Jean-Sébastien Laprise a repris l'école en décembre dernier, espérant réussir ses matières de base pour pouvoir s'inscrire au Diplôme d'études professionnelles en soutien informatique.

Éducation des adultes: cri d'alarme pour obtenir de l'aide

À 26 ans, Jean-Sébastien Laprise est de retour sur les bancs d'école dans un but précis : rattraper son retard scolaire pour pouvoir travailler en informatique. «Bloqué» en mathématiques, et n'ayant accès à aucun soutien professionnel, il lance un appel à l'aide.
«Il y a quelque chose qui fonctionne pas. On veut avoir notre secondaire 5, on veut réussir, mais on n'a pas d'aide pour passer à travers nos cahiers», exprime l'étudiant, qui fréquente le Centre d'éducation des adultes Odilon-Gauthier, à Charlesbourg. Jean-Sébastien n'en veut pas à ses enseignants, qui l'ont pris «sous leur aile» et tentent de l'aider le mieux possible. Il déplore toutefois que le centre n'offre aucun service d'orthopédagogie ou de psychoéducation pour aider les élève en difficulté.
«C'est plate, on n'a rien! [...] Les profs manquent d'idées pour nous aider, tandis que les orthopédagogues peuvent plus pousser», évalue-t-il. 
Jean-Sébastien a repris l'école en décembre dernier, après avoir accumulé les petits boulots pendant 10 ans. «J'étais tanné d'être au salaire minimum [...] Et je veux être fier de moi. Travailler dans un domaine qui m'intéresse.» Il souhaite s'inscrire au Diplôme d'études professionnelles (DEP) en soutien informatique, parce que des ordinateurs, il «en mange». «Je pense qu'il est capable, mais c'est certain que ça va être plus long qu'un autre, il va falloir qu'il bûche», commente sa mère, Sylvie Jobin.
Pour l'instant, Jean-Sébastien Laprise est en 3e secondaire en français, mais a «frappé un mur» en mathématiques de 1re secondaire, alors qu'il doit réussir ses mathématiques de 4e secondaire pour pouvoir s'inscrire à un DEP. 
Le hic, c'est que Jean-Sébastien n'a pas tout son temps. Il est payé par Emploi-Québec pour faire ce retour à l'école. Pour s'assurer que les élèves qu'il aide financièrement soient assidus, le Ministère donne un temps limite pour passer chaque module. Après cinq mois, Jean-Sébastien est déjà en retard sur l'horaire préétabli.
L'étudiant a regardé un peu les petites annonces pour tenter de trouver un tuteur privé, mais il a dû se rendre à l'évidence : «Je serai jamais capable de payer ça.» Il se donne encore quelques mois pour tenter de comprendre la matière, mais sinon, il devra se résoudre à quitter l'école pour de bon.
Une avenue qui serait très décevante, étant donné qu'il connaît des difficultés scolaires depuis son tout jeune âge. Il a doublé sa 1re année avant d'être placé dans une classe spécialisée en 2e année parce qu'il était considéré «à la limite» de la déficience intellectuelle. Au milieu d'élèves turbulents et ayant des problèmes de comportement, Jean-Sébastien dit ne s'être jamais senti à sa place. À l'adolescence, il s'est rendu compte qu'il était très autonome et capable de se débrouiller dans la vie. Il a donc commencé à travailler. 
«On n'a pas besoin d'algèbre pour travailler dans une boîte d'ordinateur, mais j'ai pas le choix, il faut que je me rende en 4e secondaire», lance Jean-Sébastien Laprise, qui a déjà sensibilisé le ministère de l'Éducation à sa situation et à celle de nombreux élèves adultes en difficulté.
Proulx conscient du problème
Le gouvernement Couillard a inscrit noir sur blanc dans son dernier budget son intention d'offrir davantage de services aux élèves à besoins particuliers qui se retrouvent en formation professionnelle ou à l'éducation des adultes. Mais l'argent arrivera dans les écoles seulement à l'automne 2018. Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, dit être conscient de la problématique et veut la voir se résorber au cours des cinq prochaines années. «Je dois y aller par étapes, en raison de la disponibilité et des ressources humaines et des ressources financières du gouvernement», a-t-il commenté. Son objectif, c'est qu'il y ait une continuité dans le parcours scolaire et des ressources professionnelles qui donnent du soutien pédagogique même lorsque l'élève est devenu adulte. «Il y a du travail à faire et du soutien à donner», admet M. Proulx. À l'heure actuelle, il convient qu'il y a «à peu près pas de services» professionnels, comme des orthopédagogues pour les adultes qui tentent d'obtenir leur Diplôme d'études secondaires (DES). «Pour moi, c'est inconcevable qu'il n'y ait pas de service de soutien, et en formation professionnelle et à l'éducation aux adultes», a-t-il ajouté.