Selon les informations obtenues par Le Soleil, la haute direction de l'Université Laval n'aurait pas apprécié d'être remise en question par les dirigeants de la Faculté des sciences sociales.

Crise interne à l'Université Laval

À couteaux tirés avec la haute direction de l'Université Laval, la doyenne de la Faculté des sciences sociales et ses deux vice-doyens ont démissionné en bloc, a appris Le Soleil. Une situation qui sème une «vive inquiétude» et beaucoup d'incertitude au sein de la faculté.
<p>Caroline Senécal, ancienne doyenne de la Faculté des sciences sociales </p>
Selon nos informations, la tension perdure depuis quelques mois entre la Faculté et les dirigeants de l'institution d'enseignement supérieur. Au point où la doyenne, Caroline Senécal, ainsi que la vice-doyenne aux études, Lucie Samson, et le vice-doyen à la recherche, Serge Dumont, ont choisi de quitter leur siège. 
«Il y a vraiment une crise importante entre la direction de la faculté et la direction de l'Université, nous confie-t-on. C'est évident. Une doyenne et deux vice-doyens qui démissionnent comme ça, sans donner de raison, ce n'est vraiment pas habituel.»
Une lettre signée par les directeurs des cinq départements et des deux écoles de la Faculté a été acheminée au recteur de l'Université Laval, Denis Brière, la semaine dernière. Le Soleil en a obtenu copie.
«Nous vous exprimons notre plus vive inquiétude devant l'incertitude qui plane pour l'avenir immédiat», écrivent-ils. 
La missive ne tarit pas d'éloges envers la doyenne démissionnaire, qui a succédé à l'actuel ministre de l'Éducation, François Blais, en juin 2014, au décanat. La doyenne part donc moins d'un an après son élection. 
«Depuis son arrivée, Mme Senécal a été une excellente doyenne, énergique, dévouée et compétente», écrivent les directeurs. 
Ils demandent des explications au recteur Brière. «Nous exprimons notre grande surprise et notre profond regret devant cette démission», peut-on lire dans la lettre. 
Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs sources ont parlé d'une situation «délicate» et «inédite». Des informations circulent dans les différents départements de la faculté à propos de tensions avec la haute direction, notamment le recteur Brière. 
Tensions autour des efforts de compressions
La Faculté des sciences sociales était parvenue à atteindre les objectifs de compressions sans réduire l'offre de cours aux étudiants, nous assure-t-on. Toutefois, selon nos informations, au cours des derniers mois, la Faculté aurait confronté la haute direction au sujet des efforts demandés à chacun. Certaines facultés financées davantage parce que leur formation est plus coûteuse ont eu à compresser moins que les 4,8 % demandés aux sciences sociales, explique-t-on. Une remise en question que n'aurait pas appréciée la haute direction. 
«La doyenne a demandé des explications par écrit et le recteur n'a pas aimé ça, avance une source fiable. Il s'est braqué. Les relations personnelles entre la doyenne et le recteur se sont détériorées à partir de là.»
Un autre accrochage est né d'un article du Soleil dans lequel un vice-recteur laissait entendre que, faute de faire leurs «frais», des programmes en sciences sociales risquaient de disparaître. Une déclaration que la doyenne n'a pas appréciée, même si son auteur l'aurait reniée.
«C'est un problème de relation entre hauts gestionnaires qui n'acceptent pas le débat ou la critique, estime une source. [...] On peut se questionner sur l'état des rapports entre une doyenne qui veut lancer un débat à l'interne et la haute direction qui se refuse au débat.»
En attendant, un professeur de la Faculté des lettres, l'historien Jacques Mathieu, a été nommé pour assumer la direction de la Faculté des sciences sociales. Mais des professeurs craignent que cet intérim vienne freiner le développement de la faculté. «Tous les dossiers de nouveaux programmes ou de projet de développement sont pour l'instant arrêtés», nous dit-on. 
La direction de l'Université Laval confirme les démissions, mais se refuse à tout autre commentaire. «Cela relève de la gestion interne», affirme un porte-parole de l'Université Laval, Samuel Auger. 
Le cabinet du ministre de l'Éducation est au fait de la situation mais n'a pas voulu commenter non plus. 
La Faculté de sciences sociales compte plus de 4800 étudiants et 58 programmes. Son budget de 35 millions $ est le troisième en importance à l'Université Laval, derrière celle de médecine (70 millions $) et de sciences et génie (53 millions $). La Faculté est composée des départements de relations industrielles, d'anthropologie, d'économie, de sociologie, de science politique et des écoles de psychologie et de service social.