Quelque 1,3 million de Québécois âgés de 16 ans et plus ont de graves difficultés avec la lecture et l'écriture, selon l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes réalisée en 2003.

Éducation aux adultes: des organismes «estomaqués» par des coupes du fédéral

Le gouvernement fédéral coupe les vivres à des organismes d'aide à l'éducation aux adultes. Sur le terrain, les groupes populaires d'alphabétisation dénoncent haut et fort ces compressions, qui ont un impact direct sur les services offerts, affirment-ils.
L'organisme À tout lire, dans le quartier Saint-Vallier à Québec, a recours quotidiennement au matériel produit par le Centre de documentation sur l'éducation aux adultes et la condition féminine (CDEACF). «C'est une ressource indispensable pour nous», affirme Marie-Claude Pellerin, animatrice en alphabétisation.
Or le CDEACF, comme d'autres organismes d'aide à l'éducation aux adultes à travers le pays, a appris en début de semaine qu'il ne peut plus compter sur le financement du gouvernement fédéral, qui représente la moitié de son budget de fonctionnement. L'an dernier, 400 000 $ provenaient d'Ottawa. «Ça implique une réduction des services. On ne sait pas comment on va pouvoir assurer une continuité», affirme Rita Cummings, présidente du conseil d'administration du CDEACF, qui est basé à Montréal.
Ce centre de documentation, qui dessert près d'une centaine de groupes d'alphabétisation et de centres d'éducation aux adultes à travers le pays, produit du matériel d'alphabétisation utilisé par les formateurs et fournit plusieurs livres adaptés aux adultes qui ont de sérieuses difficultés en lecture.
«On est un peu estomaqué d'apprendre cette nouvelle, affirme Mme Pellerin. Notre financement est insuffisant, alors si on n'a pas accès à ces ressources, ça va avoir un impact sur la qualité ou la fréquence de nos services.»
Le CDEACF n'est pas le seul dans cette situation. Le Center for Literacy, aussi basé à Montréal, et le Réseau pour le développement de l'alphabétisme et des compétences, basé à Ottawa, ont aussi perdu tout le financement qui provenait du Bureau de l'alphabétisation et des compétences essentielles, qui relève du ministère de l'Emploi et du Développement social.
Au bureau du ministre Jason Kenney, on affirme que le financement fédéral servira dorénavant à appuyer «des projets utiles d'alphabétisation» plutôt que de «couvrir les dépenses administratives» et «financer une multitude de rapports de recherche», peut-on lire dans une réponse envoyée par courriel.
De grands besoins
Rien n'est plus faux, réplique Christian Pelletier, coordonnateur du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec. «Ce n'est pas vrai que c'est de la paperasse! On parle d'outils pédagogiques indispensables. Concrètement, ça va avoir un impact», dit-il.
Et les besoins sont grands. Selon le Programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA), 19 % de la population québécoise est analphabète fonctionnelle, ce qui représente environ un million d'adultes. Les organismes communautaires et les commissions scolaires offrent des services à seulement 2 % de cette population, affirme M. Pelletier.