Denis Brière croit qu'il faut regarder la somme versée par chacun des étudiants pour le salaire du recteur.

Cafétéria à l'université Laval: le syndicat vise maintenant le recteur

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) maintient la pression dans l'espoir de sauver le boulot des 60 employés de la cafétéria du pavillon Desjardins-Pollack de l'Université Laval. Au tour du recteur Denis Brière et de son bras droit Éric Bauce d'être attaqués de front: «Comment faites-vous pour vous regarder dans le miroir?»
Le conseiller syndical Éric-Jan Zubrzycki poursuit sa croisade. Depuis que l'Université Laval a décidé d'octroyer le contrat de gestion du lucratif service alimentaire à l'association des étudiants de premier cycle, les dizaines d'employés mis à pied n'auraient reçu aucune offre d'emploi. L'établissement d'enseignement supérieur aurait dû exiger «un protocole d'embauche pour le personnel qui est là, pour certains depuis 19 ans», déplore-t-il.
Dans une récente publicité publiée dans Le Soleil, le SCFP s'en est pris personnellement à deux anciens dirigeants de la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL). On leur reproche d'avoir mis de côté les travailleurs de la cafétéria.
C'est maintenant au tour du recteur et du vice-recteur exécutif de recevoir une salve. Leur revenu annuel respectif serait de plus de 355 000 $ et de 252 000 $, selon Éric-Jan Zubrzycki. Marc, un cuisinier d'expérience, touche moins de 29 000 $ par année, compare-t-il. Émilie, une préposée, recevrait environ 22 000 $.
«Messieurs Brière et Bauce, Émilie et Marc perdront leur emploi le 1er juin prochain en raison de vos décisions. [...] Ce 1er juin, 60 personnes ayant travaillé depuis près de 20 ans à l'Université Laval perdront leur emploi. Vos salaires combinés auraient permis de maintenir en emploi 40 de ces personnes. Comment faites-vous pour vous regarder dans le miroir?»
«Mauvaise cible»
Le syndicat se trompe de cible, rétorque l'Université Laval. L'administration de la cafétéria appartient aux étudiants qui prendront leurs propres décisions, indique la conseillère en relation avec les médias, Andrée-Anne Stewart, par courriel. «L'Université considère qu'elle n'a pas à s'immiscer dans les relations syndicales qui concernent les employés de deux entreprises privées, soit l'entité de gestion de la concession alimentaire créée par la CADEUL et le concessionnaire actuellement en charge de la concession alimentaire.» Le rectorat ne pourrait donc pas intervenir.
Mme Stewart ajoute que le transfert du contrat permettra aux étudiants de l'Université de parfaire leurs apprentissages théoriques. «Déployer des méthodes d'enseignement innovantes et offrir un mode d'apprentissage concret et créatif est, pour nous, la meilleure façon de former nos étudiants et, par le fait même, de réaliser notre mission d'enseignement et de recherche.»
Dans notre édition de lundi, la nouvelle présidente de la CADEUL, Caroline Aubry-Abel, a regretté le lavage de linge sale en public. Elle a aussi indiqué que son association entend favoriser l'embauche d'étudiants, mais que les candidatures des employés actuels seront analysées.
La CADEUL gère déjà plus de 7 millions $ en cotisations des étudiants et en revenus d'entreprises: Pub du campus, un dépanneur et trois cafés. La cafétéria du Desjardins-Pollack a un chiffre d'affaires d'environ 2,5 millions $. Les étudiants administreront donc bientôt près de 10 millions $ de revenus.