La politique de réussite éducative devra proposer toute une démarche pour augmenter le taux de diplomation qui stagne autour de 74 % au Québec.

La politique de réussite éducative attendue de pied ferme mercredi

Les attentes sont élevées à la veille du dépôt de la Politique sur la réussite éducative du gouvernement Couillard.
Le document, qui couvrira la période 2017-2030, est attendu de pied ferme. Il devra proposer toute une démarche pour augmenter le taux de diplomation qui stagne autour de 74 %, selon Égide Royer, professeur au département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de l'Université Laval.
Que le Québec affiche un si bas taux de réussite comparativement aux autres provinces canadiennes est rien de moins qu'un «scandale», ajoute M. Royer, qui évaluera la politique présentée mercredi à l'aide de sa propre «grille d'analyse».
L'éminence grise en éducation s'attend notamment à ce que les libéraux:
- s'engagent à offrir d'ici 2022 la maternelle 4 ans à tous les enfants;
- rendent obligatoire l'école jusqu'à 18 ans;
- identifient la littéracie comme un élément fondamental de la réussite scolaire;
- accordent une attention particulière aux jeunes garçons en difficulté;
- rehaussent les critères d'admission pour devenir enseignant;
- reconnaissent que l'enseignement est une profession et qu'elle doit être encadrée par deux ordres professionnels (pour enseignants et orthopédagogues);
- créent un Institut d'excellence en éducation, un organisme indépendant qui deviendrait la référence en ce qui a trait aux pratiques exemplaires qui reposent sur des données probantes.
Cette dernière mesure s'inspire du système scolaire anglophone, qui ne fait pas place à l'improvisation mais s'appuie plutôt sur la recherche et les faits documentés, selon M. Royer.
Le premier ministre Philippe Couillard avait lui-même affirmé l'an dernier vouloir s'inspirer des commissions scolaires anglophones, qui mobilisent les parents autour de la réussite et affichent bon an mal an un taux de diplomation autour de 85 pour cent.
«Très nettement les commissions scolaires anglophones se distinguent, souvent parce que l'éducation pour la communauté anglophone est une valeur extrêmement importante, comme pour la communauté francophone ontarienne», a affirmé M. Royer, en entrevue à La Presse canadienne, mardi.
Le taux de diplomation en Ontario est de 86 %; chez les Franco-Ontariens, ce chiffre grimpe à 92 %.
«C'est pas temps de copier les anglophones que d'être capables d'identifier les principaux leviers des meilleurs systèmes éducatifs», notamment l'intervention précoce, la formation des enseignants et la mobilisation de la communauté, a-t-il ajouté. Plusieurs de ces thèmes ont d'ailleurs été abordés lors du conseil général du Parti libéral du Québec en mai dernier, à Drummondville.
Si le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, parvient à mettre tous ces chantiers en branle, ce sera ni plus ni moins une deuxième Révolution tranquille, a déclaré M. Royer.
Les attentes sont aussi très élevées du côté du Parti québécois (PQ), qui ne veut rien savoir de «voeux pieux».
«La politique va être un succès si les mesures sont ciblées, et lorsqu'on les lit on comprend ce que ça veut dire et que la phrase d'après c'est qu'il y a des sommes qui y sont attitrées», a affirmé le porte-parole péquiste en matière d'éducation, Alexandre Cloutier, en entrevue téléphonique.
La réussite éducative, selon lui, passe surtout par un seuil minimal de psychologues, psychoéducateurs, orthophonistes et techniciens en éducation spécialisée dans chaque commission scolaire. Il y a actuellement trop de disparités entre régions, s'est insurgé M. Cloutier.
D'après lui, une véritable «crise de confiance» secoue l'école publique québécoise, qui s'est récemment vue affublée du titre d'école la plus inégalitaire au pays par le Conseil supérieur de l'éducation, en raison de la multiplication de ses programmes particuliers sélectifs.
Le député caquiste Jean-François Roberge a pour sa part invité le gouvernement à accélérer le déploiement des maternelles 4 ans, et à repenser la «gouvernance» des commissions scolaires.