Il est temps que le Québec vise plus haut qu'un objectif de 80 % de taux de diplomation, juge le ministre Sébastien Proulx. «À mon avis, c'est pas suffisant.»

Le ministre Proulx vise haut avec son «nouveau cycle»

Ce n'est pas une réforme, mais «le début d'un nouveau cycle» en éducation que le ministre Sébastien Proulx a l'ambition de provoquer, avec le dévoilement le 21 juin à Québec de sa politique sur la réussite éducative.
Création d'un Institut national d'excellence en éducation, apprentissage des codes informatiques à un jeune âge, valorisation de la profession enseignante par plusieurs «gestes concrets» : la politique répondra à plusieurs enjeux. Lancées l'automne dernier, les 50 pistes de réflexion du ministre Proulx ont, selon lui, toutes passé le test de la faisabilité. «Je ne mets rien de côté», lance le ministre, qui voudra plutôt présenter des échéanciers et des étapes pour réaliser le tout dans le bon ordre. 
En entrevue éditoriale au Soleil, le ministre Proulx explique qu'il souhaitait ratisser large et viser haut. D'abord, il croit qu'il «est temps» que le Québec vise plus haut qu'un objectif de 80 % de taux de diplomation. «À mon avis, c'est pas suffisant», lance celui qui précisera quelle sera sa nouvelle cible la semaine prochaine, alors que le taux de diplomation actuel est de 78,8 %,ce qui englobe toutes les qualifications menant au marché du travail. 
Horizon 2017-2030
Sa politique se déploiera à l'horizon 2017-2030, car il souhaite être capable de suivre une cohorte d'enfants de la maternelle 4 ans jusqu'à la fin du secondaire. M. Proulx a décidé d'agir à long terme parce qu'il croit aussi qu'il faut «dépolitiser» l'éducation, et voir plus loin que ce que son propre gouvernement a la possibilité de faire maintenant. 
«Je pense que c'est comme une nouvelle fondation que nous mettons en place. Les gens jugeront si à la fin, on est dans les réformes, mais je dirais qu'il y a un nouveau fondement à tout ça.» M. Proulx soutient que depuis 50 ans, le Québec a travaillé à bâtir les écoles et l'enseignement qui s'y donne. Aujourd'hui, il souhaite s'attarder non seulement à ce qui se passe dans la salle de classe et à l'école, mais à tout ce qui gravite autour. 
M. Proulx répète que l'éducation, «ça commence à la petite enfance et ça se poursuit tout au long de la vie». Et pour qu'une société soit plus éduquée, plusieurs doivent mettre la main  à la pâte. 
Pour écrire sa politique, M. Proulx n'a pas hésité à consulter à l'extérieur du système. «On ne peut pas parler de mobilisation de tous en éducation en parlant seulement avec l'école et en parlant seulement avec le ministère», croit-il. Pour réussir, le ministre est tout de même conscient qu'il doit s'allier une grande majorité d'enseignants. «Il est très clair pour moi qu'il n'y a aucun changement possible, structurant, sans que nos enseignants soient partie prenante de ça, parce qu'ils sont au coeur de notre système. Mais pour ce faire, il faut avoir une relation de confiance avec eux.»
de l'enthousiasme 
Comme ministre de l'Éducation depuis un peu plus d'un an, M. Proulx dit serrer la main de profs souvent, car il essaie d'être dans au moins une école toutes les semaines. Il reçoit également des profs directement dans son bureau. «Il n'y a pas que les centrales syndicales avec lesquelles on peut discuter», plaide-t-il.
Combinant les rôles de ministre de l'Éducation et de ministre de la Famille depuis février 2016, M. Proulx croit  avoir «causé la surprise» à son arrivée, avec tous les chantiers qu'il proposait. Avant lui, le ministère de l'Éducation avait plutôt eu droit à une succession de ministres qui peinaient à rester en place plus d'un an. Aujourd'hui, M. Proulx dit sentir plus d'enthousiasme. «Il y a toujours quelques réfractaires au changement, mais j'ai la tête dure.» 
M. Proulx explique que ce qui transcende l'ensemble des actions qu'il proposera, c'est de contrer l'analphabétisme au Québec. «C'est pas un sujet très attirant. C'est pas un sujet qui permet de faire des gains à court terme [...] mais c'est un mal qui ronge notre société». Car les nombreux adultes qui sont analphabètes fonctionnels et qui ne peuvent, par exemple, se rendre à la fin de la lecture de cet article sont aussi des parents. Et c'est «ce cycle» d'analphabétisme que le ministre cherche à briser.
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Le voile levé sur quelques mesures
Valoriser la job de prof
Le ministre de l'Éducation promet plusieurs «gestes concrets» pour valoriser la profesion enseignante. Et ce sera davantage qu'une simple campagne de publicité. Selon lui, il faut «rehausser» la formation initiale à l'Université, offrir de la formation continue, mais surtout, leur laisser leur autonomie et leur faire confiance. Les enseignants ont la «capacité d'inventer des stratégies pour garder le contact avec le jeune. [...] Il ne faut pas tout formater et on le fait trop», juge le ministre. Même si l'idée de créer un Ordre professionnel des enseignants avait été mal reçue par les syndicats, M. Proulx n'est pas prêt à la mettre à la poubelle. «Il n'y a aucun moyen qui est exclu maintenant», évoque-t-il.  
Oui à un centre d'excellence
La création d'un Institut national d'excellence en éducation, qui aura pour mission de mettre de l'ordre dans la recherche scientifique, sera vraisemblablement l'une des pièces maîtresses de la Politique sur la réussite éducative. «Il y a de fortes chances que ce soit présent», a lancé M. Proulx. Selon lui, il est important que cet organisme puisse orienter les enseignants vers les meilleures pratiques à utiliser dans leur classe. Cet Institut ne sera pas physiquement installé dans un bureau, mais pourra nourrir une plate-forme virtuelle qui donnera accès à beaucoup d'outils. Selon lui, l'Institut pourra guider et valider les choix politiques que les gouvernements feront. «Ça va aussi nous permettre de se préserver contre les saveurs du jour», croit le ministre, qui veut désormais éviter les tendances à la mode que l'on tente d'implanter dans toutes les écoles, sans preuve que ça fonctionne.
Apprendre à coder à un jeune âge
Le ministre croit que l'apprentissage des codes informatiques devra se faire tôt au Québec. «Je pense qu'il faut être en mesure de débuter ces expériences-là dans notre système scolaire», soutient M. Proulx, sans préciser à quel âge et comment les enfants devraient être mis en contact avec la programmation. «Ce serait une erreur de dire: je vais l'implanter de force [...] On va regarder ce qui se fait de bien ici et ailleurs et on va proposer une démarche au système scolaire.» En collaboration avec sa collègue à l'Économie Dominique Anglade, M. Proulx prépare un plan numérique pour les écoles, afin que les Québécois ne soient plus seulement des utilisateurs de technologie, mais des influenceurs. «Le numérique, ce n'est pas pour remplacer les apprentissages et ce n'est pas une matière en soi qu'il faut mettre dans le cursus au détriment des autres. C'est un outil», croit M. Proulx.
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Petit exercice d'autoévaluation
Comme on demande à certains enfants de le faire dans les écoles, Le Soleil a demandé au ministre de l'Éducation de faire une autoévaluation de son travail. 
Q De quoi suis-je fier?
R Je pense incarner qu'il faut parler d'éducation [...] et qu'il faut avoir de l'ambition pour notre système éducatif.
Q Qu'est-ce que je peux améliorer?
R Ma patience! J'aime que les choses bougent rapidement.
Q Quelle note vous donnez-vous?
R Je suis satisfait du travail que je fais. [M. Proulx préfère ne pas s'octroyer de note]