Manifestation pour le droit à l'éducation à la maison, en septembre 2017

Des balises encadrent l’école à la maison

Les parents qui font l’école à la maison devront enseigner le français, une deuxième langue et les mathématiques. Aucune autre matière n’est exigée et les examens du ministère de l’Éducation restent optionnels.

C’est ce que prévoit le règlement sur l’enseignement à la maison qui sera débattu à l’Assemblée nationale, jeudi. 

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx croit que ce règlement permet de respecter le «tronc commun» de l’éducation au Québec, tout en laissant de la latitude aux parents qui font le choix. «C’est un droit de vouloir faire l’école à la maison», évoque-t-il. 

Les parents qui enseignent à domicile devront présenter des plans d’apprentissages et des évaluations de leurs enfants au ministère de l’Éducation. Ils pourront simplement envoyer des portfolios, qui ne mèneront pas à l’obtention d’un diplôme d’études secondaires, ou pourront soumettre leurs enfants aux examens du ministère.  

L’objectif du ministre Proulx est de faire en sorte que les enfants scolarisés à la maison sortent de l’ombre. À l’heure actuelle, environ 2000 sont signalés aux différentes commissions scolaires, un chiffre qui est loin de représenter le phénomène au Québec.

La loi 144 sur l’obligation de fréquentation scolaire permettra au ministère de l’Éducation d’obtenir des données de la Régie de l’assurance-maladie, afin de mieux débusquer les enfants absents des bancs d’école. «On pourra année après année savoir qui sont les enfants de 6 à 16 ans qui ne sont pas à l’école. Une grande avancée», se réjouit M. Proulx. 

La CAQ déçue

La Coalition avenir Québec (CAQ) se dit très déçue par ce règlement, qu’elle qualifie de «recul».

Le député Jean-François Roberge souhaite que le gouvernement exige que ces enfants reçoivent des notions d’histoire, de géographie et de sciences, entre autres. Convaincu qu’une «grande majorité de parents vont faire l’école à la maison correctement», M. Roberge se méfie toutefois de ceux qui pourraient se servir de ce nouveau règlement pour envoyer leur enfant dans une école religieuse illégale une grande partie de la journée. 

«Le gouvernement libéral leur donne le manuel d’instruction pour bafouer le droit à l’éducation de leurs enfants. Je n’en reviens pas. Le gouvernement laisse tomber les enfants», s’insurge M. Roberge. 

Le député indique que «pour certaines religions assez extrémistes, les sciences sont une menace». Ce règlement permettrait à certains enfants d’être dispensés de ce type de cours. «Ils (les libéraux) sont à genoux devant certains lobbys ultrareligieux», lance M. Roberge. 

Noémie Berlus, présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), voit quant à elle d’un bon oeil le fait que pour la première fois, le gouvernement reconnaît les particularités de l’enseignement à domicile. «Dans une démocratie, une société ouverte où la pensée est libre, on doit laisser aux parents le choix du type d’enseignement», juge-t-elle. 

Mme Berlus trouve toutefois que le règlement fera en sorte que les parents, qui ont souvent plusieurs enfants à éduquer à la maison, seront maintenant submergés de «paperasse».