Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx

Les classes spécialisées pas bloquées à 15 ans

Le ministère de l'Éducation ne met pas de bâtons dans les roues des jeunes de 15 ans qui ont accumulé un grand retard scolaire et qui veulent tout de même persévérer pour obtenir un diplôme d'études secondaires (DES), assure le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx.
Lundi, Le Soleil racontait l'histoire d'Anne-Marie Dussault, 15 ans, de Lévis, qui se voit obligée de quitter l'école secondaire l'Envol en septembre pour étudier dans un Centre de formation en entreprise et récupération (CFER). Un parcours qui la mènera non pas vers le DES, mais vers une formation préparatoire au travail. Pas intéressée par les stages en entreprise, Anne-Marie souhaite rester sur les bancs d'école et persévérer dans le volet académique, malgré ses difficultés. 
M. Proulx a réagi en soutenant qu'aucune directive émanant de son ministère interdit aux jeunes de plus de 15 ans de poursuivre un apprentissage à leur rythme dans les classes spécialisées des écoles secondaires.
«C'est une décision locale d'agir différemment. Mon souhait, c'est de s'assurer que la commission scolaire et les parents conviennent de la meilleure offre de scolarisation pour la jeune fille. (...) Mais ce n'est pas une règle ministérielle qui empêche la jeune fille au-delà d'un certain âge d'avoir des services spécialisés dans des classes dites spécialisées», a-t-il soutenu. 
La commission scolaire des Navigateurs a admis mardi qu'il n'y a pas de directives à cet effet, mais plutôt des «orientations ministérielles». «Nous partageons les mêmes visées que le ministre. Notre préoccupation est d'offrir le meilleur service adapté aux besoins de tous nos élèves», a indiqué la directrice des communications Louise Boisvert, sans préciser toutefois si la commission scolaire allait offrir d'autres alternatives à Anne-Marie Dussault ou lui permettre de rester dans la classe spécialisée qu'elle fréquente en ce moment. 
Réactions
Le critique en éducation de la Coalition avenir Québec (CAQ) Jean-François Roberge trouve que la situation d'Anne-Marie est «inadmissible». «C'est le monde à l'envers! (...) C'est comme si le système d'éducation mettait cette élève-là à la porte de l'école», a-t-il dénoncé.
Selon lui, le système doit arrêter de faire du «mur à mur» et forcer certains jeunes à aller dans des programmes qui ne leur conviennent pas parce qu'ils apprennent lentement. 
«Je regarde les taux de qualifications et d'attestations que nous avons au Québec et je ne vois pas une progression significative qui me porte à croire qu'on pousse des jeunes vers des formations comme celles-là», réplique le ministre Proulx. Selon lui, les formations préparatoires au travail répondent à un réel besoin, mais doivent être offertes à travers «un bouquet de possibilités».
Le ministre de l'Éducation a réagi à l'histoire d'Anne-Marie Dussault (à gauche), 15 ans, de Lévis, qui se voit obligée de quitter l'école secondaire l'Envol en septembre pour étudier dans un Centre de formation en entreprise et récupération (CFER).
«Il y a un gros ménage à faire dans la façon dont sont gérées les classes spécialisées», commente pour sa part Brigitte Dubé, présidente de la Coalition des parents d'enfants à besoins particuliers. 
Selon elle, le problème provient du fait que la Loi sur l'instruction publique laisse place «à l'interprétation». Si bien que dans chaque commission scolaire, on se retrouve avec des offres «à géométrie variable» pour les élèves en difficulté. 
Corrine Payne, la présidente de la Fédération des comités de parents, croit pour sa part que le système doit s'adapter aux besoins de l'élève, et non le contraire. Mme Payne réclame la mise en place d'un Protecteur de l'élève neutre et indépendant, qui pourrait avoir un regard «critique et impartial» sur les politiques des commissions scolaires.