Selon un récent sondage, les enseignants de maternelle n'arrivent pas à gérer leur classe qui comprend un maximum de 19 élèves sans avoir l'impression d'aller au plus urgent, quitte à laisser tomber d'autres élèves qui fonctionnent mieux.

Appel à l'aide des profs de maternelle

Parce que l'enfant est trop jeune et que son problème pourrait se résoudre de lui-même. Parce que son diagnostic n'est pas reconnu. Parce que l'école n'a pas d'argent. Telles sont les principales raisons invoquées pour expliquer que les petits de 4 et 5 ans n'aient pas accès à des services professionnels en classe, selon leurs enseignants. Ceux-ci réclament de l'aide de façon urgente.
«Il faut envisager un sérieux coup de barre. C'est beau les principes, mais il faudrait que le dépistage précoce des difficultés en bas âge, ça devienne du concret», lance Sylvie Théberge, vice-présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE). Le syndicat a réalisé ces derniers mois un sondage auprès de plus de 1000 enseignants et enseignantes (la grande majorité sont des femmes), afin de soupeser le poids des récriminations entendues. Ce nombre représente environ le tiers de ses membres qui travaillent en maternelle 4 et 5 ans.
Les constats sont presque unanimes (voir encadré). Ces profs n'arrivent pas à gérer leur classe qui comprend un maximum de 19 élèves sans avoir l'impression d'aller au plus urgent, quitte à laisser tomber d'autres élèves qui fonctionnent mieux. «C'est un cri du coeur qui est lancé, un appel à l'aide», constate Mme Théberge.
À l'heure actuelle, le ministère de l'Éducation n'émet pas de code de difficulté pour les enfants qui commencent la maternelle, même si ceux-ci ont été diagnostiqués autistes ou handicapés en bas âge. Et sans ce code, qui arrive souvent seulement à partir de la 1re année du primaire, il n'y a aucune aide financière qui est rattachée directement à l'enfant.
«À cause de ça, les services sont pratiquement absents pour les élèves en difficulté en maternelle. Même si on sait déjà qu'ils sont en difficulté et que c'est le temps d'intervenir», déplore Mme Théberge. 
La Politique sur la réussite éducative, lancée en juin dernier par le gouvernement Couillard, prévoit que la façon d'aider les élèves handicapés, en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) doit être réformée. «Ce qu'on constate, c'est la lenteur du processus», déplore Mme Théberge.
Au dernier budget, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a annoncé l'embauche de 1500 nouvelles ressources dans les écoles, afin d'aider surtout les plus jeunes. «Nos enseignantes nous disent que c'est vraiment une goutte d'eau dans l'océan, étant donné l'étendue des besoins. C'est l'équivalent d'avoir de l'aide une journée par semaine par école au préscolaire», explique Mme Théberge.
Christa Japel, psychologue du développement spécialisée chez les tout-petits à l'UQAM, n'est pas surprise des constats du sondage. «On a très peu de données de cette envergure et je pense que ça explique beaucoup la rotation de personnel qui se fait en maternelle», commente-t-elle.
Mme Japel croit qu'il n'est pas nécessaire d'étiqueter les enfants dès le préscolaire avec un code de difficulté. Par contre, il faut trouver un moyen d'envoyer des ergothérapeutes, des psychologues, des orthophonistes et des orthopédagogues en renfort dans ces classes. «Il faut mettre le paquet pour soutenir les enseignantes et les enfants parce que c'est à cet âge-là que ça se passe.»
Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, déplore que la réforme du financement des élèves EHDAA ait tant tardé. «Ça fait 7 ans qu'on demande ça. C'est un dossier urgent!»
Principaux résultats du sondage
• Le maximum d'élèves dans la classe est trop élevé: 98,6% d'accord
• De plus en plus d'élèves arrivent en maternelle avec des difficultés complexes: 95,5% d'accord
• Il est difficile d'obtenir des services d'appui: 96,9%
• Il arrive qu'un diagnostic d'un élève, fait par un organisme externe, ne soit pas considéré: 53% d'accord
Source : Sondage mené par la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) auprès de 1058 enseignants et enseignantes de maternelle 4 et 5 ans.