Aucun représentant du groupe Profs en mouvement n’a osé jouer les porte-parole publiquement, par peur de représailles de leur employeur. Pour la plupart sans postes permanents, les risques seraient trop grands, a-t-on laissé entendre.

Des jeunes profs se disent muselés par des directions d'école

De jeunes professeurs derrière le groupe Profs en mouvement disent être muselés par leurs directions d’école, qui leur auraient rappelé «leur devoir de loyauté» et les auraient invités à «faire attention quand ils dénoncent des choses». Sous le couvert de l’anonymat, ces derniers préparent notamment une réplique au livre du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx.

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) et la Campagne de revendications et d’actions interuniversitaires pour les étudiants et étudiantes d’éducation en stage (CRAIES) ont lancé dimanche la campagne Agissons pour les profs du Québec, à deux jours du dépôt du budget provincial. En conférence de presse, Josée Scalabrini, présidente de la FSE-CSQ, a lu une déclaration du groupe Profs en mouvement, qui souhaitait ajouter sa voix aux revendications. 

Aucun représentant du groupe, fondé il y a à peine un mois et qui réunit plus de 5000 personnes autour d’une page Facebook privée, n’a osé jouer les porte-parole publiquement, par peur de représailles de leur employeur, a expliqué Mme Scalabrini. Pour la plupart sans postes permanents, les risques seraient trop grands, a-t-on laissé entendre. 

«Je dois dire que c’est particulier de voir que certains de ces jeunes-là ont été rappelés à l’ordre par des directions d’école qui leur ont rappelé leur devoir de loyauté. Et de faire attention quand ils écrivaient ou dénonçaient des choses. […] J’ai donc accepté de lire la déclaration.»

«Parce que plusieurs d’entre nous ont un statut précaire en enseignement et que nous nous exposons à des mesures disciplinaires aussi arbitraires qu’injustes, nous n’avons pas de porte-parole officiel pour le moment», expliquait notamment le groupe dans sa missive, sans citer d’établissement en particulier. 

Jointe par Le Soleil plus tard en journée, une représentante de Profs en mouvement travaillant dans la région de Québec a expliqué qu’elle avait été rencontrée par sa direction après que son nom soit apparu dans un reportage. 

«Entre les lignes, on pouvait comprendre qu’il y avait un risque dans le futur [pour ma carrière ou un poste]», a-t-elle expliqué. Les fondateurs derrière l’organisation sont donc «en réflexion» à savoir s’ils se dévoileront publiquement, a précisé l’enseignante. 

Première action en avril

Le regroupement Profs en mouvement prend du gallon et compte lancer une première action significative au mois d’avril. Elle prendra la forme d’un manuscrit contenant une série de témoignages d’enseignants, qui sera remis au ministre Proulx.

«On n’a pas besoin de M. Ricardo pour venir voir ce qui se passe dans nos écoles. On va lui envoyer un manuscrit plein de témoignages», a déclaré la représentante contactée par Le Soleil. La référence à «M. Ricardo», soit Ricardo Larrivée, vient évidemment du projet Lab-École visant à «repenser l’école de demain». 

Selon Profs en mouvement, le manuscrit se veut également une réplique au livre publié le mois dernier par le ministre Proulx. Intitulé Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire, l’ouvrage a déjà été pourfendu par les syndicats d’enseignants.

Profs en mouvement partage les revendications mises de l’avant dimanche par la FSE-CSQ et des étudiants en enseignement, représentés par la CRAIES. La FSE-CSQ a déploré dimanche des coupes «de 1 milliard $» en sept ans en éducation. Elle dénonce également les faibles salaires des enseignants et que 46 % d’entre eux n’aient pas de poste permanent dans le réseau. Mme Scalabrini a annoncé qu’une manifestation aurait lieu mardi matin devant le Centre des congrès de Québec, en marge du budget. 

La CRAIES demande quant à elle que le dernier stage de formation à l’université soit rémunéré à hauteur de 576 $ par semaine à travers une bonification du programme de prêts et bourses. Une façon d’améliorer la qualité de vie des étudiants, mais aussi un moyen, plaide-t-on, de s’attaquer à la pénurie d’enseignants.