Éducation

Le gouvernement Legault consacre «l’école à trois vitesses», selon un syndicat d’enseignant

QUÉBEC - Le gouvernement Legault est en train de consacrer «l’école à trois vitesses» avec son projet de loi sur l’encadrement des frais scolaires, dénonce la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Le syndicat d’enseignants déplore ainsi que le projet de loi 12 ne s’attaque pas à l’enjeu des écoles publiques qui facturent de plus en plus cher aux parents pour des projets particuliers.

Cette pièce législative actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale vise à définir la portée des frais scolaires et encadrer leur portée, mais elle permet aux commissions scolaires d’exiger des frais pour les projets pédagogiques particuliers.

Dans un mémoire obtenu par La Presse canadienne qui sera déposé mercredi en commission parlementaire, la FAE estime qu’on officialise ainsi «l’école à trois vitesses», soit l’école privée, l’école publique avec des classes dites ordinaires, ainsi que l’école publique avec des projets particuliers.

Selon le syndicat, «il s’agit d’une brèche inacceptable faite au principe de la gratuité scolaire».

La FAE a rappelé que le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) avait pourtant documenté dans une étude «les conséquences néfastes induites par le manque d’équité du système scolaire québécois», parmi les plus inéquitables au pays. Le CSE révélait que seulement 6 pour cent des élèves des écoles publiques du Québec sont dans des écoles favorisées, contre 20 pour cent au Canada, alors que pourtant le Québec est le seul au pays à subventionner l’école privée.

Les frais exigés pour des projets pédagogiques particuliers, qui peuvent atteindre «régulièrement plusieurs centaines de dollars, voire des milliers», constituent un obstacle pour beaucoup de parents, plaide-t-on dans le mémoire.

Le gouvernement contrevient ainsi au droit à l’éducation et «perpétue les inégalités dont les élèves des milieux défavorisés sont les premières victimes», peut-on lire.

Au nom de la «réelle gratuité scolaire» prévue par la Loi sur l’instruction publique, la FAE demande donc le retrait de l’article du projet de loi 12 qui prévoit que le droit à la gratuité des services éducatifs ne s’étend pas aux projets pédagogiques particuliers.

Enfin, la FAE refuse de s’en remettre aux règlements ultérieurs qui viendront préciser la portée du projet. De même, elle exige des consultations sur les projets de règlement, ce que le gouvernement a refusé jusqu’à maintenant.

Éducation

Les universités canadiennes à l’abri d’un scandale des admissions?

Les universités canadiennes pourraient-elles être éclaboussées par le même genre de scandale qui a frappé le système des études supérieures aux États-Unis? Des experts ne le croient pas, même si d’autres déplorent que les étudiants aisés aient une meilleure chance d’être admis que les autres.

Plusieurs dizaines de parents ont été arrêtées et accusées aux États-Unis dans une affaire de pots-de-vin visant à assurer à leurs enfants une place dans une université prestigieuse. Parmi eux figurent l’homme d’affaires de Vancouver, David Sidoo, qui a plaidé non coupable, ainsi que les comédiennes Felicity Huffman et Lori Loughlin.

Robert Astroff, un consultant en admission, rappelle que la sélection dans les institutions universitaires canadiennes est fortement axée sur les notes obtenues à l'école secondaire. La marge de manoeuvre est donc moins grande dans notre pays.

Au Canada, il n’existe pas de test normalisé comme le SAT ou l’ACT, que certains des accusés aux États-Unis auraient falsifié les résultats, a-t-il ajouté.

Les procureurs américains allèguent aussi que les accusés ont versé des pots-de-vin à des entraîneurs collégiaux pour qu’ils recrutent leurs enfants. Aux États-Unis, l’accent est mis davantage sur les sports universitaires qu’au Canada, car ils rapportent gros.

Plusieurs autres facteurs peuvent aider un élève à être accepté par une université américaine: des essais personnels, des lettres de recommandation ou les relations avec les anciens élèves.

Au Canada, les critères d’admission sont moins subjectifs, a souligné M. Astroff. Les universités se contentent souvent de vérifier si les notes au secondaire du candidat satisfont aux exigences minimales.

Les études supérieures sont plus hiérarchisées aux États-Unis. Il existe un énorme fossé entre une université de l’Ivy League comme Havard ou Yale et un collège communautaire. Il y a beaucoup moins de différences entre les universités canadiennes et la sélection n’est donc pas aussi impitoyable, a dit le consultant.

Des responsables des admissions dans les universités canadiennes ont eux aussi insisté sur ces distinctions transfrontalières.

Curtis Michaelis, coordinateur des admissions et du recrutement à l’Université Mount Allison, à Sackville, au Nouveau-Brunswick, a mentionné que les étudiants américains qu’il a rencontrés sont souvent étonnés de la «transparence» du système canadien.

Selon Richard Levin, le directeur général des services d’inscription et du registraire à l’Université de Toronto, la plupart des programmes acceptent de 50 à 60 % des postulants, alors le taux d’acceptation dans les prestigieuses écoles américaines ne dépasse pas 5 ou 6 %.

«Cela reflète le fait que nos grandes universités publiques proposent un large éventail de programmes généralement assez accessibles», a-t-il déclaré.

Hausse du taux d'inscription

Statistique Canada a indiqué en 2017 que le taux d’inscription aux études supérieures des jeunes âgés de 19 ans dans l’ensemble des provinces canadiennes a régulièrement augmenté, passant de 52,6 % en 2001 à 63,8 % en 2014. L’agence fédérale estime que cette poussée peut être attribuée à l’arrivée d’un plus grand nombre de jeunes issus des familles à faibles revenus.

Mais Eloise Tan, la directrice du programme de recherche du groupe de pression ontarien People for Education, a affirmé que les écoles ne devraient pas trop se féliciter rapidement.

«On n’a pas besoin de corrompre quelqu’un pour que son enfant soit admis à l’université, a-t-elle dit. Les gens dont les revenus sont plus élevés ont d’autres avantages.» Ils peuvent , par exemple, engager un tuteur pour améliorer les notes de l’enfant. Les écoles établies dans des quartiers plus aisés peuvent récolter plus de fonds pour les activités parascolaires.

Les étudiants issus de familles à faible revenu sont également moins susceptibles d’avoir accès à des conseillers en orientation, a-t-elle déploré.

Même lorsque les universités essaient d’égaliser les chances, elles ne font pas toujours les choses correctement, a fait valoir une chercheuse de l’Université de la Colombie-Britannique.

Emily Truong-Cheung, étudiante au doctorat en sociologie, a raconté que l’UBC avait modifié son processus d’admission en 2012 dans le but de diversifier sa population étudiante. Au lieu de se limiter aux notes, on pose des questions aux candidats sur les activités parascolaires et le travail bénévole.

Elle a interrogé 25 candidats et a constaté que, même si les jeunes de la classe supérieure ont le temps et les ressources nécessaires pour faire du bénévolat, des voyages et des activités extrascolaires, les étudiants de la classe ouvrière consacrent souvent plus de temps à étudier et à travailler pour soutenir leur famille.

«Ils étaient très embarrassés. Ils disaient qu’ils ne voulaient pas mentionner leur boulot chez McDonald’s parce que ce n’est pas impressionnant.»

Éducation

L’Université du Québec réclame 5 M$ pour recruter à l’international

Se croyant désavantagé par rapport aux universités anglophones, le réseau de l’Université du Québec réclame une aide spéciale de 5 millions $ pour l’aider à recruter des étudiants internationaux.

«On n’est pas dans les mêmes marchés, on n’est pas égaux», plaide Johanne Jean, présidente de l’Université du Québec (UQ).

Dès septembre, toutes les universités québécoises pourront exiger des droits de scolarité aussi élevés qu’elles le souhaitent aux étudiants internationaux. Cette déréglementation mise de l’avant par l’ex-ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David se veut un moyen de financer les universités. 

Mme Jean craint toutefois que les plus petites universités francophones, membres de l’UQ, n’obtiennent pas leur part du gâteau. «Le bassin d’étudiants anglophones est beaucoup plus large et nous, si on recrute dans des pays non francophones, il faut prévoir de l’argent pour la francisation.»

La preuve selon Mme Jean, c’est que les frais de scolarité des étudiants internationaux sont déjà déréglementés depuis 10 ans dans six disciplines : sciences pures, génie, administration, mathématique, informatique et droit. 

En 10 ans, les universités membres de l’UQ ont vu leur clientèle étrangère augmenter de 30 %, alors que pour les universités anglophones du Québec, cette même clientèle a augmenté de 300 %.  

Les universités de l’UQ sont prêtes à mettre en commun leurs efforts pour le recrutement international. Par exemple, l’Université du Québec à Chicoutimi a commencé à recruter en Chine. «Je dis pas que c’est pas faisable, ça se fait. C’est juste que ça demande beaucoup d’efforts. Nos équipes sont réduites pour attaquer sur le plan international.» 

C’est pourquoi une demande de financement particulière de 5 millions $ sera acheminée au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur cette semaine. 

Image de marque

Si le Québec veut vraiment attirer des étudiants étrangers, qui pourront venir combler des besoins de main-d’œuvre, Mme Jean suggère qu’il se dote d’une force de frappe. 

En France par exemple, le gouvernement s’est donné une image de marque et il organise avec les universités des missions de recrutement collectives à l’étranger. Un modèle dont le Québec devrait s’inspirer selon elle. 

À la fin février, le Parti québécois, Québec solidaire et des associations étudiantes ont demandé au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge un moratoire sur la déréglementation des frais de scolarité des étudiants étrangers. 

Le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois craint «un système d’enseignement supérieur à deux vitesses, où les universités vont se lancer les unes contre les autres pour attirer les étudiantes et les étudiants internationaux les plus riches». 

Pour la CAQ, il n’est pas question d’imposer un moratoire. Mais comme la déréglementation est nouvelle, «nous vérifierons l’effet de ce changement dans trois ans pour faire les ajustements nécessaires au besoin», a indiqué Francis Bouchard, attaché de presse de M. Roberge.

Éducation

L’Ontario bannira les cellulaires en classe à compter de septembre

L’intention du gouvernement de l’Ontario de bannir les téléphones cellulaires des salles de classe à compter de la prochaine rentrée scolaire est bien loin de faire l’unanimité. Les intervenants du milieu clament que les zones grises sont nombreuses et qu’une mesure unilatérale n’est pas souhaitable.

Selon La Presse canadienne, qui a appris que cette annonce viendrait cette semaine, les conseils scolaires et les directions d’écoles auraient la responsabilité d’appliquer l’interdiction. Il y aurait toutefois certaines exceptions à la règle, par exemple l’usage du cellulaire serait permis aux élèves ayant des besoins spéciaux ou aux enseignants désirant parfaire leur travail. 

Lors de la dernière campagne électorale, le Parti progressiste-conservateur avait proposé dans son programme une telle interdiction qui est déjà en vigueur dans certaines écoles.

Le gouvernement conservateur a mené des consultations sur l’éducation l’année dernière. Tandis que les détails sur le programme d’éducation sexuelle dominaient les manchettes, des informations ont également été recueillies sur une éventuelle interdiction du téléphone cellulaire en classe. Environ 97 % des répondants étaient favorables à une restriction des téléphones en classe.

« C’est ce qui s’est le plus rapproché de l’unanimité au cours de notre consultation », a déclaré une source à la Presse canadienne.

Or, le gouvernement fait fausse route avec une telle directive, estime le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Jean Lemay, qui juge la mesure trop drastique. 

« Ça va devenir compliqué à gérer et on a un problème avec ça, car on prépare nos élèves pour le 21e siècle. C’est la vie d’aujourd’hui, nous ne sommes pas en 1930. C’est un outil pédagogique aussi important qu’un tableau blanc. On s’en sert depuis des années et chaque conseil (scolaire) a la même approche, c’est-à-dire que chaque école décide a son code de vie. C’est ensuite à la discrétion de l’enseignant de décider ce qui est permis en classe ou non », dit-il.

Ce dernier précise malgré tout qu’un encadrement est en vigueur dans chaque établissement et que des restrictions s’appliquent. 

Les écoliers n’ont d’autre choix, par exemple, que de se connecter au réseau WiFi de leur établissement, question qu’il y ait « un contrôle » de l’utilisation quotidienne de ces appareils à l’intérieur des murs. 

Aussi, en cas d’intimidation ou de menaces, c’est tolérance zéro et le téléphone est confisqué puis remis aux parents. 

À lire: la chronique de Patrick Duquette au sujet des cellulaires en classe

Du côté syndical, on a l’impression que cette directive est de nature « plus politique qu’autre chose ». 

« On pense qu’une interdiction complète, c’est utopique. Ça va demander énormément de gestion et gruger du temps. L’encadrement est préférable à l’interdiction, ça doit venir des enseignants et des conseils scolaires eux-mêmes. C’est très facile pour le gouvernement de faire une telle annonce, car ça fait des flammèches, mais qui devra gérer tout ça par la suite ? On est sur le terrain et la majorité d’entre nous sommes parents aussi, alors on sait à quel point ça peut être difficile d’encadrer l’utilisation des cellulaires », affirme le président de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin. 

Il rappelle qu’au début des années 2000, certains conseils scolaires avaient dû changer de cap après avoir opté pour une proscription du cellulaire. 

Du côté québécois

Sur la rive québécoise, on prône également l’autonomie de chaque école, soutenant que ce n’est ni noir ni blanc comme situation. 

« Il faut enseigner aux jeunes les nouvelles technologies, ce n’est pas en les interdisant qu’on va les faire progresser. On fait de l’éducation, pas de la répression. Il faut simplement leur démontrer qu’il y a des moments pour en faire l’utilisation, alors qu’à d’autres non. Les enseignants ont la maturité et l’expertise pour faire la part des choses, surtout à l’heure où on parle d’autonomie professionnelle, qu’ils revendiquent beaucoup. La coercition, ça ne donne rien », lance le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu.

Quant au Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, on soutient que le mode de fonctionnement actuel, qui laisse la liberté à chaque école de statuer sur la question, ne cause aucun problème. 

« Nous n’avons pas de position ferme là-dessus, mais il y a des procédures établies dans chaque école qui semblent convenir aux besoins des enseignants. Par exemple, à l’école secondaire de l’Île, c’est strictement interdit dans l’ensemble de l’école, alors qu’à Mont-Bleu, ils peuvent l’utiliser dans les corridors, à l’agora, à la cafétéria, etc. Il y a des nuances. Il existe une multitude de possibilités au niveau pédagogique avec ces appareils, alors que d’autres enseignants font le choix, pour des raisons probablement tout aussi valables, de ne pas y avoir recours », de dire la présidente Suzanne Tremblay. 

Avec La Presse canadienne

Éducation

La garderie n’aurait aucun impact sur le développement cognitif et langagier

MONTRÉAL — La fréquentation d’un service de garde avant d’entrer à la maternelle n’aurait aucun impact sur le développement cognitif et langagier des enfants, d’après une analyse de l’Institut de la statistique du Québec, mais un groupe de réflexion prévient que le constat pourrait être surtout celui de l’»importance de la qualité dans tous les types de services».

Selon l’«Enquête québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de maternelle 2017», publiée jeudi, la fréquentation ou non d’un service de garde n’aurait aucun impact significatif sur le développement cognitif et langagier, de même que sur la santé physique et le bien-être des enfants.

Les chiffres indiquent que les enfants qui ont été gardés sont tout de même moins susceptibles d’être vulnérables dans le domaine des «habiletés de communication et connaissances générales».

Ces mêmes enfants sont toutefois plus susceptibles d’être considérés vulnérables en matière de «compétences sociales» et de «maturité affective» que ceux qui restent à la maison.

Des variables précises sont cependant très importantes à considérer dans le cas des enfants qui sont confiés à un service de garde. La précocité, la fréquence et la stabilité du milieu peuvent influencer le risque de vulnérabilité des tout-petits.

D’après l’enquête statistique, plus un enfant commence à se faire garder tôt et plus ce milieu est stable, moins il risque d’être considéré vulnérable en toute matière. En contrepartie, si un enfant est gardé durant 45 heures et plus chaque semaine, son risque de vulnérabilité augmente.

En réaction à cette étude, l’Observatoire des tout-petits souhaite surtout rappeler l’»importance de la qualité dans tous les types de services de garde éducatifs pour le bon développement des tout-petits».

En entrevue, la directrice de l’Observatoire des tout-petits, Fannie Dagenais, a souligné qu’un constat de l’enquête «pouvant sembler un peu surprenant» est l’absence d’un «effet protecteur» documenté par des études antérieures.

Mais selon Mme Dagenais, cet «effet protecteur est présent lorsque la qualité des services est au rendez-vous».

L’environnement familial d’abord

L’Institut de la statistique met en garde que ce sont d’abord et avant tout les caractéristiques démographiques et socioéconomiques qui ont un plus grave impact sur le risque de vulnérabilité des enfants. Par ailleurs, les enfants qui ont bénéficié régulièrement de services de garde avant leur entrée à la maternelle sont plus susceptibles de vivre dans une famille bien nantie et d’avoir des parents scolarisés.

«C’est beaucoup dans le milieu familial que ça se passe, renchérit en entrevue Amélie Lavoie, professionnelle de recherche à l’Institut de la statistique du Québec. Les caractéristiques des enfants, des familles, les pratiques parentales, c’est assez constant dans toutes les études».

Pour Mme Lavoie, les résultats de l’enquête devraient servir de réflexion pour améliorer les services aux enfants, mais aussi les mesures offertes pour la conciliation travail-famille, alors qu’il est clair que le temps prolongé passé en milieu de garde peut être néfaste.

Mme Lavoie ajoute aussi que les enfants gardés en installation sont plus susceptibles d’être vulnérables sur le plan socioaffectif que ceux gardés en milieu familial.

L’Observatoire des tout-petits souligne que des études réalisées depuis plusieurs années au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, concluent que les services de garde éducatifs «peuvent contribuer positivement au développement des enfants, en particulier pour les tout-petits provenant de milieux défavorisés».

Sans s’immiscer directement dans le débat sur les «maternelles 4 ans», projet cher au gouvernement Legault, Mme Dagenais a affirmé qu’il fallait «définitivement penser à la qualité des services (...) avant l’âge de 4 ans».

«Un plus petit ratio est associé à une meilleure qualité. Dans la présente enquête, on voit que les tout-petits qui sont dans des milieux familiaux s’en tirent un peu mieux que ceux qui fréquentent des installations - CPE ou garderie privée, subventionnée ou non. La question du roulement de personnel est aussi importante, et le fait d’avoir des éducatrices formées qui comprennent bien les étapes du développement des tout-petits», a argué la directrice de l’Observatoire.

«On peut penser à toutes les mesures de conciliation famille-travail, sur lesquelles on pourrait travailler, a-t-elle ajouté. On pense souvent au milieu des affaires, mais les municipalités aussi peuvent agir, notamment en adaptant l’horaire de certains services. Et évidemment le gouvernement dispose de leviers.»

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Quelques données en vrac

  • 92% des enfants fréquentent un service de garde avant d’entrer à la maternelle
  • 38% des enfants qui n’ont pas été gardés sont considérés vulnérables dans au moins un domaine de développement
  • 27% des enfants qui ont été gardés sont considérés vulnérables dans au moins un domaine de développement
  • 12% des enfants sont gardés pour la première fois à partir de l’âge de trois ans
  • 11% sont gardés plus de 45 heures par semaine en moyenne
  • 22% ont changé trois fois ou plus de milieu de garde avant leur entrée à la maternelle

(Source: Enquête québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de maternelle 2017)

Éducation

Les professeurs d’université cyberintimidés par leurs étudiants au Québec?

MONTRÉAL - Ayant lui-même déjà reçu «un courriel agressif et très déplacé de la part d’un étudiant», un enseignant de l’Université du Québec à Montréal lance une vaste enquête pour quantifier la cyberintimidation dont seraient victimes les professeurs de niveau universitaire.

«(C’était pourtant) un étudiant qui en personne était très courtois et agréable, a expliqué Stéphane Villeneuve, qui enseigne au département de didactique de l’UQAM. L’étudiant a ensuite regretté son geste en m’expliquant qu’il en avait beaucoup sur les épaules avec ses responsabilités et s’est excusé de façon très sincère en personne. (Mais) cela démontre une fois de plus que les gens se sentent intouchables derrière leur écran.»

Une seule étude aurait été réalisée sur la question dans l’Ouest canadien, et cette nouvelle enquête serait la toute première au Québec et dans l’Est du pays. Quelque 1400 enseignants de l’UQAM et de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont reçu un questionnaire pour cette première étape; l’enquête pourrait éventuellement être élargie à toutes les universités francophones du Canada.

Le professeur Villeneuve s’intéressera notamment à la relation entre la cyberintimidation, l’appartenance à une minorité visible et le genre. L’étude devrait ainsi permettre de vérifier si les femmes sont davantage cyberharcelées que les hommes, et de voir comment hommes et femmes réagissent à ce genre de situation.

«Les attaques peuvent porter sur la personnalité, ça peut être des commentaires concernant l’orientation sexuelle de la personne, ça peut devenir beaucoup plus personnel qu’académique, a-t-il expliqué. Les professeurs interagissent maintenant beaucoup par courrier électronique et dans les réseaux sociaux. Nous ne sommes plus à l’abri comme on pouvait l’être à l’époque des rencontres dans les bureaux. Un étudiant qui nous envoie un courriel agressif, c’est certain qu’il ne l’exprimera pas du tout de la même façon en personne.»

Courriels insistants, messages agressifs et répétés, évaluations négatives sur les sites spécialisés... La cyberintimidation peut prendre plusieurs formes entre les mains de jeunes pour qui les communications électroniques n’ont plus de secret.

Fréquemment, il s’agira d’étudiants dont le comportement est tout à fait correct en classe, mais qui sous le coup de l’émotion ou de la colère déverseront tout leur fiel dans un message dont ils ne mesurent peut-être pas toute la portée.

«Le professeur peut se poser des questions, a dit M. Villeneuve. Ça peut entraîner des problèmes d’estime de soi (...). On peut (se remettre en question), qu’est-ce que j’ai fait de mal en classe, qu’est-ce que j’ai dit qui a été mal perçu... C’est plutôt rare ce genre de chose, mais parfois c’est la virulence, et ça nous marque... Ça nous demande de l’énergie pour réussir à résoudre le problème et ça laisse des traces.»

«Ce sont des écrits qui restent, donc il faut être très prudents dans notre façon de nous adresser (aux étudiants).»

Éducation

Élimination du bulletin chiffré: le ministre Roberge écarte la proposition

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, estime que le rapport du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) est «une belle contribution», mais n’a aucune intention d’en suivre la recommandation principale.

Dans un rapport intitulé «Évaluer pour que ça compte vraiment», le Conseil recommande notamment d’éliminer le bulletin chiffré actuel qui est remis aux écoliers du Québec et à leurs parents et de ne plus faire de moyenne du groupe, au primaire et possiblement au premier cycle du secondaire.

Le Conseil ne recommande pas l’abolition du bulletin, mais suggère que les notes chiffrées, qui permettent trop les comparaisons, puissent par exemple prendre la forme de cotes, de tableaux ou même de graphiques.

«Il n’est pas question pour notre gouvernement d’éliminer les pourcentages, les moyennes de groupe et de retourner à ce qu’on a eu au milieu des années 2000, des bulletins avec des symboles ou des émoticones», a tranché le ministre, mercredi matin, aussitôt après en avoir pris connaissance.

Le bref passage du Québec aux bulletins non chiffrés «n’était pas très clair pour les parents», a fait valoir le ministre lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

«Il faut bien considérer le bulletin comme un outil de communication famille-école. Ce doit être facilement compréhensible et je pense que les notes et les pourcentages sont facilement compréhensibles pour les parents.»

Le Conseil estime de son côté que le phénomène qu’il qualifie de course aux notes décourage les élèves les plus faibles et les empêche d’accéder aux programmes contingentés au cégep et à l’université. Il ajoute que les notes créent aussi de l’anxiété.

Le ministre rétorque que le bulletin «aide les parents à comprendre le niveau de difficulté, le niveau d’exigence des enseignants», rappelant au passage que tous les enseignants n’ont pas le même niveau d’exigence. Selon lui, «le pourcentage de la moyenne de groupe donne une espèce d’outil de référence aux parents. [...] Ça aide les parents à se faire une juste compréhension de la progression de leurs enfants».

Oeuvre utile

Le ministre n’a toutefois pas l’intention de jeter le bébé avec l’eau du bain et n’a donc pas voulu lancer la pierre à l’organisme.

«Le Conseil fait œuvre utile», a-t-il nuancé, ajoutant avoir lu tous les avis du Conseil depuis qu’il est sorti de l’université.

«Ça nourrit la réflexion. C’est réutilisé à plusieurs niveaux, parfois c’est le ministère de l’Éducation, des fois c’est dans les commissions scolaires, même dans les écoles. Ça ramène des sujets sur la table. Ça force les gens à se remettre en question», a-t-il fait valoir.

Même si son gouvernement rejette la recommandation sur les bulletins, «ça ne veut pas dire que le rapport en lui-même n’est pas intéressant», a-t-il dit.

«Je pense que c’est une belle contribution du Conseil supérieur. Je dis simplement que la recommandation qui touche les bulletins, on ne la retiendra pas, mais je ne veux pas dire que le rapport n’est pas utile et ne sera pas utile. Il y a d’autres choses dans le rapport», a fait valoir Jean-François Roberge.

Il a invoqué, pour appuyer ses dires, l’autonomie des institutions et des enseignants : «Les évaluations en cours d’étape, en cours d’apprentissage, peuvent être modifiées, améliorées. Les enseignants sont des professionnels, c’est à eux de choisir. Certains vont peut-être adapter leurs pratiques à la suite de la lecture de ce rapport.»

Le débat sur les bulletins chiffrés n’est pas nouveau au Québec. Ceux-ci avaient été remplacés par des bulletins utilisant différents formats dans la foulée de la réforme pédagogique lancée par le gouvernement du Parti québécois dans les années 90, d’abord sous l’égide du ministre de l’Éducation de l’époque, Jacques Brassard, puis de sa successeure, Pauline Marois.

Les bulletins chiffrés étaient revenus en 2007 alors que la libérale Michelle Courchesne détenait le portefeuille de l’Éducation.

«Dans des domaines d’études comme l’éducation, comme les sciences, il y a des écoles de pensée et c’est normal que le débat revienne à plusieurs égards, a fait valoir le ministre Roberge. Je ne suis pas surpris. Le débat, dans les facultés d’éducation, n’est jamais mort et il ne faut pas que le débat meure. C’est correct de se remettre en question.»

Éducation

Le cours Éthique et culture religieuse sera revu en entier

Le premier ministre François Legault croit que des «changements importants» doivent être apportés au cours Éthique et culture religieuse, mais son gouvernement n’a pas l’intention de l’abolir.

Le Parti québécois réclame que ce cours obligatoire au primaire et au secondaire soit mis au rancart, parce qu’il «propage des stéréotypes, véhicule des dogmes religieux, va à l’encontre de l’égalité entre les femmes et les hommes», énumère son chef Pascal Bérubé.

Éducation

Commission scolaire des Navigateurs : le transport scolaire pourrait être retardé à cause de la poudrerie

La forte poudrerie sur les routes va retarder le transport scolaire des élèves de la commission scolaire des Navigateurs (CSDN), sur la Rive-Sud.

La CSDN a publié un communiqué cet après-midi pour avertir les parents de ses écoles que «le transport scolaire pourrait être retardé en raison des conditions météorologiques, notamment de la poudrerie importante».

«La CSDN tient également à rassurer les parents que tous les enfants seront gardés à l’école tant que la situation ne sera pas revenue à la normale», précise le communiqué.

Les cours ne sont pas annulés. Mais la commission scolaire invite les parents qui souhaitent aller chercher leurs enfants à le faire dès qu'ils le souhaitent.

Louis Boisvert, porte-parole de la CSDN, indique que la commission scolaire surveille attentivement l'état de routes.

Le ministère des Transports en a fermé plusieurs lundi après-midi.

À Lévis, l’échangeur de la route Lagueux est fermé dans les deux sens pour une période indéterminée en raison des conditions météorologiques.

Le territoire de la commission scolaire des Navigateurs comprend les écoles de Lévis, de Saint-Lambert, de Saint-Henri et d'une bonne partie de la MRC de Lotbinière.

Éducation

Les garderies privées veulent offrir la maternelle 4 ans

Craignant pour leur survie, les garderies privées du Québec offrent au gouvernement d’ouvrir des classes de maternelle 4 ans dans leurs locaux. Une idée que la Coalition avenir Québec ne rejette pas d’emblée.

«Ce serait une belle piste de solution. On pourrait ouvrir nos portes aux enseignantes, qui pourraient travailler de pair avec les éducatrices», avance Suzanne Gagnon, directrice générale de l’Association des garderies non subventionnées en installation (AGNSI).

«Nous ne sommes pas fermés à l’idée. Il y a différents scénarios sur la table que nous regardons avec [le ministre de] l’Éducation. Nous sommes en train de les analyser», indique Cynthia Lapierre, attachée de presse du ministre de la Famille Mathieu Lacombe. 

Christine Mitton, directrice de cabinet du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, se fait quant à elle prudente. «Toutes les classes de maternelle 4 ans que nous avons annoncées pour 2019-2020 seront ouvertes dans les écoles.»

Suzanne Gagnon explique que les propriétaires de garderies privées ont beaucoup investi ces dernières années pour construire et aménager des lieux sécuritaires pour la petite enfance. Avec l’ouverture massive de classes de maternelle 4 ans annoncée par le gouvernement Legault, ceux-ci craignent de perdre leur investissement. 

«On se dit que ça pourrait aussi répondre à un besoin du milieu scolaire, qui manque de locaux dans plusieurs régions pour ouvrir des maternelles 4 ans», ajoute Mme Gagnon. 

Une rencontre est prévue mercredi entre le ministre de la Famille Mathieu Lacombe et l’AGNSI. «Je suis certaine qu’avec le pragmatisme du gouvernement Legault, on va arriver à trouver une façon de s’entendre.»

Pas de mur-à-mur

Pour l’expert de la réussite scolaire Égide Royer, il faut éviter de «faire du mur-à-mur» dans l’implantation des classes de maternelle 4 ans. «Pour certaines régions du Québec, ça fait plein de sens que la maternelle 4 ans se donne dans une garderie ou un CPE, lorsqu’il y a une entente avec l’école», évoque-t-il. 

Celui qui est un grand défenseur des maternelles 4 ans croit qu’il faut faire preuve de souplesse quant au lieu où ces apprentissages seront faits. «Que les services de garde et les écoles conviennent entre elles du meilleur endroit, ce serait un exemple patent de complémentarité.»

L’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) croit quant à elle qu’il faut «prendre notre temps» pour implanter la maternelle 4 ans. «Il faut pas qu’on s’improvise dans les solutions, qui doivent être bien structurées», croit sa directrice générale Geneviève Bélisle. 

Déjà des fermetures

Le 1er mars, la garderie La Boîte aux sourires de Lévis fermera ses portes. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée a été évoquée par les propriétaires. Sans connaître tout le contexte autour de cette fermeture précipitée, Mme Gagnon croit qu’elles témoignent du «sentiment de panique» qui a cours en ce moment dans son réseau. 

«Les gens ont peur. Ils se demandent ce qui va arriver avec leur garderie dans les prochaines années et oui, il peut y avoir un certain mouvement de panique», exprime-t-elle. 

Au Québec, le réseau des garderies privées est le deuxième plus important, après celui des centres de la petite enfance (CPE). Il accueille 65 000 tout-petits, dont le tiers sont âgés de 4 ans. 

Selon une analyse d’impact publiée par le ministère de l’Éducation la semaine dernière, l’implantation de la maternelle 4 ans partout au Québec en 2023 causerait des pertes annuelles de 187 à 385 millions $ chez les garderies privées et les garderies en milieu familial.



NDLR: Une version antérieure de ce texte indiquait que trois garderies privées de Lévis allaient fermer leurs portes le 1er mars. Le 25 février en fin de journée, les propriétaires de ces garderies ont finalement décidé de garder deux d'entre elles ouvertes (La Boîte à magie et La Boîte à câlins).