À quelques semaines de sa retraite, Mme Beauchamp s'inquiète de voir l'écart qui se creuse entre les sexes sur les différents campus au Québec.

Attirer les garçons à l'université

Les universités québécoises ont fait le plein de jeunes femmes au cours des dernières décennies. «Il y a eu beaucoup de rattrapage pour les filles. Je pense que le prochain défi collectif qu'on a, c'est la réussite aussi des garçons», croit Sylvie Beauchamp, présidente sortante de l'Université du Québec (UQ).
À quelques semaines de sa retraite, Mme Beauchamp s'inquiète de voir l'écart qui se creuse entre les sexes sur les différents campus au Québec.
Selon des chiffres publiés en 2014 par l'Institut de la statistique du Québec, environ 25 % des hommes de 25 à 34 ans ont un diplôme universitaire en poche, alors que chez les filles, la proportion est de 35 %. Un écart de 10 points de pourcentage, qui est semblable à la réalité du reste du Canada. 
Mme Beauchamp considère que le réseau de l'Université du Québec, qui fêtera bientôt ses 50 ans, a contribué à démocratiser les études universitaires, à les rendre plus accessibles pour tous. Ces dernières années toutefois, elle remarque que dans les facultés contingentées, où le dossier académique prime, les jeunes hommes se font plus rares. 
Mme Beauchamp n'a pas de solution toute faite à proposer pour attirer les garçons à l'université, mais elle constate que plusieurs ne s'y rendent pas ou n'ont pas les notes qu'il faut pour y entrer. Au primaire et au secondaire, ce sont les garçons qui éprouvent le plus de difficultés, et qui décrochent en plus grand nombre. «Comme société, il faut explorer davantage cet aspect-là.»
Les universités devraient également sortir de leurs murs et aller à la rencontre des jeunes pour leur présenter des modèles, qu'ils soient masculins ou féminins, croit Mme Beauchamp. «C'est de rendre l'université plus vivante, plus incarnée pour ceux qui ne la connaissent pas.»
Réseau pacifié
Même si elle avait un mandat jusqu'en 2019, Mme Beauchamp a choisi de quitter maintenant le siège social de l'UQ, situé à Québec, parce qu'elle sentait qu'après 8 ans, elle avait fait le tour du jardin. «Il faut savoir partir et il faut choisir soi-même le moment où on part.»
Arrivée en 2009 au beau milieu d'une «crise de confiance», elle se dit heureuse d'avoir réussi à changer les règlements du réseau, afin que chaque université retrouve un peu plus d'autonomie. 
Par exemple, l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) a décidé d'ouvrir un campus à Drummondville, et a gagné son pari en remplissant ses classes en moins de deux ans. L'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) a plutôt basé sa croissance sur la recherche. 
Au cours des dernières années, Mme Beauchamp s'est affairée à éliminer les «doubles emplois», afin que chaque décision prise localement n'ait pas besoin d'être autorisée au siège social. «J'ai le sentiment de partir avec un réseau qui est pacifié et qui a le goût de travailler ensemble.»
Il y a moins de deux ans, le gouvernement Couillard cherchait à faire des économies et a songé à fermer le siège social de l'UQ. Mme Beauchamp dit avoir trouvé cette remise en question «difficile», mais a réussi à prouver au gouvernement qu'avec un budget de 13 millions $, la tête du réseau rendait des services utiles aux différentes universités, services qui coûteraient 30 millions $ s'ils étaient à la charge de chaque entité.
Le réseau de l'Université du Québec compte 10 établissements situés à Montréal, à Rimouski, au Saguenay, à Trois-Rivières, en Abitibi et en Outaouais. 
Il comprend aussi l'Université à distance TÉLUQ, l'Institut national de recherche scientifique (INRS), l'École nationale d'administration publique (ENAP) et l'École de technologie supérieure (ETS).
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Johanne Jean prend les rênes
C'est Johanne Jean, la rectrice de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), qui prendra les rênes du réseau de l'UQ à partir du 2 juillet. Nommée par le Conseil des ministres mercredi, Mme Jean passera les 5 prochaines années au siège social de Québec. Plusieurs défis devront être relevés selon elle, comme l'amélioration de la formation à distance partout au Québec, l'accessibilité pour les étudiants d'origine autochtone, et une meilleure collaboration entre les universités et même avec les cégeps. «Les universités vivent des transformations importantes, alors il faut agir différemment», croit-elle. La nouvelle présidente a tenu à saluer le travail «fantastique» accompli par Mme Beauchamp au cours des dernières années. Mme Jean est détentrice d'un baccalauréat en génie géologique et d'une maîtrise en gestion de projet. Elle était rectrice de l'UQAT depuis 2004 et membre du conseil d'administration de l'Institut national des mines et de la Société du Plan Nord.