La rentrée de l’automne 2019 sera marquée d’un jalon en Beauce : l’école primaire les Sittelles, à Saint-Georges, hébergera les deux premières classes Montessori publiques.

Écoles alternatives: regain de popularité sur la Rive-Sud

Les écoles alternatives connaissent un regain de popularité à Lévis et dans la Beauce où au moins quatre groupes de parents militent pour que le réseau public ouvre ses horizons.

Pour l’heure, ni la commission scolaire des Navigateurs (CSDN) de la Rive-Sud ni la commission scolaire de la Beauce-Etchemin (CSBE) ont une école alternative. Il y a bien quelques établissements privés offrant des parcours pédagogiques sortant du cadre conventionnel, mais aucun dans le réseau étatique.

La rentrée de l’automne 2019 sera donc marquée d’un jalon : l’école primaire les Sittelles, à Saint-Georges, hébergera les deux premières classes Montessori publiques du vaste territoire qui s’étend jusqu’à la frontière étatsunienne. 

«La demande est venue d’un groupe de parents l’année dernière», explique la directrice des services éducatifs de la CSBE, Karina Roy. Et les enseignantes sont emballées; une quinzaine sont en formation.

Pour tester la formule, un groupe de maternelle et un autre de première année seront formés en 2019. Si les inscriptions sont assez nombreuses, la commission scolaire ajoutera un niveau à chaque rentrée jusqu’à la sixième.

«Nous, ce qu’on voulait, c’était d’avoir une école complète alternative», remarque cependant une des mères instigatrices du projet, Isabelle Reny, de Saint-Prosper. Elle se réjouit tout de même d’avoir réussi une percée. «On a fait bouger les choses. Ce n’est pas parfait, mais c’est un pas vers le changement.»

«On a été la bougie d’allumage», dit-elle. «On voyait que la Beauce était prête à ça.»

Une de ses acolytes, Danielle Bolduc, souligne qu’il faut être patient et déterminé pour concrétiser le désir des parents. Convaincre le réseau scolaire public à négocier le virage serait long. «Faire bouger une grosse machine comme ça, il faut s’atteler à travailler presque un an.»

Peu importe la charge de travail à abattre, les gains réalisés à Saint-Georges stimulent d’autres groupes militant pour la même cause. Des mères de Sainte-Marie de Beauce, entre autres, tentent depuis 2017 d’obtenir une école publique inspirée par la pédagogie Montessori. Elles ont présenté leur dossier à la CSBE récemment.

À Lévis

À Lévis aussi, au moins deux groupes s’activent. Dont celui de la motivée Catherine Berrigan qui aimerait être une pionnière en faisant la promotion d’une école Montessori publique. «Les parents veulent avoir le choix. […] On aimerait ça que l’école ouvre en 2020.»

Le projet suscite un certain intérêt; quelque 250 personnes suivent la page Facebook. Et cinq personnes ont joint Mme Berrigan pour former le comité faisant la promotion auprès des autorités.

Dans le modèle alternatif, «les enfants sont libres de choisir leurs activités», explique-t-elle. «Ce n’est pas l’enfant qui doit s’adapter à l’école, c’est l’école qui s’adapte à l’enfant.» Les parents seraient en outre plus impliqués dans l’apprentissage, participant parfois aux activités en classe.

La commission scolaire des Navigateurs ne ferme pas complètement la porte. La coordonnatrice aux communications, Louise Boisvert, souligne néanmoins que le projet est «très embryonnaire». Et que le souhait des mères se butera au débordement des classes de la Rive-Sud : «On n’a carrément pas de place dans nos écoles.»

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BEAUCOUP D'EFFORTS DES PARENTS

Bâtir un projet d’école alternative demande beaucoup d’efforts des parents motivés à brasser les structures du réseau de l’éducation. Plusieurs abandonnent en cours de route.

«C’est difficile, c’est deux à trois ans de travail si les gens se réunissent régulièrement», avertit Michl Nicholson, consultant pour le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (REPAQ). «Souvent, les gens s’épuisent.»

L’ancien directeur sillonne le Québec pour rencontrer les groupes de parents désirant l’ouverture d’un tel établissement dans leur ville. Certains baisseraient les bras, las de se confronter au «système». Et pourtant, M. Nicholson perçoit un regain d’intérêt pour les modèles alternatifs.

Son collègue responsable des communications pour le REPAQ, Pierre Chénier, évoque un nouvel «engouement». Des parents de 30 ans, voire 40 ans désirent s’impliquer davantage dans l’éducation de leur progéniture, pas seulement déléguer la tâche, affirment-ils. 

Ceux-ci devront cependant s’assurer de s’impliquer dans le conseil d’établissement de leur école locale et embarquer les profs et la direction dans l’aventure. Sans quoi ils pourraient faire face à beaucoup de résistance, avertit-il.

«C’est tellement méconnu», note Michl Nicholson pour expliquer les réticences à surmonter. «J’entends encore : “Les élèves dans les écoles alternatives font ce qu’ils veulent quand ils veulent.”»

Il explique sa vision de l’école alternative : «C’est d’abord et avant tout une façon de penser.» L’éducation suit «le rythme de l’élève» en essayant de mener chacun vers le maximum qu’il peut atteindre dans sa progression scolaire. «On n’est pas branché sur la performance à tout prix.» Et les parents seraient plus impliqués, se retrouvant même dans la classe à l’occasion.

Même s’ils sont de fervents défenseurs du modèle, nos deux interlocuteurs conviennent qu’une minorité d’enfants du Québec reçoivent actuellement un enseignement alternatif dans le réseau public. Un peu plus de 1 %, disent-ils.