Selon la commission scolaire des Draveurs, une fois que l’allocation a comblé entièrement les besoins des élèves en collations, « la direction peut utiliser les sommes restantes pour d’autres services aux élèves ».

Des écoles pigent dans le sac à collations

Dans certains établissements de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), l’allocation additionnelle pour frais de collation versée par Québec aux services de garde des écoles plus défavorisées n’est pas toujours utilisée à « bon escient » et de façon « transparente », jugent une employée et une ex-membre d’un conseil d’établissement.

Le ministère de l’Éducation octroie un montant de 109 $ par enfant inscrit sur une base régulière au service de garde des écoles dont l’indice de seuil de faible revenu est le plus bas (rangs déciles 8, 9 et 10). Une allocation qui, en principe, doit servir à l’achat de collations. C’est donc dire que pour une école où 200 élèves fréquentent le service de garde à temps plein, une subvention de près de 22 000 $ est versée par le gouvernement.

Or, selon une employée de la CSD qui témoigne sous le couvert de l’anonymat, l’enveloppe n’est dans certains cas utilisée qu’en partie par l’école, si bien que le service de garde n’a pas toute la marge de manœuvre nécessaire pour fournir des collations aux écoliers. Dans une école où elle a déjà travaillé, seulement 3000 $ étaient alloués à cette fin, soit à peine plus de 10 % du montant total accordé à l’établissement. Une situation qu’elle déplore.

« Cet argent-là n’est pas utilisé à bon escient, on pourrait aider plus d’élèves. C’est insensé. Il y a des enfants dont la boîte à lunch est pratiquement vide. J’étais même prête à donner des ateliers de cuisine, à faire des muffins, etc. On parlait de plus de 1000 collations par semaine, mais on ne pouvait acheter des produits avec une date de péremption, comme des fruits et du yogourt, car on en donne à la pièce », a-t-elle indiqué au Droit.

Cette dernière soutient que malgré les questions posées pour savoir à quoi l’argent supplémentaire servait, l’opacité a toujours régné au sein du conseil d’établissement et des réponses claires n’ont jamais été fournies.

Des affirmations corroborées par une ancienne membre d’un conseil d’établissement d’une école primaire de la CSD, qui se désole que même en ayant « toutes les bonnes volontés du monde », il soit si ardu pour un parent, par exemple, de déchiffrer certaines parties du budget d’une école.


« Cet argent-là n’est pas utilisé à bon escient, on pourrait aider plus d’élèves. C’est insensé. Il y a des enfants dont la boîte à lunch est pratiquement vide. »
Une employée de la CSD

« Les mesures dédiées sont clairement rapportées, tandis que dans le cas des collations, c’est englouti dans le budget général de l’école et quand on pose des questions pour savoir ce qui est advenu du montant, c’est là que la réponse glisse un peu. Il y a un manque de transparence. Est-ce voulu ou non ? Je ne sais pas. Est-ce utilisé pour un bureau à faire réparer ? Un bureau qui craque ? Et qui juge de l’importance de la dépense ? C’est sûrement utilisé à de bonnes fins, pour des besoins pressants, par contre autour de la table on n’a pas de réponses. Si on arrive le soir même de la présentation des états financiers et qu’on pose une question à brûle-pourpoint sur ce qui est advenu du budget des collations, la direction n’aimera pas ça. J’avais moi-même essayé et ça n’avait pas fonctionné », lance-t-elle.

« Une problématique », dit l’AQGS 

La directrice générale de l’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS), Diane Miron, affirme être bien au fait de cette situation qui serait loin d’être unique à l’Outaouais. Plusieurs de ses membres à travers la province lui parlent de cette problématique.

« Le problème, c’est que comme il ne s’agit pas d’une enveloppe d’argent dédiée et qu’il n’y a pas d’obligation de rendre des comptes, on se retrouve à un moment donné avec un manque à gagner et on ne sait pas trop pourquoi. Les sommes manquantes, peut-être qu’elles ont aussi servi à nourrir les élèves, sauf qu’on se doit d’être transparent, sans vouloir prêter de mauvaises intentions aux directions d’école. L’argent versé au service de garde doit être dépensé pour le service de garde. Si par la suite on juge qu’il n’y a pas de besoins, d’accord, mais on doit obtenir l’aval du service de garde. On devrait être en mesure d’expliquer où va le reste de l’argent et offrir quelque chose en contrepartie », dit-elle.

L’AQGS, qui souhaite que cette mesure devienne dédiée, a espoir que les règles seront éventuellement modifiées.

« On en a parlé avec le ministre [Jean-François Roberge] et on pense qu’on s’en va vers une révision du financement des diverses allocations données aux services de garde. On sait qu’il travaille là-dessus », renchérit-elle.

Invité à réagir, le président de la CSD, Claude Beaulieu, soutient que tout passe par la transparence des directions d’école.

« La répartition de l’argent peut dépendre des besoins, mais l’important est que le conseil d’établissement soit d’accord. Les directions des établissements doivent être transparentes et répondre aux questions, c’est primordial. Les membres doivent avoir les informations nécessaires en main. Mais la plupart du temps, les directions répondent à leurs questions. Une saine gouvernance doit passer par une saine transparence », lance-t-il.

La CSD dit que ces ressources financières sont transférables et qu’une fois que l’allocation a comblé entièrement les besoins des élèves en collations, « la direction peut utiliser les sommes restantes pour d’autres services aux élèves ». De son côté, le ministère de l’Éducation répond dans une déclaration écrite que la répartition doit être effectuée de façon équitable et que les règles budgétaires « prescrivent le mode d’allocation des ressources aux commissions scolaires, et non l’organisation des services ».