Finie l’époque des corridors sales à cause des bottes. L’école de demain aura un vestiaire commun à l’entrée où l’on devra se déchausser et laisser neige, sel et slush derrière soi.
Finie l’époque des corridors sales à cause des bottes. L’école de demain aura un vestiaire commun à l’entrée où l’on devra se déchausser et laisser neige, sel et slush derrière soi.

L'école du futur dévoilée [PHOTOS + VIDÉO]

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
Cofondé par le chef Ricardo Larrivée, l’athlète Pierre Lavoie et l’architecte Pierre Thibault, le Lab-École a rendu publiques lundi les premières esquisses de son projet d’école à Québec. Au menu : terrasses de récréation sur le toit avec vue sur le centre-ville, larges «ruelles d’apprentissages» et classes flexibles attendent les élèves de cette école du futur.

Le projet d’école primaire à Québec ouvrira ses portes en 2022 et viendra remplacer le vétuste bâtiment de l’école Stadacona, dans Limoilou. Constitué de 20 classes, l’établissement scolaire accueillera plus de 420 élèves.

Les corridors de l’école ont été élargis et imaginés comme des «ruelles d’apprentissage», nanties de chaises et de tables, pour permettre de nouvelles approches pédagogiques. Les élèves pourront s’y retrouver pour travailler ensemble, à plusieurs niveaux scolaires confondus.

«Toutes les classes donnent sur une ruelle d’apprentissage, qui est elle-même fenestrée directement sur l’extérieur, explique l’architecte Pierre Thibault. Dans le cadre des nouvelles pédagogies, le corridor élargi permet d’y faire des activités qui se feraient normalement en classe. Et ce sera un corridor qui n’est plus encombré par des vêtements.»

L'extérieur de la future école Stadacona, dans Limoilou

Car finit l’époque des corridors obstrués par les vêtements et sales à cause des bottes. L’école de demain aura un vestiaire commun à l’entrée où l’on devra se déchausser et laisser neige, sel et slush derrière soi.

L’établissement scolaire aura une cour de récréation sur le toit, avec une belle vue sur le centre-ville de Québec

Les salles de classe seront flexibles, c’est-à-dire que les professeurs pourront les aménager à leur guise, selon leur besoin du moment. «Les classes s’ouvrent l’une sur l’autre, ce qui permet de créer des moments où il va pouvoir y avoir des travaux conjoints, détaille l’architecte Pierre Thibault. La classe est aussi fenestrée vers la ruelle d’apprentissage, donc le professeur va pouvoir continuer à superviser l’ensemble.»

«J’aimerais ça avoir une terrasse dans mon école, un endroit où je pourrais sortir. Aussi, je voudrais un toit vert», souhaite un enfant, dans une vidéo présentée par le Lab-école. Chose promise, chose due; esquissé en paliers, l’établissement scolaire aura des espaces supplémentaires utilisables sur le toit, avec une belle vue sur le centre-ville de Québec.

«On est en ville avec une parcelle de taille modeste pour une école de cette ampleur, donc on a fait un édifice en paliers de sorte que les toitures deviennent des extensions de la classe, car on est au même niveau, ce qui augmente l’air de jeu des enfants», explique l’architecte Pierre Thibault.

Repenser l’école

L’école inclura aussi notamment des espaces collaboratifs, une cuisine, une salle à manger et des gradins lumineux faisant la jonction entre les différents éléments. L’aspect communautaire joue un rôle central au projet. Ces espaces pourront s’ouvrir à la communauté en dehors des heures de classe.

«Une école c’est le cœur d’une communauté, commente le chef Ricardo Larrivée. Il n’y a pas de raison qu’une école ne soit pas ouverte 24h/24, 7 jours semaine si la ville ou le quartier en a besoin, que ce soit pour des cours, pour de la cuisine collective ou du sport. C’est aussi un lieu pour mettre en lien les personnes âgées avec les plus jeunes, comme avec les potagers collectifs.»

Les corridors de l’école ont été élargis et imaginés comme des «ruelles d’apprentissage» affublées de chaises et de tables, pour permettre de nouvelles approches pédagogiques.

L’insonorisation prend également une part importante du projet. Le côté résonnant des écoles anciennes augmente la cacophonie, notamment lors des repas. «Lorsque les surfaces sont absorbantes, les enfants ont tendance à parler plus bas, ce qui change la dynamique, poursuit-il. Il y a une quiétude ce qui met les enfants dans de meilleures dispositions pour apprendre.»

«On sait maintenant qu’avec la lumière naturelle abondante, des matériaux naturels, une bonne ventilation, il y a une réduction du nombre de décrochage scolaire et de burnout chez les professeurs, en plus d’un sentiment de fierté rehaussé pour les élèves et la communauté, analyse Pierre Thibault. Il y a des retombées énormes sur le fait de bien penser un projet.»

L’alimentation nourrit le projet

En cofondant le Lab-École, il était couru d’office que le chef Ricardo Larrivée se chargerait de l’aspect alimentation. «Quand on parle aux enfants et qu’on leur demande comment on pourrait améliorer leur heure de lunch – d’abord ce n’est quasiment jamais une heure de lunch, c’est souvent 15 minutes à manger sur les genoux – ils répondent très souvent qu’ils ont envie de manger dehors, indique le chef. Ce n’est pas quelque chose qui coûte des milliards de manger dehors.»

L’école de Québec est aménagée de sorte à avoir assez d’espace disponible de cour pour les élèves, ainsi qu’une importance particulière allouée à la cuisine et la salle à manger.

«Ça permet d’avoir des élèves qui se sont rempli les poumons d’airs et qui sont plus réceptifs à l’apprentissage ensuite», poursuit le chef.

Une terrasse sur le toit. 

Un projet à 19,4M$

Organisme à but non lucratif, le Lab-École conçoit des écoles du futur en rassemblant des experts multidisciplinaires. «Grâce à ces écoles, nous faisons un grand bond en avant, indique le cofondateur du Lab-École et athlète, Pierre Lavoie. Ces projets n’ont rien à voir avec ce qui existe en ce moment. Nous sommes à mille lieues de la traditionnelle boîte carrée sur deux étages. Il s’agit plutôt de lieux d’apprentissage de type pavillonnaire, de toits en pente, de formes plus organiques. Nous sommes complètement ailleurs. D’ailleurs, lorsque les intervenants scolaires ont vu les concepts, ils étaient surpris de constater qu’une école, ça pouvait aussi être ça.»

Le projet d’école à Québec représente un investissement de 19,4M$ du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. «Le futur c’est l’éducation, affirme le chef Ricardo Larrivée. Ce n’est jamais une dette, c’est un investissement.»

Cinq autres projets d’école de ce type, pour Saguenay, Gatineau, Shefford, Rimouski et Maskinongé, ont été dévoilés lundi.

L’école du futur à Rimouski

Une école du futur à Rimouski

Le projet à Rimouski diffère sur plusieurs points de celui de Québec, du fait de son installation dans un cadre champêtre. Il s’agit d’une toute nouvelle école qui sera construite sur la rue Anne Hébert. «L’école sera dans un nouveau quartier en pleine ébullition, détaille Ricardo Larrivée. Le terrain est voisin d’une forêt précoloniale, ce qui est très rare, car il n’y en a presque plus. Les enfants pourront s’y promener. Depuis l’école, il y a une vue sur le fleuve qui est spectaculaire.» Les architectes ont pris en compte le terrain, la luminosité, la chaleur ainsi que le vent pour concevoir l’établissement.

Une école du futur à Rimouski

La structure s’étend comme une grande toiture, à l’image d’une grange, selon l’architecte Pierre Thibault. «Il y a deux volumes, commente-t-il. L’un à l’entrée qui rassemble tous les éléments communautaires, comme le gymnase et un autre, où il y a toutes les classes vers le nord et un espace de circulation du côté sud. Tout ce mur est entièrement vitré, alors quand on est à l’école on a l’impression d’être dehors et inversement. Ça permet une grande fluidité entre l’intérieur et l’extérieur, et aussi d’avoir une lumière naturelle.»

L’école ouvrira également ses portes pour la rentrée 2022.

Une école du futur à Rimouski