Les universités reçoivent des redevances lorsqu'une découverte brevetée issue de leurs laboratoires commence à produire ses fruits.

À qui profite la recherche universitaire?

«Le plus beau transfert technologique que l'on puisse faire, à mon avis, est monté sur deux pattes et possède une bonne tête sur ses épaules!» confie Thierry Bourgeois, adjoint au vice-recteur à la recherche et à la création et responsable de la propriété intellectuelle à l'Université Laval.
Thierry Bourgeois, adjoint au vice-recteur à la recherche et à la création et responsable de la propriété intellectuelle à l'Université Laval.
Payante, la recherche à l'Université Laval?
Certainement pas pour l'établissement universitaire qui prend une bonne partie du risque financier sur ses épaules.
Les retombées économiques de la valorisation de la recherche et de la propriété intellectuelle à l'Université Laval se multiplient plutôt dans la communauté.
Comment?
Par l'émergence de sociétés dérivées innovantes d'envergure internationale.
Par la création d'emplois de qualité.
Comme l'a fait Creaform qui, en 2005, acquérait une licence pour commercialiser un scanneur 3D portable. Une trouvaille d'un étudiant chercheur en génie électrique, Dragan Tubic. Aujourd'hui, Creaform fait travailler 450 personnes à travers le monde.
Ajoutons AddÉnergie qui fabrique des bornes de recharge intelligentes pour les véhicules électriques et hybrides.
Et Robotiq qui a mis au point des outils robotisés pour les industries manufacturières.
Et pourquoi pas GenePOC qui commercialise un microlaboratoire portatif permettant d'identifier en une heure une maladie infectieuse chez un patient.
Avec des fonds de 325 millions $, l'Université Laval se classe au 6e rang des 50 universités les plus actives en recherche au Canada. À la fin de 2015-2016, plus de 3800 projets de recherche étaient répertoriés sur le campus qui abrite pas moins de 270 unités de recherche.
Dans son Plan de développement de la recherche 2015-2020, l'Université Laval a de grandes ambitions.
«Au terme du présent plan quinquennal, les investissements en recherche qui seront consentis à l'Université Laval dépasseront les 1,5 milliard $, lui permettant d'attirer les meilleurs spécialistes et les étudiants les plus prometteurs», fait-on valoir.
Des miettes pour l'université
Les universités reçoivent des redevances lorsqu'une découverte brevetée issue de leurs laboratoires commence à produire ses fruits.
«Les redevances ne constituent qu'entre 2 % et 4 % de l'ensemble des retombées générées par une technologie brevetée», explique Thierry Bourgeois.
Ces dernières années, les redevances annuelles versées à l'Université Laval par l'entremise des licences d'exploitation commerciale accordées à des entreprises ont été en moyenne de 1,8 million $.
«D'une université à une autre, elles varient entre 500 000 $ et 30 millions $ par année», souligne Thierry Bourgeois. Au sommet, il y a l'Université de la Colombie-Britannique, «une institution qui compte sur une base solide de partenaires licenciés qui exploitent les technologies mises au point par les chercheurs.»
Le montant des  redevances versées à l'Université Laval ne va pas directement dans ses coffres.
Elle doit le partager - généralement à parts égales - avec les chercheurs. S'il s'agit d'une découverte issue du domaine de la santé, l'hôpital qui a prêté ses locaux, ses équipements et son personnel recevra aussi sa pointe du gâteau.
«À la fin de l'année, il nous reste essentiellement entre 400 000 $ et 500 000 $»,  indique M. Bourgeois.
La gestion et la protection des brevets coûtent entre 400 000 $ et 500 000 $ par année à l'établissement universitaire.
«Dans les faits, les redevances ne rapportent rien à l'université. Par contre, le milieu bénéficie des efforts de conversion des bonnes idées en bons produits. La recherche universitaire, c'est le prolongement de notre mission qui consiste à former des étudiants et à approfondir les connaissances.»
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Recherche et propriété intellectuelle à l'Université Laval
> 541 brevets actifs
> 181 licences d'exploitation commerciale accordée à des entreprises
>59 entreprises dérivées dont 27 sont toujours en activité
> 600 à 700 emplois créés
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Financement: environnement difficile pour les jeunes pousses
Robotiq a mis au point des outils robotisés pour les industries manu­facturières.
Chaque année, l'Université Laval reçoit près d'une centaine de déclarations d'invention de la part de professeurs, d'étudiants et de chercheurs.
Après une fine analyse du potentiel d'application de la nouvelle technologie, un comité d'experts tranchera s'il vaut la peine de  la breveter afin de la protéger, au Canada ou ailleurs, pour une durée de 20 ans.
«Breveter une technologie, ça peut coûter jusqu'à 75 000 $ et même plus dans certains cas», signale Thierry Bourgeois, adjoint au vice-recteur à la recherche et à la création et responsable de la propriété intellectuelle à l'Université Laval.
«Bon an mal an, nous déposons une vingtaine de demandes de brevets», ajoute-t-il. Il peut s'écouler entre deux et cinq ans avant l'émission du brevet.
C'est à ce moment que débute la phase de mûrissement de la technologie.
Entrepreneuriat Laval saute alors sur la patinoire pour aider les nouveaux entrepreneurs à donner leur premier coup patin.
SOVAR, la société de valorisation qui se consacre au développement de nouvelles technologies issues d'activités de recherche universitaires, entre aussi en jeu.
Sa présence est essentielle. C'est SOVAR qui montre le chemin aux jeunes pousses pour accéder aux sources de financement.
Des sources de financement rares et nettement insuffisantes, juge le pdg de SOVAR, Pierre Pedneau.
Financement public
«Cessons de rêver en couleurs. Il n'y a pas un investisseur privé qui va se pointer le bout du nez pour injecter des capitaux dans une technologie qui sort à peine du laboratoire d'un chercheur. Seul le financement public peut permettre la poursuite des premières étapes de la croissance d'une jeune entreprise technologique.»
Des 1,8 milliard $ consacrés au Canada pour le financement de la recherche universitaire, moins de 1 %  va du côté de la maturation de la technologie et de la commercialisation des résultats de la recherche.
«C'est trop peu», déplore Pierre Pedneau en rappelant qu'il y a quelques années, les centres de valorisation universitaire au Québec se partageaient un budget de 10 millions $.
«Non seulement cette somme n'a pas augmenté, mais elle a diminué au cours des dernières années en raison des coupes budgétaires», fait valoir le pdg de SOVAR en mentionnant que les centres de «valo» ont fait leur preuve en épaulant la création de 85 entreprises et de 3500 emplois et en attirant des investissements externes de 610 millions $ dans ces jeunes pousses technologiques.