Paul-Antoine Cardin

L'avenir de la TaCEQ en péril

L'une des quatre associations étudiantes nationales pourrait disparaître. L'avenir de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), qui représente 70 000 étudiants, se jouera au cours des prochains mois lors de votes sur la désaffiliation de ses membres.
À l'échelle de la province, la TaCEQ représente tous les étudiants de l'Université Laval, les étudiants de deuxième et troisième cycles de l'Université de Sherbrooke, ainsi que les étudiants de premier cycle de l'Université McGill.
Les membres du Regroupement des étudiantes et des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l'Université de Sherbrooke (REMDUS), se sont prononcés à 70 % pour un divorce avec la TaCEQ, lors d'un référendum tenu du 21 au 23 janvier. Le résultat doit être entériné ce soir en assemblée générale. Une formalité, selon la présidente du REMDUS, Marie-Pier Boisvert.
La tenue d'un tel vote vient bien souvent avec une dose d'insatisfaction chez les membres. Plusieurs tensions se sont accumulées au fil des mois au sein de la TaCEQ, à commencer par la grève étudiante de 2012. «Il y a eu beaucoup de critiques parce que la TaCEQ n'était pas assez présente [entre autres dans les médias]. Elle l'a été à la fin quand elle est allée s'asseoir à la table de négociations [avec le gouvernement]», explique la présidente.
Étant la plus petite association membre de la TaCEQ, avec 6000 membres, le REMDUS avait moins de poids au sein de la Table et «devait travailler deux fois plus fort» pour faire passer ses idées, ajoute Mme Boisvert. Mais le départ de l'association sherbrookoise, si petite soit-elle, suffit pour remettre en question la survie de la TaCEQ, créée en 2009.
Paul-Antoine Cardin, secrétaire général de la TaCEQ, admet lui-même que «des réflexions» sont à faire. Ce dernier n'a pas voulu commenter l'avenir de l'association. «Ce sont aux membres de décider.» Ces derniers se réuniront d'ailleurs dimanche pour discuter de leur avenir commun.
L'Association étudiante de l'Université McGill (AEUM) se questionne quant à elle sérieusement sur la pertinence de la TaCEQ sans le REMDUS. Le vice-président aux affaires externes, Samuel Harris, ne cache pas qu'il y a beaucoup d'irritants, notamment le temps fou qu'a pris la TaCEQ à accorder les permissions nécessaires pour la traduction en anglais de ses documents.
Un silence coûteux
L'annulation du congrès sur la réforme de l'association et son silence au sujet de la charte de la laïcité ont été les gouttes qui ont fait déborder le vase. «Pour nous, c'est extrêmement clair que c'est [le projet de loi 60] discriminatoire», explique-t-il. Ainsi, les membres de l'AEUM ont été amèrement déçus de voir que la TaCEQ ne prendrait pas position sur l'épineuse question qui touche beaucoup le campus montréalais. «On se demande si on est vraiment à la bonne place», ajoute-t-il. Le conseil législatif de l'AEUM tiendra probablement un vote dans les prochains jours afin de déterminer si elle consultera ses membres sur son affiliation à la TaCEQ.
À l'Association des étudiantes et étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), un référendum pour confirmer son appartenance à la TaCEQ était prévu l'automne prochain. Mais le départ du REMDUS entraîne plutôt une réflexion sur sa possible désaffiliation, admet le vice-président aux affaires externes, Stéphane Lebrun. Le conseil d'administration de l'AELIES doit se réunir le 12 février et il pourrait alors être question de devancer le référendum au printemps.
Selon M. Lebrun, si la TaCEQ venait à mourir, les étudiants des cycles supérieurs de l'Université Laval ne seraient pas pressés de joindre un nouveau regroupement national. «On a les moyens de faire une partie de nos représentations», affirme-t-il.
Des consultations sont aussi en marche à la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL), qui évoque les mêmes insatisfactions à l'égard de la TaCEQ que ses consoeurs francophones. Selon certaines sources, l'association de premier cycle pensait déjà à un référendum de désaffiliation en février 2013.
Si la TaCEQ disparaît, il resterait alors la FEUQ, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ou l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), pour représenter les étudiants du Québec à l'échelle nationale.