Les élèves handicapés de l'école Madeleine-Bergeron proviennent du nord et de l'est de la province.

Apprendre dans la dignité

Dans le large corridor, des sacs à dos sont alignés sur les crochets. Tout juste en dessous, une série de fauteuils roulants, de marchettes et de tricycles adaptés appartenant aux élèves de l'école Madeleine-Bergeron, qui viennent tout juste de déménager.
Depuis la rentrée, les jeunes handicapés physiques de tout l'est et le nord du Québec profitent de classes deux fois plus vastes et mieux adaptées. Ils étaient rassemblés dans le gymnase mardi pour leur inauguration officielle. L'année dernière, ils apprenaient dans des classes deux fois plus petites, dans leur ancienne école située sur la route de l'Église.
C'est l'ancienne école des Grandes-Marées, à Cap-Rouge, qui a été complètement transformée pour les accueillir. Fermée en 2012 en raison d'une baisse de clientèle, cette école a été rénovée en deux ans au coût de 5 millions $. «Ça a été tout un défi!», soutient le directeur Maxim Pilote. Un immense ascenseur a été installé, les portes élargies, les toilettes munies de lève-personnes et les tableaux blancs interactifs des classes ont de l'espace en-dessous pour permettre aux élèves en fauteuil roulant de s'approcher pour les utiliser.
Une des deux salles sensorielles de la philosophie Snoezelen qui viennent d'être aménagées à l'école Madeleine-Bergeron.
École-hôpital
La cafétéria a été installée juste à côté de l'infirmerie. «C'est pratique parce que lorsqu'un élève s'étouffe par exemple, on est proche», explique M. Pilote. Un système de communication d'urgence est installé dans tous les locaux pour que le personnel médical puisse intervenir rapidement.
Le gymnase de cette véritable école-hôpital a été repensé pour les sports adapté. Et de multiples salles de stimulation et de réadaptation ont été aménagées, afin de permettre au personnel du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale de donner des soins à ces petits patients, en même temps qu'ils apprennent. 
«Des services à la hauteur, de la dignité et de réelles chances de réussir, c'est ce que je vous souhaite», a lancé le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx, présent lors de l'inauguration. 
M. Proulx n'a pas manqué de saluer ses prédécesseurs qui ont cru à ce projet, comme l'ex-ministre Sam Hamad. 
Clientèle changeante
Maxim Pilote explique que le déménagement des élèves dans de nouveaux locaux est devenu de plus en plus pressant avec les années, car la clientèle de l'école a changé. Il y a 30 ans, 70 % des élèves étaient capables de marcher, alors que 30 % étaient en fauteuil roulant. Aujourd'hui, la proportion est complètement inversée. 
Le directeur de l'école explique ce phénomène par de nombreux facteurs. Par exemple, les élèves marcheurs qui ont un handicap léger sont davantage intégrés dans les classes régulières. 
Mais le type de handicaps a aussi changé. Auparavant, l'école accueillait beaucoup d'élèves atteints de Spina-Bifida. Une malformation aujourd'hui presque disparue chez les jeunes, étant donné que les femmes enceintes prennent massivement de l'acide folique. Il y a aussi beaucoup moins de traumatisés crâniens, car la sécurité automobile pour les enfants s'est grandement améliorée. 
M. Pilote raconte qu'aujourd'hui, plusieurs de ses élèves étaient des bébés prématurés que la médecine a réussi à sauver, mais qui sont restés avec des handicaps physiques.