La majorité des groupes entendus en commission parlementaire, jeudi, au sujet de la pesée des écoliers se sont affichés contre, sauf pour les jeunes athlètes de pointe, pour qui la balance est un outil d'entraînement.

La santé des jeunes, pas juste une question de poids

Ils étaient à l'Assemblée nationale pour débattre de la pertinence de la pesée des élèves québécois dans les cours d'éducation physique... et ils ont ouvert une boîte de Pandore contenant tous les périls menaçant le tour de taille des jeunes jusque dans les murs de l'école.
Disons-le d'emblée, en commission parlementaire, jeudi, la majorité des groupes entendus au sujet de la pesée des écoliers se sont affichés contre, sauf pour les jeunes athlètes de pointe, pour qui la balance est outil d'entraînement. La pratique est jugée inutile en contexte éducatif, voire dommageable si un élève est stigmatisé ou s'il développe ensuite une fixation sur son apparence, son poids. 
C'est Anorexie et boulimie Québec qui avait porté une pétition lancée par une jeune fille opposée à la pesée; pétition qui a soulevé l'intérêt des parlementaires, d'où l'audition de jeudi. Responsable du volet éducation et prévention au sein de l'organisme, Mélanie Guénette-Robert résume la plupart des interventions : «La pesée dans le cadre des cours d'éducation physique doit cesser. [...] Ça devrait être dans le cadre d'un suivi médical.»
Une voix discordante, toutefois, à la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FEEPEQ). Elle maintient que, dans le cours intitulé «éducation physique et à la santé», la pesée permet d'entamer la discussion avec les élèves et d'identifier quelques cas plus problématiques afin de les diriger vers les services de santé.
Mais il y a fort à parier que les jours de la pesée à l'école sont comptés. Les députés libéraux et caquistes ont pris acte de l'opposition des intervenants. Le péquiste Alexandre Cloutier l'a déjà enterrée : «La pesée n'est pas le bon moyen en soi pour atteindre nos objectifs d'avoir les meilleures habitudes de vie et d'encourager nos jeunes à avoir davantage d'activités sportives.»
Pour y arriver, il faudra cependant accroître les ressources dans les écoles et former les profs pour parler alimentation, malbouffe, image corporelle, régime, activités physiques... «Le focus devrait être plutôt sur les comportements [...], sur l'estime de soi au niveau de son corps et sur la diversité des corps aussi», recommande le psychiatre Pierre-Olivier Nadeau, de l'hôpital Sainte-Justine.
Environnement «obésogène»
Car il y a péril, semble-t-il. L'obésité est épidémique; beaucoup de jeunes ne s'activent pas; la malbouffe s'installe à demeure devant les écoles du Québec, sans opposition. Tous les intervenants le déplorent. La directrice de la Coalition poids, Corinne Voyer, propose même de couper dans le français et les maths pour augmenter les heures de sport à l'école.
Et elle ajoute à l'adresse des élus : le gouvernement ne fait rien contre le «fléau» des boissons sucrées. En plus, les écoles sont souvent mal aménagées, parfois les aires de repas sont désolantes et n'offrent aucun abreuvoir!
«Quinze minutes, ce n'est pas long pour une récréation», poursuit la présidente de la Fédération des comités de parents, Corrine Payne. D'autant plus que l'accès aux infrastructures municipales de loisirs est difficile pour de nombreuses écoles.
Tous les groupes réclament la création rapide d'un comité gouvernemental pour réformer la pesée, revoir le programme d'enseignement, débloquer des fonds pour former les profs... Les élus ont écouté. Reste à voir s'ils ont enregistré.