Quelques dizaines de parents et enfants ont manifesté devant l'Assemblée nationale, mardi. 

À la défense de l'école à la maison

«On n'a pas envie d'une dictature de l'éducation au Québec», lance Marjolaine Leblanc, maman qui fait l'école à la maison à ses triplés de 10 ans. Avec quelques dizaines de parents et d'enfants, elle est venue manifester devant l'Assemblée nationale mardi après-midi, inquiète pour son mode de vie.
Les Québécois qui font ce choix sont de plus en plus nombreux. Environ 1000 enfants scolarisés à la maison sont enregistrés dans les différentes commissions scolaires de la province, mais le phénomène toucherait au minimum le double de jeunes selon l'Association québécoise pour l'éducation à domicile (AQED), qui représente à elle seule 500 familles.
L'AQED souhaite que le projet de loi 144 soit clarifié. Étudié en commission parlementaire toute la journée, ce projet de loi prévoit un encadrement plus strict de tous les enfants qui sont actuellement absents du système scolaire. 
Mme Leblanc a retiré ses garçons de l'école après leur 3e année, car elle sentait qu'ils avaient perdu «leur enthousiasme». «Ils allaient là parce qu'ils étaient obligés d'y aller, fallait toujours pousser le matin et les devoirs, c'était la crise à chaque fois», se souvient-elle. 
La maman a fait le choix d'enseigner à la maison l'automne dernier et elle ne le regrette pas. Elle soutient que ses enfants apprennent dans l'action, en visitant plusieurs lieux historiques, en socialisant avec d'autres enfants scolarisés à la maison, etc. «Il faut préserver cette liberté de choix pour les parents.»
Martine Ricard, administratrice de l'AQED, croit que le projet de loi 144 contient de bonnes dispositions, comme la table de concertation nationale sur l'enseignement à la maison ou le projet-pilote de formation à distance. Par contre, elle s'inquiète des nombreux contrôles qui seraient imposés aux parents et des évaluations qui seraient faites par les commissions scolaires.
«Évaluer un enfant qui a été éduqué à la maison et évaluer un enfant qui a été préparé pour un examen, c'est pas pareil», argumente sa collègue Marilyn Rowe. Selon elle, de nombreux parents sont réticents à collaborer avec la commission scolaire à l'heure actuelle, car dans la plupart des cas, ils ont eu des problèmes avec l'école. «Un enfant qui est enlevé de l'école, c'est un peu une insulte pour les commissions scolaires», constate Mme Rowe. Si bien que parfois, «ça crée un conflit». 
Mme Rowe espère que ce projet de loi permettra plutôt de rapprocher les parents-éducateurs des écoles, afin qu'ils puissent être mieux compris ou qu'ils puissent utiliser la bibliothèque de l'école au besoin. 
En commission parlementaire, le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a souhaité une uniformité dans la façon dont les commissions scolaires traitent les parents qui font l'école à la maison. Il veut «baser les relations sur le soutien aux familles et non sur la coercition». 
«Il y a une responsabilité, bien sûr, des commissions scolaires et des établissements, mais ça prend aussi la collaboration des parents. Si, par exemple, lorsqu'on les invite, ils ne viennent pas, s'ils viennent sans l'enfant, si c'est un décrochage scolaire déguisé. Nous on a besoin de la participation des parents pour créer un projet commun», a pour sa part commenté Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec.  Avec La Presse Canadienne
L'école pour les migrants, peu importe le coût, dit le ministre
Les enfants des demandeurs d'asile haïtiens, qui ont récemment traversé la frontière en provenance des États-Unis, seront intégrés au système scolaire québécois coûte que coûte, a déclaré, mardi, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx.
Quatre cents enfants de demandeurs d'asile sont actuellement hébergés sur des sites temporaires, selon le ministère. Ils auront droit, dès cette semaine, à des activités éducatives sur ces sites pour préparer leur entrée à l'école.
«Pour moi, le coût ne fera pas de différence, a soutenu M. Proulx, en marge de l'étude du projet de loi 144 à l'Assemblée nationale. Il y a des enfants actuellement qui doivent avoir accès à l'école. (...) Les enfants, c'est à l'école qu'ils doivent être.»
D'ailleurs, plusieurs centaines d'enfants de demandeurs d'asile ont déjà procédé à leur inscription dans les différentes commissions scolaires de la grande région de Montréal.
Le ministre a dit ignorer combien coûtera l'opération. Les coûts, plus importants cette année en raison de l'afflux de migrants haïtiens, seront absorbés à même le budget du ministère de l'Éducation, a-t-il affirmé.
Au Québec, les demandeurs d'asile ont droit à la gratuité scolaire pour les enfants d'âge scolaire, et à des services d'alphabétisation et de francisation pour les adultes.
Sans-papiers
Ceux-ci ne sont pas des sans-papiers, a tenu à préciser M. Proulx, car ils ont tous en main un document du gouvernement fédéral attestant que leur dossier est en examen.
Québec souhaite également élargir l'accès à l'école publique aux enfants sans papiers.
C'est justement un des grands axes du projet de loi 144, présentement à l'étude à l'Assemblée nationale. Celui-ci vise, de façon générale, à garantir à tous les enfants l'accès à l'école publique.  La Presse canadienne