Au Centre de prévention du suicide de Québec, on déplore le fait que le personnage d'Hannah Baker est présenté comme une victime, dénuée de tout pouvoir d'agir.

13 raisons fait jaser... même au primaire

Sujet de discussion numéro un cette semaine chez les adolescents, la télésérie américaine 13 raisons (13 Reasons Why), qui traite du suicide, a même eu un impact auprès des enfants d'âge primaire.
Natalie Blais, directrice de l'école primaire Coeur-Vaillant, à Sainte-Foy, a envoyé un courriel à tous les parents d'enfants de 5e et 6e année jeudi pour les mettre en garde contre «des scènes de suicide explicites ainsi que des scènes de viol» qui sont présentes dans cette série.
«J'ai su par un parent d'un enfant de 5e année que plusieurs élèves de l'école avaient écouté la série et que ça faisait l'objet de discussions dans la cour de récréation. Je dois dire que j'ai été assez surprise, en raison de leur âge», explique Mme Blais. 
La directrice a vu la série, qu'elle ne recommanderait pas à des élèves d'âge primaire. «J'aurais dû m'en tenir au livre!» lance-t-elle, car certaines scènes peuvent être très difficiles à voir. «Ça ne véhicule pas de belles valeurs et il faut faire attention.»
Le Centre de prévention du suicide de Québec (CPSQ) a aussi reçu cette semaine plusieurs appels de parents qui se demandaient comment agir avec leurs enfants d'âge primaire qui avait eu accès à 13 raisons et qui étaient très secoués. 
«La série est très accessible. Sur Internet, on peut avoir accès à un mois gratuit de Netflix et il n'y a pas de restrictions», déplore Lynda Poirier, directrice générale du CPSQ. Selon elle, un enfant qui a subi de l'intimidation dans la journée et qui regarde la série le soir ne peut être qu'ébranlé. 
Ce que Mme Poirier trouve «tendancieux» avec cette série, c'est que l'adolescente est présentée comme une victime, qui semble ne pas avoir de pouvoir d'agir. «C'est important de dire que si tu vis de la détresse, tu peux faire quelque chose.»
Sans interdire le visionnement de 13 raisons chez les jeunes, le CPSQ a demandé aux parents d'être prudents et d'engager la discussion. En collaboration avec la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale, un avis de vigilance a été publié jeudi et a été envoyé dans toutes les commissions scolaires de la région.
Parents avertis
À la Commission scolaire des Découvreurs, l'école Coeur-Vaillant et l'école secondaire Collège des compagnons ont entre autres averti les parents. Plusieurs écoles secondaires de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries ont fait de même. À la Commission scolaire de la Capitale, l'information a été transmise aux directions d'école, mais pas systématiquement aux parents. 
La santé publique ne recommande pas aux écoles de faire de grandes activités de prévention du suicide, pour ne pas donner trop d'importance à l'engouement autour de 13 raisons. Elle préconise plutôt une approche personnalisée auprès de jeunes qui semblent en détresse. 
En bout de piste, Mme Poirier espère que tout «le bruit» autour de la prévention du suicide et des bonnes façons d'en parler aura contrebalancé l'influence de la série chez les jeunes. Elle applaudit la «bonne réaction citoyenne» de la santé publique et du réseau de l'éducation, qui ont agi rapidement au cours des derniers jours. 
Le CPSQ n'a pas eu à traiter plus d'appels de jeunes en détresse au cours des derniers jours qu'en temps normal. Il a seulement reçu plus d'appels d'intervenants et de parents préoccupés.
Quelques conseils de la Direction de la santé publique
Éviter de minimiser les réalités douloureuses de la vie ou de condamner les pensées ou les comportements suicidaires.
S'assurer que les jeunes ne perçoivent pas le suicide comme un geste romantique, héroïque ou inévitable; leur montrer qu'il existe de meilleures options.
Éviter de porter un jugement sur un geste suicidaire, par exemple, en le qualifiant de lâche ou, à l'inverse, de courageux.
Faire connaître la ligne provinciale d'intervention téléphonique en prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553), disponible en tout temps