La formation en ligne est de plus en plus populaire à l'Université Laval, qui est devenu en janvier l'université canadienne qui donne le plus de cours à distance.

Cours à distance inspirés des jeux vidéo

Tout a commencé par des manuels et des cahiers d'exercices échangés par la poste. Puis, des vidéocassettes où le prof donnait son cours pendant trois heures. Marginaux, les cours à distance se sont aujourd'hui transformés en véritables expériences d'apprentissage en ligne, plus ludiques et interactives, qui deviennent une option prisée des apprenants, peu importe leur âge. (1er de 2)
Les mécanismes qui font que l'on devient accro aux jeux vidéo commencent à être utilisés par des professeurs d'université pour construire des cours à distance numériques plus intéressants, question de garder les étudiants motivés du début à la fin. 
Patrick Plante, professeur à l'université à distance TÉLUQ depuis moins d'un an, travaille en ce moment à bâtir un cours et une plate-forme de cours qui s'inscrivent dans la tendance à la ludification des apprentissages. «Il y a plusieurs mécanismes que l'on peut utiliser : des badges numériques quand on réussit tel ou tel exercice, une gratification avec des points ou la comparaison avec d'autres étudiants qui suivent le même cours, comme lorsqu'on joue à des jeux en ligne», explique celui qui possède un doctorat en technologie éducative. 
Cette façon de rendre le contenu des cours à distance plus amusant est toutefois embryonnaire au Québec. L'Université TÉLUQ, dont le siège social est à Québec, pourrait bientôt s'associer à une compagnie de jeux vidéo pour l'accompagner dans ses démarches. «Les adultes qui arrivent à l'université aujourd'hui ont bien souvent tous déjà joué un peu. Le jeu vidéo, c'est un outil qu'ils connaissent», plaide M. Plante. 
En lui confiant ce mandat, l'Université TÉLUQ souhaite que ses étudiants - des gens sur le marché du travail qui suivent un cours à temps partiel pour la plupart - évitent de procrastiner et terminent rapidement leurs certificat, leur baccalauréat ou leur maîtrise. 
Isabelle Savard, professeure spécialisée en informatique cognitive à l'Université TÉLUQ, croit que les étudiants qui réussissent le mieux à distance sont ceux qui ont «réfléchi à leur stratégie d'apprentissage», qui sont organisés et autonomes. Mais contrairement à la croyance populaire, ce type d'étudiant n'est plus forcément isolé, en pyjama dans son sous-sol. «Les cours en ligne sont encadrés. Il faut qu'il y ait de l'interaction avec le prof ou les autres étudiants», indique-t-elle. 
Mme Savard a d'ailleurs récemment enseigné à des étudiants québécois à partir du Japon. Elle leur donnait des rendez-vous par Skype pour répondre aux questions et ils devaient s'exprimer sur diverses notions dans des forums, qu'elle commentait et notait.
Morceler l'information
Vidéos, capsules PowerPoint narrées, animation graphique, tests qui se corrigent automatiquement : les outils d'une formation en ligne sont nombreux. Mais pour qu'un tel cours soit efficace, il faut absolument morceler l'information, croit Éric Martel, spécialiste de la formation à distance à l'Université Laval. «L'étudiant aura le temps, sur son cellulaire dans l'autobus, de regarder une vidéo de 15 minutes sur la théorie du cours et il fera les exercices plus tard, en soirée, à son ordinateur», illustre-t-il. 
L'Université Laval dit avoir traversé une période d'essais et d'erreurs ces dernières années, avant d'uniformiser la façon d'offrir de la formation à distance. «Ça ne marchait pas quand c'était improvisé. Par exemple, un professeur qui se garroche là-dedans sans nous en parler trop, trop, et qui fait juste mettre les documents PDF de son cours sur Internet», raconte Bernard Garnier, vice-recteur aux études et aux activités internationales. 
La technologie permet aussi de mieux suivre, pas à pas, les avancées de l'apprenant. La plate-forme développée par l'Université Laval permet à un étudiant à distance, par un système de lumières vertes, oranges et rouges, de constater par lui-même s'il se dirige vers un échec ou non. 
«Aujourd'hui, avec l'intelligence artificielle, il est possible de déceler si un apprenant a de la difficulté, sur quoi exactement il bute et de s'ajuster avant la fin du cours pour que la personne puisse réussir», explique Patrick Plante, de la TELUQ. Les cours deviennent ainsi plus flexibles et personnalisés, en ce sens qu'un logiciel pourrait donner plus d'exercices à faire à un étudiant dont les résultats aux tests sont mauvais, et proposer des pistes pour aller plus loin à un étudiant qui réussit bien. 
Jusqu'à maintenant, il n'y a aucune preuve scientifique qui a été faite que l'apprentissage à distance avec support numérique donne de meilleurs résultats que l'apprentissage en groupe, dans une salle de classe. Mais Isabelle Savard croit fermement qu'avec l'amélioration constante des cours actuels, ça ne tardera pas. «Dans quelques années, on pourrait voir une différence et de meilleures notes en ligne», renchérit son collègue Patrick Plante.
Le parcours de Marie-Ève
«Je me suis rendu compte que les cours magistraux en grand groupe, j'avais beaucoup de difficulté à les suivre. J'avais de la misère à me concentrer. J'ai vraiment décroché, pas par manque d'intérêt, mais parce qu'il y avait trop de monde.» Marie-Ève Rivard, 36 ans, de Val-­Bélair, raconte pourquoi elle a arrêté son baccalauréat en communication à l'Université Laval, au début des années 2000. Aujourd'hui maman de jeunes enfants et technicienne en information au gouvernement du Québec, elle s'est de nouveau attelée à la tâche et en est à son quatrième cours d'un baccalauréat en communication à la TELUQ. «Je voulais poursuivre ce que j'avais commencé», lance-t-elle. Pour sa satisfaction personnelle, mais aussi pour, éventuellement, gravir les échelons au gouvernement. Les cours à distance lui évitent du transport et lui permettent de concilier sa vie de famille et son travail. Ses notes sont même meilleures qu'avant. «Je pense que c'est parce que je fais mes cours dans une pièce fermée, à la maison, dans un endroit beaucoup plus calme qu'une classe. Pour moi, ça fonctionne.»
L'offre de la formation à distance explose
L'Université Laval offre 900 cours en ligne lors de la présente session, devenant ainsi l'université canadienne qui donne le plus de cours à distance. L'institution croit que le développement accéléré de ce type de formation garantira son avenir. 
En ajoutant 42 nouveaux cours à distance en janvier, l'Université Laval a dépassé l'offre de l'université Athabasca, en Alberta. «On ne force pas les professeurs ou les départements à passer à la formation en ligne [...] mais, de temps en temps, on leur rappelle que s'ils veulent se faire connaître, s'ils veulent offrir de la flexibilité, les cours à distance, c'est vraiment génial», exprime Bernard Garnier, vice-recteur aux études et aux activités internationales.
L'Université Laval a donné son premier cours entièrement sur le Web en 1997 et a décidé qu'en 2005, elle faisait de la formation en ligne une de ses priorités. Parce que les étudiants ont soif de flexibilité dans leur horaire. «C'est une façon de dépasser notre bassin de population pour le recrutement et de répondre à un besoin sociétal. Quand on peut rejoindre les gens où ils sont, c'est une forme de démocratisation de l'enseignement», juge M. Garnier. 
Éric Martel, spécialiste de la formation à distance à l'Université Laval, indique que les professeurs sont aujourd'hui bien encadrés pour penser à la pédagogie de leur cours à distance. Des formations sont données, un guide des bonnes pratiques a été rendu disponible l'automne dernier. «Un guide comme ça, disponible librement, en français, ça n'existait pas», affirme M. Martel.
Lorsqu'il suit un cours à distance, l'étudiant doit seulement se déplacer pour que son identité soit contrôlée lors de son examen final, soit au campus de Québec ou dans un des 27 centres d'examen de l'Université Laval, situés au Québec et au Nouveau-Brunswick. 
En faire plus
Même si un étudiant sur deux suit au moins un de ses cours à distance à l'Université Laval, ils ne représentent que 15 % des cours et l'institution ne souhaite pas devenir complètement virtuelle à l'avenir. «Ce ne serait pas possible, ni souhaitable», juge M. Garnier. Les étudiants en génie ou en médecine auront toujours besoin de laboratoires pour faire des apprentissages pratiques, même si certains de leurs cours deviennent hybrides, donnés en partie dans la classe et en partie sur le Web. 
En juin 2015, un avis du Conseil supérieur de l'Éducation recommandait que le gouvernement stimule davantage la formation en ligne à l'université, comme l'ont fait les gouvernements de l'Ontario, de la Colombie-Britannique, de la France et du Royaume-Uni. 
Le Conseil recommandait de créer un répertoire commun de tous les cours à distance offerts au Québec - ce qui n'a pas encore été fait - et de favoriser les collaborations entre les universités. 
Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES) «n'offre pas directement de subvention pour le développement de la formation à distance», indique Esther Chouinard, responsable des relations de presse. Mais il est en réflexion sur le sujet, dans le cadre des travaux sur la Stratégie numérique du Québec, qui devrait être annoncée au printemps prochain. 
Défi de formation
Ayant donné 53 cours à distance sur le Web au cours des 10 dernières années, l'enseignante France Lafleur complète en ce moment un doctorat à l'Université de Sherbrooke sur le sujet. «J'ai constaté qu'il y avait une absence de formation en pédagogie numérique. Il faut absolument y voir rapidement», lance-t-elle. 
Mme Lafleur croit que le grand défi du Québec dans les années à venir sera de former convenablement les professeurs pour qu'ils sachent animer de bons cours en ligne, car ceux-ci ne cessent de gagner en popularité. Pour l'heure, elle constate que les universités québécoises manquent de fonds pour développer ce nouveau créneau adéquatement. «On est au tout début du contrôle qualité dans ce domaine.»