Le zéro disparaît des bulletins

En cette fin d'année scolaire, vous avez reçu - ou recevrez bientôt par la poste - le bulletin de votre enfant. Depuis l'an dernier, les chiffres sont bel et bien de retour sur ce précieux bout de papier, mais certains nombres y brillent par leur absence. Le zéro, hantise de plusieurs élèves, a disparu du bulletin.
En septembre 2007, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a fait disparaître les lettres et les cotes dans le bulletin pour les remplacer par les pourcentages. Mais les enseignants peuvent continuer d'évaluer leurs élèves avec des lettres, qu'il faut ensuite convertir en chiffres.
C'est ainsi que le zéro a été évacué de plusieurs grilles de conversion, qui varient d'une commission scolaire et même d'une école à l'autre. À la commission scolaire de la Capitale par exemple, la plus basse note possible, qui correspond à la lettre E, est 24 %.
Une pratique dénoncée par le Syndicat de l'enseignement de la région de Québec. «C'est aberrant. C'est comme si on nous empêchait de donner le portrait réel du jeune», lance son président, Denis Simard.
Même son de cloche au Syndicat de l'enseignement des Deux Rives. «Ça n'a pas de bon sens», affirme sa présidente, Andrée Turbide. Et les élèves le savent très bien, ajoute-t-elle. «Les élèves disent aux profs : “Ça ne dérange pas, même si j'écris rien dans mon examen, je vais avoir 32 %.”»
À la commission scolaire de la Capitale, la grille de conversion est calquée sur celle proposée par le ministère de l'Éducation, explique le directeur adjoint des services éducatifs, Roger Delisle, qui minimise la disparition du zéro. «L'enseignant porte un jugement sur l'ensemble de l'année. Ce serait très étonnant qu'on mette à l'élève un zéro dans ces circonstances», dit-il. M. Delisle précise par ailleurs que la mention «non évalué» existe lorsqu'un élève a été absent une bonne partie de l'année scolaire.
Évaluation basée sur les compétences
À la commission scolaire des Premières-Seigneuries, la directrice adjointe aux affaires éducatives, Line Beaulieu, estime que cette façon d'évaluer «a tout à fait sa place» puisque avec la réforme, l'évaluation est maintenant basée sur des compétences. «À moins d'avoir été complètement absent, il est pratiquement impossible que l'élève n'ait pas développé un minimum de compétences en cours d'année», fait-elle valoir.
La disparition du zéro est toutefois loin d'être la seule préoccupation des enseignants, qui en ont long à dire sur les bulletins. L'évaluation des élèves s'est complexifiée avec la réforme, et les compétences sont difficiles à évaluer, ont indiqué plusieurs enseignants au Soleil. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, veut d'ailleurs revoir la façon d'évaluer les élèves l'an prochain.
Redoublement
Par ailleurs, même si un élève obtenait un zéro dans son bulletin, rien n'indique qu'il reprendrait son année. Même si le redoublement est dorénavant permis par le ministère de l'Éducation, il reste quasi inexistant dans les écoles du Québec. En 2007-2008, 2 % des élèves du primaire ont redoublé, selon les chiffres du ministère.
Au quotidien, l'organisation scolaire et les considérations budgétaires prennent facilement le dessus, selon Andrée Turbide. «Il ne faut pas se le cacher, lorsque le ministère avait aboli le redoublement, on savait très bien que c'était aussi pour des raisons financières», dit-elle.
Dans certaines écoles secondaires, le nombre d'élèves qui redoublent est limité. «La direction nous a avertis qu'il y avait seulement 14 places pour des doubleurs», raconte un prof de français de deuxième secondaire, qui préfère ne pas être identifié. «Qu'est-ce que je fais si j'ai 70  élèves qui coulent?»
Dans certains cas, il suffit d'une intervention des parents pour éviter le redoublement. Une enseignante de Québec en a fait l'expérience avec son beau-fils. Elle n'a fait que poser quelques questions sur les résultats de l'élève et la direction lui a tout de suite proposé de le faire passer.
«Il y a beaucoup de marchandage de notes qui se fait dans les écoles, dit-elle. Je peux vous assurer qu'à partir de 50  %, n'importe quel parent peut se présenter dans une école et tenir son bout, son jeune va passer.»