des villes, soutient-il. Il souligne à cet effet que les frais de gestion des commissions scolaires sont de moins de 5 %, contre 14 % pour les municipalités. «Ils vont faire ces choses-là, à trois fois le coût? Ça ne nous semble pas une panacée ce qui est mis sur la table.»
Et quand les maires font valoir que dans les grandes villes américaines, c'est l'administration municipale qui contrôle le réseau des écoles, le v.-p. de la FCSQ rétorque que «si on regarde le classement des États-Unis dans les pays de l'OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] pour la performance des élèves et tout ce qui touche la réussite, ils sont très, très loin derrière nous».
«C'est nous qui gérons tout ça, encore une fois à des coûts moindres que la municipalité peut le faire. Et on a des résultats. On estime que nous, c'est notre champ de compétence. Et si on se met à démembrer cette structure-là pour donner des pouvoirs à un et à l'autre, il y a peut-être des liens qui ne se feront pas et au bout du compte, c'est le service aux élèves qui va écoper», conclut M. Flibotte.