Conflit étudiant: place au carré blanc de l'armistice

Des parents pris entre un sentiment de fierté et d'inquiétude pour leurs enfants lancent un véritable cri du coeur en arborant maintenant le carré blanc afin de mettre fin au conflit opposant les étudiants au gouvernement Charest.
«Ce n'est pas le carré blanc du drapeau de la reddition, c'est le carré blanc de l'armistice. On a formellement besoin d'arrêter cette crise-là qui met chaque jour en danger des centaines de jeunes. Ça va être qui, la prochaine victime?» se demande Robert Michaud, chercheur émérite dans le monde de la biologie marine, mais avant tout père à l'origine de l'initiative.
Sa fille Mathilde, 19 ans, fait partie de ces jeunes qui militent et qui descendent sur la place publique pour «construire un monde meilleur et plus juste». La fin de semaine dernière, à Victoriaville, elle s'en est tirée avec «une épaule amochée seulement». Mais elle a aussi vu l'horreur.
«On a entendu l'histoire de Francis, de Dominique, de Maxence et d'Alexandre, tous ces jeunes qui ont été blessés gravement lors de manifestations. Mais ce qu'on n'a pas entendu, c'est l'avis de tous les autres qui, comme Mathilde, ont transporté des blessés ou ont vu de leurs amis être blessés et qui aujourd'hui portent de sérieuses séquelles, avance-t-il. On est habitués de voir l'horreur à la télévision le soir, mais l'horreur elle est dans nos rues et ça affecte la vie de nos enfants. Et moi, je ne me reconnais plus dans cette société», déplore le biologiste.
Selon M. Michaud, ce n'est pas une question d'être pour ou contre la cause que les étudiants défendent. Il se dit fier de voir la jeunesse se lever pour porter un message, mais, maintenant, il n'est plus capable de bien dormir quand il sait que sa fille est en train de manifester dans l'un de ces cortèges nocturnes qui se forment dorénavant chaque soir. «L'urgence, aujourd'hui, ce n'est pas les frais de scolarité. L'urgence, c'est de protéger la vie de nos jeunes. On ne peut pas se permettre en tant que société de perdre un de nos enfants. Il n'y a pas une cause, pas un calcul politique qui ne vaille ça.»
Moratoire
Avec sa femme, la médecin Janie Giard, il est allé à la rencontre des parents de Dominique Laliberté, cette étudiante en littérature de l'Université Laval qui a été défigurée par un projectile lors de la manifestation à Victoriaville et dont Le Soleil livrait le témoignage mecredi. Ensemble, les deux couples ont signé une lettre à l'attention du premier ministre Jean Charest «afin de lui demander d'imposer un moratoire immédiat, avant la fin de semaine, avant que d'autres manifestations mettent la vie et l'intégrité d'autres jeunes en péril». Ils invitent du même coup tous les parents et élus à porter dès aujourd'hui le carré blanc en signe de trêve.
«Je pense que, comme société, on est au courant des risques liés aux grandes manifestations, puisqu'il y a déjà eu des événements malheureux qui se sont produits dans le passé. Mais le problème, cette fois, c'est la durée du conflit. Je crois qu'on a dépassé une frontière qui est trop dangereuse, et il n'y a rien qui nous permette de croire que ça va se résorber», fait valoir M. Michaud.
Un site Internet a été mis en ligne hier soir afin de faire circuler le message: https://sites.google.com/site/portezcarreblanc/