Les rouages du système scolaire ne sont pas simples à comprendre; plusieurs parents sont gênés de confronter le directeur de l'école de leur enfant ou de poser les bonnes questions.

Élèves en difficulté: des parents plongés dans le brouillard

L'intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières a fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières années. Pour mieux répondre à leurs besoins, les ministères de la Santé et de l'Éducation ont conclu, en 2003, une entente pour accroître la collaboration entre les deux réseaux. Mais sur le terrain, le dialogue de sourds se poursuit. Et souvent, ce sont les élèves et les parents qui en paient le prix, a constaté Sylvie Tétreault, chercheure à l'Université Laval, qui a analysé les résultats de cette entente.
Lorsque le diagnostic tombe, les parents d'élèves handicapés ou en difficulté ne savent pas vers qui se tourner. Laissés à eux-mêmes, ils doivent souvent batailler pour obtenir des services pour leurs enfants à l'école. Le parcours est semé d'embûches.
Voilà quelques constats tirés d'une étude menée par Sylvie Tétreault, professeure au département de réadaptation de l'Université Laval. Depuis trois ans, Mme Tétreault évalue les résultats de l'Entente de complémentarité entre le réseau scolaire et le ministère de la Santé. Signé en 2003, ce protocole devait permettre une meilleure collaboration entre les deux réseaux afin d'améliorer les services aux enfants handicapés ou en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation (EHDAA). 
Pour y arriver, l'équipe de Mme Tétreault a interrogé environ 200 intervenants des réseaux de la santé et de l'éducation, sans oublier une soixantaine de parents d'élèves en difficulté. Son rapport final sera déposé en septembre.
En entrevue au Soleil, Mme Tétreault affirme que les parents de ces enfants aux besoins particuliers sont souvent laissés à eux-mêmes. Par où commencer lorsqu'on apprend que son enfant souffre du syndrome d'Asperger ou de dysphasie?
Après avoir analysé le contenu des sites Internet des commissions scolaires, Mme Tétreault conclut d'abord que «dans la plupart des cas, il y a très peu d'information pour les parents. Qu'est-ce qu'offre mon école comme services particuliers? C'est à peu près impossible à trouver sur Internet. Mais les parents aimeraient avoir un menu de services pour comprendre à quoi leur enfant pourrait avoir droit», dit-elle.
Plusieurs parents doivent se battre pour obtenir des services pour leurs enfants, ajoute-t-elle. «Les parents doivent toujours être les promoteurs de leur enfant. Ils doivent être capables de défendre leur dossier parce que l'école n'ira pas nécessairement les chercher. La majorité des parents doivent être aux aguets et prendre leur place pour aller chercher les services.»
Le directeur, personne-clé
Les démarches commencent d'abord dans le bureau du directeur d'école. «C'est lui qui va convoquer une rencontre pour déterminer un plan d'intervention, c'est lui qui va faire les demandes de budgets, c'est lui qui va décider comment il s'organise avec cet argent. C'est une personne-clé», affirme la chercheure. Le plan d'intervention devrait réunir tous les professionnels impliqués auprès de l'élève pour déterminer, en présence des parents, quels services lui seront offerts à l'école.
«Le parent a très peu de recours pour obtenir des services. La seule plate-forme où les décisions se prennent, c'est lors du plan d'intervention», affirme la chercheure. Il existe bel et bien un comité EHDAA dans chaque commission scolaire, mais ce n'est qu'un comité- conseil, rappelle-t-elle.
Et ce processus, souvent complexe, est à recommencer... tous les ans, ajoute Mme Tétreault. Le soutien pour ces enfants est par ailleurs souvent plus grand au primaire qu'au secondaire, ce qui rend la transition difficile, dit-elle.
Qu'arrive-t-il aux parents plus démunis, qui n'ont pas l'énergie ou les moyens de défoncer des portes pour leurs enfants? «Possiblement que les enfants de parents plus dépourvus n'auront pas les mêmes services que d'autres», laisse tomber la chercheure, soulignant toutefois qu'il s'agit d'une hypothèse puisque son étude ne portait pas spécifiquement sur cet aspect.
Toutes catégories confondues, le nombre d'élèves en difficulté dans les écoles du Québec a augmenté de 20 % au cours des cinq dernières années. Au secondaire, l'augmentation grimpe à 31 %, selon les chiffres du ministère de l'Éducation.