Les jeux vidéo ont des effets directs sur la santé des enfants et des adolescents dont s’inquiète l’opposition libérale.

Jeux vidéo en classe: les libéraux inquiets

L’opposition libérale s’inquiète de la volonté du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de faire jouer les élèves à des jeux vidéos en classe, y voyant un risque de créer ou d’accentuer des dépendances chez les enfants. Selon le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, il ne faudrait pas «apeurer la population, quand même».

Pendant la période de questions de l’Assemblée nationale, jeudi matin, le ministre Carmant a été interpellé par le libéral André Fortin sur l’intention du ministre de l’Éducation de permettre les jeux vidéo dans les écoles «pour exploiter des repères historiques, littéraires et graphiques avec sa discipline», dixit le plan du ministre Roberge.

«Des dizaines de milliers de parents partout au Québec ont un défi quotidien: tenter de réduire le temps d’écran de leurs enfants, tenter de limiter le nombre d’heures que les enfants passent devant les jeux vidéo. Parce que les jeux vidéo, ça a des effets très directs sur la santé de nos enfants et ça mène aussi des adolescents à l’isolement, au repli sur soi, ça a des effets sur la santé mentale et ça peut créer des dépendances qui sont difficiles à briser», a exposé le député de Pontiac, ajoutant que «beaucoup de gens, beaucoup de parents» se demandent si le plan du ministre Roberge est «vraiment la voie à suivre».

André Fortin a rappelé que le ministre Lionel Carmant avait déclaré pendant l’étude des crédits de son ministère, la semaine dernière, qu’il n’avait pas été consulté sur le projet du ministre de l’Éducation, qu’il avait «appris ça dans le journal» et qu’il était «très hésitant à aller de l’avant». 

«Le ministre délégué à la Santé nous a dit que les chiffres devraient nous faire prendre une pause dans ce dossier-là, que, selon lui, l’augmentation des dépendances chez les jeunes, elle ne vient pas des substances, mais de la cyberdépendance», a rapporté le député libéral, tout en demandant au ministre Carmant comment il allait s’assurer que «quand on envoie nos enfants à l’école, ce n’est pas pour créer ou aggraver des dépendances».

«Je demanderais au député de Pontiac de ne pas apeurer la population, quand même. Ce qu’on sait jusqu’à présent, c’est que de zéro à cinq ans, les pédiatres ne recommandent pas plus de 30 minutes de temps d’écran. Ensuite, ce qu’il faut déterminer, c’est de quel âge à quel âge le temps d’écran est dangereux et quelle est la durée de ce danger-là. On prend le problème au sérieux, mais on a besoin de données scientifiques avant de prendre des décisions sur la meilleure façon de le traiter. Nous, on suit ça, les recherches sont en cours, on suit le problème de près et on va appliquer les bonnes solutions», a répondu le ministre Carmant. 

Selon le ministre délégué à la Santé, la cyberdépendance est «une science nouvelle qui est en train de se développer». «Elle est vraiment quand même réelle puisque cette année, il y a eu 300 admissions dans les centres de dépendances avec un diagnostic de cyberdépendance. […] On a demandé à des gens de faire de la recherche pour essayer de comprendre comment ça fonctionne, la cyberdépendance», a-t-il dit. 

Son collègue de l’Éducation a pour sa part souligné que la première «compétence» du nouveau cadre de référence de la compétence numérique déposé il y a quelques semaines est «d’agir avec éthique pour utiliser le numérique en se respectant soi-même et en respectant les autres». 

«L’utilisation du numérique en classe, c’est une bonne chose, à condition qu’on le fasse bien, Et certaines écoles prennent le taureau par les cornes. On ne bannira pas les écrans, mais on va apprendre à nos élèves, à nos enfants, à se discipliner, à minuter leur utilisation», a plaidé le ministre Jean-François Roberge.