Le syndicat qui représente 34 000 enseignants dénonce depuis de nombreuses années le gonflement des notes, une pratique qu'il savait répandue au sein des commissions scolaires, qui ont des objectifs chiffrés de réussite à atteindre.

Des notes modifiées à l'insu des profs

Près d'un prof sur deux a déjà vu la note qu'il avait accordée à un élève dans son bulletin être modifiée à la hausse sans qu'il ait donné son consentement.
C'est ce qui ressort d'un sondage mené par la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) auprès de 630 de ses membres, en février. 
«Au nom de la réussite à tout prix, on se permet de changer le diagnostic des enseignants. C'est inadmissible!», lance Sylvain Mallette, président de la FAE. Ces changements seraient faits par des personnes qui ont accès au module de gestion des bulletins, comme des directions d'école, des employés de commission scolaire ou des fonctionnaires du ministère de l'Éducation. «C'est pas le concierge ou le troisième voisin qui peut faire ça», illustre M. Mallette. 
Le syndicat qui représente 34 000 enseignants dénonce depuis de nombreuses années le gonflement des notes, une pratique qu'il savait répandue au sein des commissions scolaires, qui ont des objectifs chiffrés de réussite à atteindre. Par contre, c'est la première fois qu'il organise une consultation qui illustre l'ampleur de la pratique. 
Dans ce sondage, 20 % des profs ont indiqué qu'ils avaient subi des pressions pour modifier eux-mêmes une note au bulletin. Trois grandes raisons sont invoquées lorsque ça se produit : pour donner une chance à l'élève, pour améliorer le taux de réussite de l'école ou pour arrondir le résultat.
Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement
«Il y a des profs qui se font littéralement intimider ou menacer. Ça témoigne de la folie que sont devenues les cibles à atteindre», soutient M. Mallette. Selon lui, ces pratiques découlent de la mentalité selon laquelle il ne faut pas faire vivre d'échec à l'élève. «Il y a là un leurre. On ne dit pas la vérité aux parents, on ne dit pas la vérité aux élèves. Ces élèves-là ont droit de savoir pour obtenir ensuite de l'aide», plaide-t-il. 
Logiciel au ministère
Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a réagi à ce sondage jeudi lors de l'étude des crédits à l'Assemblée nationale. Il s'est montré surpris et a soutenu qu'il n'y avait pas de «directive ministérielle» pour agir de la sorte. Il demandera au ministère de l'Éducation de faire la lumière sur ces pratiques. «Ça nécessite pour moi des vérifications.»
Dans un échange avec Alexandre Cloutier, porte-parole en éducation du Parti québécois, le ministre a ensuite admis que pour toutes les épreuves qui émanent du ministère de l'Éducation, le logiciel utilisé change automatiquement les notes de 58 % et 59 % en les transformant en 60 %. «Il y a des conversions qui sont faites», a-t-il indiqué. Le ministre a expliqué qu'une telle pondération est faite pour «éviter les erreurs de mesure», mais il n'a pas pu dire combien d'élèves ont bénéficié de cette conversion automatique, en place depuis 2004 et inscrite noir sur blanc dans le guide de sanction. 
Pourtant, la veille, M. Proulx avait assuré lors d'un échange avec M. Cloutier à l'Assemblée nationale qu'il «n'y a pas de règle au ministère de l'Éducation pour changer les notes des élèves. Il y a pas là matière à problématique et à débat très longtemps». Il avait par la suite ajouté qu'il «n'y a pas de politique de changement de note au ministère de l'Éducation, il n'y en aura jamais. Il n'y en a jamais eu avant.»
Réduire le nombre d'évaluations
À la lumière de l'expérience ontarienne, des directions d'école croient qu'il faut diminuer le nombre d'examens obligatoires et de bulletins dans les écoles primaires, afin de dégager plus de temps pour l'apprentissage. L'Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) a fait le bilan de sa mission en Ontario de l'automne dernier lors d'un colloque à Québec jeudi. Ses membres ont remarqué que la diminution du nombre d'examens, de bulletins et d'épreuves ministérielles avait été l'une des mesures prises pour faire augmenter la réussite. En Ontario, il n'y a que deux bulletins: en février et en juin. À l'automne, les enseignants font seulement une appréciation qualitative du travail de l'élève. Il y a également moins d'épreuves ministérielles. Elles ont lieu après la 3e, la 6e et la 9e année, alors qu'au Québec, il y a trois épreuves seulement au primaire: deux obligatoires en 4e et 6e année, et une, très répandue et chapeautée par les commissions scolaires, en 2e année. «On a toute une grosse réflexion à faire en lien avec l'évaluation», soutient Danielle Boucher, présidente de l'AQPDE. Selon elle, il faut arrêter d'évaluer constamment les enfants pour leur laisser le temps d'apprendre. Les enseignants se plaignent également de manquer de temps pour enseigner toute la matière, car ils doivent préparer les examens. «C'est frustrant pour eux [les enseignants], c'est frustrant pour l'enfant, c'est frustrant pour le parent parce que la lecture qu'il a n'est pas toujours le reflet des capacités [que l'enfant] aurait», indique-t-elle.