Marie-Ève Lethiecq et son fils Malik qui a été hospitalisé.

Élève victime d'une appendicite, l'école blâmée

TROIS-RIVIÈRES — À quoi doit-on s’attendre des enseignantes et des enseignants lorsque son enfant tombe malade à l’école? Jusqu’où peuvent-ils se permettre de juger de l’état d’un élève qui dit ne pas se sentir bien? La question se pose à la lumière de ce qui vient de se passer à l’école secondaire des Pionniers alors qu’un élève de quatrième secondaire a terminé sa journée, lundi, avec une appendicite sans que personne ne s’en rende compte.

C’est en rentrant du travail, vers 16 h 30, que la mère de cet adolescent, Marie-Ève Lethiecq, a vu son fils fiévreux se tordre de douleur à la maison et souffrir de nausées. Il avait réussi à revenir à pied de l’école malgré son mal de ventre terrible.

Malik, 15 ans, avait dit à son enseignant, vers 15 h 10, qu’il avait très mal au ventre. C’était durant un examen et l’école finissait à 15 h 30. Selon Mme Lethiecq, l’enseignant ne lui a pas permis de sortir de la classe et lui aurait dit «d’endurer son mal». Le jeune homme est allé passer une heure dans les toilettes de l’école après le son de la cloche. Puis il est retourné chez lui à pied. Il s’agit d’un trajet de cinq minutes de marche.

Malik passe près de s’évanouir dès qu’il rentre à la maison.

Mme Lethiecq arrive de travailler peu de temps après. Son enfant a les yeux rouges. Il a vomi. Il est clair que ça ne va pas. Elle se précipite donc à l’urgence avec Malik pour apprendre finalement qu’il était en train de faire une appendicite et qu’il allait être opéré dès le lendemain, mardi.

Visiblement en colère à cause de ce qui lui paraît être de la négligence de la part de l’enseignant, Marie-Ève Lethiecq est allée à l’école pour se plaindre à la direction. Même si elle avait avisé de sa venue, «ils m’ont fait poireauter pendant une demi-heure», dit-elle. Elle a finalement quitté les lieux. Quelqu’un de la direction est alors parti la rejoindre dehors en se confondant en excuses, mais Mme Lethiecq raconte qu’elle a préféré ne pas revenir sur ses pas pour discuter.

Elle a ensuite contacté la Sécurité publique de Trois-Rivières dans le but de porter plainte pour négligence criminelle et harcèlement. Les policiers lui ont conseillé de se tourner vers la Direction de la protection de la jeunesse, dit-elle. Le responsable des communications à la DPJ, Guillaume Cliche, a expliqué au Nouvelliste qu’en pareil cas, ce n’est toutefois pas du ressort de la DPJ d’intervenir, mais plutôt de la Commission scolaire.

La responsable des communications à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Anne-Marie Bellerose, indique que rien ne présageait, en classe, que le jeune homme était dans un état aussi grave.

Mme Bellerose fait valoir qu’un cas semblable est déjà arrivé au même enseignant mis en cause dans cette histoire, mais il était tellement évident que l’enfant était malade qu’on l’avait tout de suite renvoyé à ses parents pour être soigné.

Selon Mme Bellerose, Malik n’a pas insisté pour sortir de la classe ou pour faire valoir jusqu’à quel point il ne se sentait pas bien. Or, «il n’a pas 5 ans», fait-elle valoir. «Il est en quatrième secondaire et il est capable de verbaliser comment il se sent», dit-elle.

Mme Lethiecq se demande ce qu’il aurait fallu pour que cet enseignant comprenne que son fils était souffrant.

«Personne n’est médecin, à l’école», riposte Mme Bellerose.

Il est clair que les enseignants n’ont pas de compétences médicales les rendant aptes à juger de l’état physique d’un enfant.

Mme Bellerose n’a pu nous confirmer, mercredi, s’il existe une consigne aux enseignants, un mot d’ordre ou une pratique généralement reconnue en pareil cas à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.

Après vérification aussi auprès des commissions scolaires de l’Énergie et de la Riveraine, il appert qu’il n’existe pas de politique à ce sujet ou de directive à l’attention des enseignants. «C’est toutefois dans les mœurs des écoles» d’aviser les parents, indique Pascal Blondin, secrétaire général de la Commission scolaire de la Riveraine, «surtout quand il y a des maux de ventre, parce qu’on a parfois des surprises», dit-il. Il peut arriver que les enfants qui ont des malaises ne le disent pas à leur enseignant et vomissent en pleine classe. On prend donc au sérieux ceux et celles qui se plaignent, dit-il. Même son de cloche du côté de la Commission scolaire de l’Énergie où les parents sont avisés dès que leur enfant dit qu’il ne se sent pas bien, indique Renée Jobin, responsable des communications.

Marie-Ève Lethiecq entend donner suite à cet événement d’une façon ou d’une autre et assure qu’elle contactera un avocat. Ce n’est pas la première fois qu’elle a maille à partir avec la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. Son fils a en effet reçu des diagnostics de TDAH, de douance et de trouble d’opposition (qui se caractérise par une désobéissance quasi généralisée). «Il y a deux semaines, ils l’ont menacé de le mettre dehors de l’école», dit-elle en ajoutant que Malik ne se drogue pas, fait du bénévolat, est membre des cadets et fait du sport. «C’est un ado comme les autres», plaide-t-elle en déplorant qu’à l’école, «on le blâme, on le punit et on l’exclut».