La présidente sortante de la Fédération des commissions scolaires du Québec Josée Bouchard constate que la qualité de l'éducation a perdu de son charme dans la sphère politique.

Des batailles à demi gagnées dans les commissions scolaires

L'éducation n'est pas devenue, tel que promis, la grande priorité du gouvernement du Québec, déplore la présidente sortante de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.
Malgré toutes les batailles qu'elle a menées au cours des huit dernières années, Mme Bouchard soutient en entrevue éditoriale au Soleil avoir l'impression qu'«on tourne en rond au Québec».
Au printemps dernier, tous les chefs des partis politiques parlaient d'éducation. Le Parti libéral (PLQ) mettait sur la table ses cinq priorités, la Coalition avenir Québec (CAQ) réclamait l'école jusqu'à 18 ans, le sujet faisait jaser durant la course à la chefferie du Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) s'indignait de l'effet des compressions, en participant aux chaînes humaines autour des écoles publiques. 
Un an plus tard, Mme Bouchard constate que la qualité de l'éducation a perdu de son charme dans la sphère politique. «Pourquoi cette vision-là, je la sens pas solide, perdurer? On retombe dans des dossiers plus factuels.» Par exemple, la date des prochaines élections scolaires. 
Après un règne mouvementé, où elle a réussi à éviter les fusions de commissions scolaires sous le ministre Yvan Bolduc, puis à éviter la disparition pure et simple des élections scolaires sous le ministre François Blais, Mme Bouchard s'est fait dire que «les débats de structure, c'est fini». 
Par contre, lorsqu'elle voit la progression de la CAQ dans les récents sondages, le parti qui souhaite toujours l'abolition des élections scolaires, Mme Bouchard se dit que le tourbillon qu'elle a vécu, «ça va revenir». Elle constate «une tendance lourde au Canada de vouloir restreindre les pouvoirs des élus scolaires» et espère que son successeur saura l'affronter. 
Mme Bouchard quitte la tête de la FCSQ à 59 ans parce qu'elle veut prendre plus de temps pour elle. «Avec les batailles qu'on a menées, je me sentais vraiment comme un général des armées qui revient de guerre, qui avait donné tout ce qu'il avait à donner, et qui était fatigué.»
Mme Bouchard dit avoir décliné plusieurs offres politiques, souhaitant un autre type de terrain de jeu comme prochain emploi. Pour elle, le monde de l'éducation «ce n'était pas de la petite politique [...] Au contraire, c'est noble, c'est une belle cause.»
Au ministre de l'Éducation Sébastien Proulx - et à ceux qui lui succèderont-, elle souhaite beaucoup de «cohérence». Moins de gestion «à la petite semaine» et de décisions prises «à la pièce».
Mme Bouchard quitte son poste avec une prime de départ - qu'elle préfère appeler une prime de transition - qui équivaut à 6 mois de salaire, soit environ 55 000$. Quatre présidents de commissions scolaires souhaitent lui succéder, soit Hélène Roberge, Miville Boudreault, Richard Flibotte et Alain Fortier. L'élection aura lieu le 3 juin prochain.
À propos...
Le vote électronique
La démocratie scolaire a absolument besoin que le Québec passe au vote électronique d'ici les prochaines élections, croit Josée Bouchard. Question de tirer vers le haut le taux de participation, qui était autour de 5% en 2014 chez les francophones. Le gouvernement du Québec songe en ce moment à repousser la date des prochaines élections scolaires, prévues pour le 4 novembre 2018, car elles arriveraient seulement un mois seulement après les élections provinciales. «On n'a pas envie de rejouer dans le même film que la dernière fois», avertit toutefois Mme Bouchard. Les commissaires sont restés en poste 7 ans au lieu de 4, et se sont fait critiquer pour leur manque de légitimité. La FCSQ est prête à collaborer avec le gouvernement pour trouver le meilleur moment pour tenir ce vote électronique, quitte à ce que par la suite, les élections scolaires se tiennent en même temps que les élections municipales, une demande à laquelle les commissaires tiennent toujours. 
La falsification des notes
Les Québécois ont été secoués à la fin avril par les témoignages de nombreux enseignants disant avoir vu les notes de leurs élèves haussées à leur insu. D'autres ont dit avoir subi de la pression pour hausser les notes de leurs élèves. «C'est pas vrai qu'on est érigés en système comme ça», clame Josée Bouchard, après s'être entretenue avec plusieurs dirigeants de commissions scolaires. Selon ce qu'elle a constaté, au Québec, «c'est l'enseignant qui est maître de ses notes» et «si c'est arrivé (une falsification des notes), moi je pense qu'on est dans quelque chose de plus anecdotique que de général». Mme Bouchard croit que les syndicats enseignants ont voulu créer «un faux débat» afin de s'attaquer aux cibles de réussite que chaque commission scolaire doit atteindre. Des cibles avec lesquelles elle est d'accord, car elles permettent aux commissions scolaires de se donner des objectifs concrets et de travailler pour les atteindre. 
Le succès de l'Ontario
«L'Ontario, c'est vraiment un modèle. On n'a pas besoin d'aller en Finlande», juge Josée Bouchard, qui s'est rendue souvent dans la province voisine au cours des dernières années. Selon elle, l'Ontario a réussi à doper son taux de réussite au cours de la dernière décennie en jetant «des bases solides» en éducation. Les politiciens se sont associés à des experts, la population s'est mobilisée et le milieu a adopté une approche professionnelle, «basée sur la réussite de chaque élève». Mme Bouchard croise les doigts pour que la politique de la réussite éducative, que le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx doit présenter au cours des prochaines semaines, soit le fer de lance d'un virage similaire au Québec. «Ça a tellement mobilisé le réseau, que même si les gouvernements ont changé, les ministres de l'Éducation ont changé, ça a résisté.»