La violence à l'école en légère baisse

Les coups, les menaces et les insultes dans les écoles québécoises ont été un peu moins fréquents en 2015 qu'en 2013.
C'est ce qui ressort de la vaste étude de la chercheuse Claire Beaumont, de la Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif de l'Université Laval, dont les résultats ont été présentés mardi. Son équipe et elle ont compilé les réponses de 40 000 élèves, enseignants et parents pour mettre à jour leur première étude de 2013. 
L'universitaire s'est dite «surprise» de voir des changements s'opérer déjà en deux ans. «C'est un changement positif, mais qui reste faible», dit-elle toutefois, parce que «les valeurs et les comportements sont parfois longs à changer». 
Par exemple, 35 % des jeunes du primaire ont été insultés ou traités de noms en 2015, alors que 38 % étaient victimes de tels comportements en 2013. Pour ce qui est des coups, 20 % des enfants en recevaient en 2015, alors qu'ils étaient 23 % à subir le même sort en 2013. 
Tout comme il y a deux ans, les cas de violence sont plus importants au primaire qu'au secondaire. Dans les polyvalentes, 7 % des élèves ont raconté avoir été frappés en 2015. 
Parmi les comportements étudiés, c'est le nombre de filles du primaire qui sont victimes d'exclusion sociale qui a le plus diminué. Les surnoms à connotation sexuelle comme «fif», «tapette» ou «gouine» sortiraient aussi moins souvent de la bouche des enfants. 
L'étude démontre également que les élèves sont moins violents envers les enseignants. Au primaire, les profs menacés avec un objet (arme, bâton, mobilier) sont passés de 2,7 % en 2013 à 1,7 % en 2015.
<p>Claire Beaumont, chercheuse à l'Université Laval</p>
Conflits ethniques
Les conflits ethniques sont la seule problématique qui soit en augmentation selon l'étude, autant au primaire qu'au secondaire. «Les enfants voient, entendent et lisent tout ce qui se passe dans l'actualité, dans notre société, et ils développent certaines perceptions», soutient la chercheuse. 
Bien que son étude montre généralement des résultats positifs, Mme Beaumont soutient qu'il ne faudrait pas pour autant banaliser la problématique. «Le fait qu'il y ait un faible pourcentage d'élèves qui vivent de l'intimidation ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire ou qu'il faut passer à autre chose», dit-elle. 
Appelé à réagir à l'étude, le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx s'est dit encouragé de voir que les mesures mises en place depuis l'adoption de la loi 56, en 2012, portent leurs fruits. La loi prévoit que toutes les écoles doivent consigner les épisodes de violence et mettre sur pied un mécanisme de dénonciation. 
Le ministre se dit toutefois conscient que l'intimidation à l'école est toujours d'actualité et que c'est «l'affaire de tous». «Lorsqu'on est en situation où on intimide, qu'on soit agresseur ou victime, on n'est pas dans son plein potentiel pour la réussite», dit-il.
Plus de cellulaires, pas plus de cyberintimidation
L'étude de l'Université Laval a aussi permis de mesurer à quel point les jeunes ont accès à Internet et aux appareils mobiles. 
En 2015, 88 % des jeunes possédaient un appareil électronique pouvant recevoir ou envoyer des textos, alors qu'en 2013, la proportion était de 77 %. Un bond de 11 % en deux ans seulement. Mais même si la technologie est plus présente dans leurs vies, les jeunes ne disent pas vivre plus de cyberintimidation, soit par texto ou sur les réseaux sociaux.  «L'éducation face à ces appareils-là fait son chemin. On n'est plus dans la diabolisation de l'instrument, mais plutôt dans le "comment s'en servir"», commente Claire Beaumont.