Les directeurs d'école savent bien que certains élèves peuvent passer jusqu'à quatre ou cinq examens, si bien que certains deviennent «experts en la matière».

Écoles privées: les examens d'admission remis en question

Un nombre grandissant d'écoles privées remettent en question la pertinence des examens d'entrée, qui font suer des milliers d'élèves chaque année. À Québec, le Petit Séminaire a même abandonné cette formule. D'autres établissements pourraient lui emboîter le pas.
Chaque automne, le scénario se répète. Anxieux, des élèves de sixième année qui rêvent du privé enfilent les examens d'entrée un après l'autre, espérant accéder à l'école tant convoitée.
Ils sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à s'inscrire à des cours de préparation aux examens, certains y consacrant des fins de semaine entières afin de bien «performer» une fois le grand jour arrivé. Une pratique qui enlève toute sa pertinence à la formule, juge Marc Dallaire, directeur général du Petit Séminaire, une école privée située dans le Vieux-Québec.
«C'est épouvantable! Il y a des enfants qui passent quatre examens et qui s'y préparent pendant des jours. Ça dénature le processus», dit-il.
À l'inverse, sous l'effet du stress, de très bons élèves peuvent échouer complètement l'examen, ajoute M. Dallaire.
C'est pourquoi le Petit Séminaire a aboli, depuis l'automne dernier, le traditionnel examen d'entrée. La direction préfère plutôt se fier sur le bulletin de cinquième année pour évaluer les candidatures.
«Le jeune a passé toute une année avec une enseignante qui l'évalue de façon plus juste que ce qu'on peut faire avec un seul examen», dit-il.
Une fois acceptés, les élèves du Petit Séminaire doivent tout de même se soumettre à un test de classement en anglais et un autre test qui permet d'identifier certaines lacunes. Mais ces deux exercices ne servent pas à déterminer qui sera admis ou non, jure M. Dallaire.
Le Petit Séminaire n'est pas la seule école privée à remettre en question la pertinence des examens d'entrée. Au Collège Champigny, le directeur général s'interroge aussi sur cette pratique.
«On le fait encore cette année, mais est-ce qu'on le fera de la même façon dans le futur? Je ne suis pas certain», lance Guy Bouchard.
Même son de cloche au Collège Saint-Charles-Garnier, où le directeur affirme qu'il n'est «pas impossible» que les examens disparaissent l'an prochain.
«De toute façon, les examens d'admission ne pèsent déjà pas beaucoup dans la balance. C'est surtout pour voir les forces et les faiblesses des élèves», dit Mario Gagnon.
En réflexion
À la Fédération des établissements d'enseignement privés, on confirme qu'un nombre grandissant d'écoles est en réflexion à ce sujet.
«La tendance, c'est qu'il y a un questionnement dans certains établissements qui a débuté l'an passé. Ça se parle de plus en plus», affirme son porte-parole, Auguste Servant.
Les directeurs d'école savent bien que certains élèves peuvent passer jusqu'à quatre ou cinq examens, si bien que certains deviennent «experts en la matière», ajoute-t-il.
L'arrivée du bulletin unique, que toutes les écoles du Québec devront adopter l'an prochain, pourrait aussi convaincre d'autres établissements de jeter l'examen au panier. «
On n'y pense pas pour le moment, il y a tellement de disparités entre les bulletins. Mais avec l'arrivée du bulletin uniforme, ça pourrait permettre une meilleure étude des dossiers, de façon plus équitable», affirme le directeur de l'Académie Saint-Louis, Jocelyn Lee.
Au Québec, 125 000 enfants fréquentent l'école privée, ce qui représente près de 20 % des élèves du secondaire.