Deux professeurs de philosophie aux idées opposées à propos de l’islam et de l’islamophobie se livrent une guéguerre depuis l’été.

Islam et islamophobie: guéguerre par professeurs de philosophie interposés

Le rejet par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte concernant l’entrevue d’un blogueur au sujet des mouvements d’extrême droite au Québec cache une guéguerre que se livrent depuis l’été des professeurs de philosophie aux idées opposées à propos de l’islam et de l’islamophobie.

La plainte de François Doyon, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme, a été rejetée vendredi par l’ombudsman de la société d’État. Le professeur estimait que Radio-Canada n’avait pas respecté ses normes et pratiques journalistiques en demandant à Xavier Camus, professeur de philosophie à l’université populaire Upop de Montréal et blogueur qui s’intéresse aux groupes d’extrême droite, de parler de l’organisation d’extrême droite Atalante Québec à l’émission L’heure du monde.

L’ombudsman a plutôt tranché que Xavier Camus avait été présenté de manière transparente et honnête et que le choix de faire appel à lui se justifiait pleinement par ses connaissances approfondies d’Atalante Québec et par le principe de la liberté de presse que Radio-Canada a le mandat de défendre.

Au-delà de cette plainte cependant, il faut savoir que Camus, plutôt associé à la gauche et critique de l’islamophobie dans ses écrits, et Doyon, proche de l’écrivaine polémiste Djemila Benhabib et critique de l’islam et des religions, s’affrontent depuis plusieurs mois sur les réseaux sociaux.

Critique des écrits

Joint par Le Soleil, François Doyon affirme d’abord qu’il ne connaît pas personnellement Xavier Camus même s’il le critique régulièrement sur sa page web discernement.net. 

«Je ne l’ai jamais rencontré. Mon problème avec lui, ce sont ses textes. Dans ses méthodes de recherche et de rédaction, il va du mensonge au procès par association en passant par les sophismes. Ce n’est pas très bon pour l’image de notre profession», explique-t-il.

Il reproche également à Camus d’avoir rendu compte d’événements auxquels il n’était pas présent sur son blog xaviercamus.com et de ne pas être une bonne référence concernant l’extrême droite au Québec. «L’ombudsman affirme être en présence d’un conflit d’opinions idéologiques, mais ce n’est pas ça. C’est que Xavier Camus n’est qu’un blogueur, ce n’est pas un spécialiste. Il y en a, des spécialistes de l’extrême droite au Québec, mais ce n’est pas à eux que Radio-Canada a parlé», poursuit-il, avouant que les commentaires de Camus concernant des personnes proches de lui l’ont également dérangé.

«Xavier Camus a eu le malheur de s’attaquer à des amis à moi : Djemila Benhabib et Annie-Ève Collin», ajoute François Doyon, citant l’écrivaine polémiste ainsi qu’une autre enseignante en philosophie qui a par ailleurs déjà été la collègue de travail de Xavier Camus au Collège d’Ahuntsic.

Acharnement

De son côté, Xavier Camus jure n’avoir jamais demandé l’étiquette de «spécialiste de l’extrême droite» et ajoute avoir au départ refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada avant de se raviser devant l’insistance du journaliste. «Moi, je fais simplement de la pédagogie sur mon blogue», justifie-t-il.

Il qualifie également «d’acharnement» le comportement de François Doyon à son égard. «Il n’a pas aimé que je critique Djemila Benhabib et depuis, il m’accuse régulièrement sur son blog. Il a même déjà laissé entendre sur Facebook qu’il pourrait me bloquer des perspectives d’emploi futures», explique le professeur à statut précaire.

«Un enseignant précaire comme Xavier Camus devrait savoir qu’il est toujours en entrevue. Surtout que je suis souvent moi même sur les comités de sélection et qu’un de mes meilleurs amis est membre de la direction d’un collège», avait écrit François Doyon. 

Xavier Camus reproche aussi à François Doyon d’avoir utilisé comme photo sur sa page d’accueil Facebook des images d’actes de vandalisme où des collants le dénonçant avaient été apposés sur les portes d’entrée de la station de métro Joliette (à Montréal).

Malgré tout, il jure n’avoir aucune animosité envers François Doyon, qu’il n’a nommé qu’une seule fois sur son blog dans un billet où il dénonçait des personnes qui l’avaient «attaqué» sur internet et sur les réseaux sociaux. 

«Moi, je parle plutôt de groupes islamophobes et d’extrême droite comme La Meute et Atalante. J’essaie d’éviter François Doyon, que je considère comme un influenceur identitaire, mais pas comme un membre de l’extrême droite identitaire, alors que lui, parle abondamment de moi en utilisant ma photo», conclut-il.