En conférence de presse la semaine dernière, le président du Conseil du Trésor du Québec, Christian Dubé, a voulu se faire rassurant. «Ce n’est pas aux gens d’achats de dire que ça prend tel tableau pour donner l’éducation ou tel genre de seringue dans la santé.» Par contre, il souligne que le système actuel a fait en sorte que des ordinateurs ou du mobilier ont souvent été achetés en trop et ont dormi dans des entrepôts.

La centralisation des achats en éducation dénoncée

Dès 2020, le gouvernement du Québec veut obliger tous les ministères et organismes à regrouper certains de leurs achats. Des économies de 295 millions $ par année sont dans la mire. Un projet décrié par le milieu de l’éducation, qui réclame plus de souplesse et d’autonomie.

Présenté la semaine dernière, le projet de loi 37 qui crée le Centre d’acquisitions gouvernementales (CAG) et Infrastructures technologiques Québec (ITQ) a fait peu de bruit. Mais dans le milieu de l’éducation, il a provoqué une onde de choc.

«On ne comprend pas le gouvernement. D’une main, il envoie plus d’argent directement dans les écoles, pour les services aux élèves, mais de l’autre main, il dit : “Finalement avec votre argent, vous allez acheter ce qu’on vous dit d’acheter.” C’est complètement incohérent comme discours», dénonce Chedlia Touil, directrice générale de Collecto, un organisme sans but lucratif qui offre des services regroupés aux écoles. 

Les écoles primaires, secondaires, les cégeps et les universités achètent environ 20 % de leur matériel de façon regroupée, ce qui n’est pas assez au goût de Christian Dubé, président du Conseil du Trésor. 

Mme Touil plaide que les achats regroupés à grande échelle s’appliquent mal au réseau éducatif. Selon elle, les enseignants et les écoles doivent rester autonomes afin d’acheter le matériel pédagogique qui leur convient. Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a l’intention cet automne de présenter un projet de loi pour abolir les élections scolaires et donner plus de pouvoir aux écoles. Il souhaite également reconnaître l’autonomie professionnelle des enseignants. 

Une volonté qui est contraire à ce que propose le projet de loi 37 de son collègue, évalue Mme Touil. «Le gouvernement n’apprend pas de ses erreurs. À chaque fois qu’on a essayé de centraliser en éducation, ça n’a pas fonctionné.»

Achats en trop

En conférence de presse la semaine dernière, M. Dubé a voulu se faire rassurant. «Ce n’est pas aux gens d’achats de dire que ça prend tel tableau pour donner l’éducation ou tel genre de seringue dans la santé.»

Par contre, il souligne que le système actuel a fait en sorte que des ordinateurs ou du mobilier ont souvent été achetés en trop et ont dormi dans des entrepôts. M. Dubé souhaite avoir une meilleure vue d’ensemble de tout ce qui est acheté par le gouvernement, afin de faire des économies. 

Dans tout l’appareil gouvernemental, environ le tiers des achats de près de 9 milliards $ par année sont faits de façon regroupée, selon la bonne volonté des ministères et organismes. M. Dubé compte voir cette proportion augmenter en obligeant les ministères et organismes à emprunter cette voie, pour acheter du papier ou de l’essence pour les véhicules par exemple. 

La Fédération des cégeps dénonce l’intention du gouvernement de créer ces deux superstructures (CAG et ITQ), compte tenu de «l’expérience désastreuse» qu’a connu le Centre de services partagés du Québec (CSPQ) depuis une décennie. Les nouvelles structures remplaceront le CSPQ. 

«Alors qu’on demande au milieu de l’éducation d’être agile et d’agir plus rapidement en fonction du contexte changeant de la société québécoise, le gouvernement impose une approche rigide qui ne peut que conduire à une plus grande lenteur dans notre capacité à répondre aux besoins de la population», souligne Bernard Tremblay, pdg de la Fédération des cégeps. 

Le réseau universitaire se dit également consterné par le projet de loi 37. Le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) défend la diversité et la particularité des services et des biens qui sont achetés par les universités au Québec, étant donné leurs différentes activités de recherche. 

Impact en région

«Ce projet de loi aura aussi un impact néfaste direct sur l’approvisionnement local et le tissu socio-économique de toutes les régions où sont déployés les établissements universitaires», déplore Pierre Cossette, président du conseil d’administration du BCI. 

Une préoccupation partagée par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), qui s’inquiète que des PME installées en région ne puissent pas avoir une capacité de production assez grande pour continuer de faire affaire avec le gouvernement, les écoles ou les hôpitaux. «Personne n’a intérêt à voir émerger un monopole, un fournisseur unique qui approvisionnerait l’ensemble des ministères ou du système de santé avec une gamme précise de produits», prévient Stéphane Forget, pdg de la FCCQ. 

À ce sujet, M. Dubé indique que son gouvernement prendra en compte le coût de transport du matériel en région avant d’obliger un quelconque regroupement.