Dans son avis, l’INSPQ souligne que les jeunes de moins de 20 ans représentent 20 % de la population québécoise, et que «même s’ils devenaient tous infectés grâce à un retour à l’école, le Québec serait loin d’avoir suffisamment d’individus immuns pour profiter d’une immunité de groupe». Ci-dessus, l'école des Berges, à Québec.
Dans son avis, l’INSPQ souligne que les jeunes de moins de 20 ans représentent 20 % de la population québécoise, et que «même s’ils devenaient tous infectés grâce à un retour à l’école, le Québec serait loin d’avoir suffisamment d’individus immuns pour profiter d’une immunité de groupe». Ci-dessus, l'école des Berges, à Québec.

Écoles et immunité de groupe: une approche très risquée, selon l’Institut national de santé publique du Québec

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
«La grande majorité des enfants semblent peu ou pas symptomatiques lorsqu’ils sont infectés par le SARS-CoV-2. Dans ce contexte, il peut être tentant de retourner les enfants à l’école pour qu’ils acquièrent l’infection et développent une immunité qui protégerait la population adulte. Cependant, une telle approche est également à risque de provoquer une forte augmentation de la maladie dans la population adulte sans pour autant créer une immunité de groupe.»

Le propos vient de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a publié lundi son avis sur l’immunité de groupe et le retour des enfants à l’école. Pendant leur point de presse quotidien, le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, et le premier ministre, François Legault, se sont ravisés sur cette question, après avoir d’abord affirmé que la réouverture des écoles ferait en sorte que les enfants, moins vulnérables, participeraient à l’immunisation naturelle de la population.

Dans son avis, l’INSPQ souligne que les jeunes de moins de 20 ans représentent 20 % de la population québécoise, et que «même s’ils devenaient tous infectés grâce à un retour à l’école, le Québec serait loin d’avoir suffisamment d’individus immuns pour profiter d’une immunité de groupe». 

«Par contre, il est certain que l’infection des enfants contribuerait à une transmission substantielle de la COVID-19 à leurs parents et aux autres adultes qui les entourent et pourrait ainsi entraîner un grand nombre d’hospitalisations sur une courte période avec un potentiel réel de dépassement de la capacité du réseau de la santé tant dans les grands centres urbains que dans les régions», prévient l’Institut.

Même si les cas de COVID-19 âgés de moins de 70 ans ont un risque de décès moindre que ceux qui sont plus âgés, une proportion non négligeable développe une infection sévère nécessitant une admission aux soins intensifs et parfois en décèdent, rappelle l’INSPQ.

«Dans le contexte actuel de mesures de distanciation importantes, ces adultes de moins de 70 ans constituent actuellement 65 % des cas confirmés par laboratoire et environ 35 % des patients hospitalisés. Ces proportions pourraient augmenter si leurs enfants rapportent l’infection à la maison», souligne l’organisme.

L’INSPQ indique qu’en Europe, une étude sur les taux de contacts selon les groupes d’âge a montré qu’une personne de moins de 18 ans a entre cinq et 10 contacts par jour avec d’autres personnes de moins de 18 ans, en plus d’avoir environ cinq ou six contacts par jour avec des adultes de 18-60 ans. 

«La majeure partie des contacts des enfants/ados sont à l’école et à la maison. Par ailleurs, comme une grande proportion d’enfants infectés resteront asymptomatiques, ces enfants ne se méfieront pas et continueront à avoir un grand nombre de contacts et à transmettre la maladie», écrit l’INSPQ.

Ces observations vont dans le même sens que des travaux de l’Imperial College au Royaume-Uni «montrant qu’une stratégie visant l’obtention d’une immunité de groupe risque de causer un nombre massif d’hospitalisations et de décès», souligne encore l’Institut.

«Finalement, il est important de rappeler qu’on ne connaît pour le moment ni le niveau de protection conféré par les anticorps produits par l’infection ni la durée de l’immunité générée par l’infection, deux facteurs qui ont des impacts directs sur l’atteinte d’une immunité de groupe», rappelle par ailleurs l’organisme.

Au 20 avril 2020, il y a eu 11 059 cas de COVID-19 confirmés dans les populations de Montréal et de Laval (qui ont été les plus touchées), soit un taux de 0,44 %. Suivant l’hypothèse qu’une personne symptomatique sur cinq ait été testée et confirmée et qu’il y ait autant d’infections asymptomatiques que d’infections symptomatiques, seulement 4,4 % des résidents de ces régions auraient été infectés, calcule l’INSPQ.

«Ce faible pourcentage est du même ordre que celui retrouvé dans le comté de Santa Clara en Californie qui a été très touché par la COVID-19 et où une étude de séroprévalence des anticorps contre le SARS-CoV-2 chez 3330 sujets a retrouvé une prévalence variant entre 2,5 % et 4,2 %», compare l’Institut.

L’INSPQ souligne que si la proportion exacte de Québécois infectés ne sera connue qu’après avoir réalisé des enquêtes sérologiques, «il est très probable que 90 % ou plus des Québécois n’ont toujours pas été infectés et sont encore susceptibles» (alors qu’il faudrait que plus de 66 % de la population ait été infectée - et soit devenue immune - pour qu’on puisse parler d’immunité de groupe).  

Selon l’INSPQ, dans le contexte actuel, pour empêcher que le retour à l’école ou au service de garde s’accompagne d’une recrudescence de la transmission chez l’adulte, ce retour devra se faire tout en maintenant de fortes mesures de distanciation physique.