Le bail liant l’École d’architecture de l’Université Laval à l’ancien séminaire de Québec depuis 1988 prendra fin au début des années 2020.

École d'architecture de l'UL: les étudiants ne veulent pas quitter le Vieux-Québec

Après un sondage mené par le doyen de la faculté et une coupe budgétaire du ministère de l’Éducation, des étudiants en architecture de l’Université Laval s’inquiètent à l’idée de voir leur école, installée dans l’ancien séminaire de Québec depuis 1988, quitter le Vieux-Québec pour retourner sur le campus de Sainte-Foy une fois complété son bail au début des années 2020.

L’Association des étudiants en architecture (ASSÉTAR) a d’ailleurs adopté il y a deux semaines, lors d’une assemblée qui réunissait 150 personnes, des résolutions où elle s’engage à prendre les mesures nécessaires pour maintenir la présence de l’École d’architecture au centre-ville, dans le Vieux-Séminaire, et pour assurer un regroupement de la Faculté d’aménagement, d’architecture, d’art et de design au centre-ville.

Jacques White, directeur de l’École d’architecture, avoue avoir été surpris par ces résolutions, mais estime que l’initiative de l’Association et les inquiétudes de certains étudiants sont probablement une réponse à un sondage mené il y a un mois par le doyen Alain Rochon qui s’interrogeait sur les possibilités de réunir toute la faculté sous un même toit.

«Ce n’est pas encore un projet, c’est une possibilité, l’idée de réunir toute la faculté au même endroit. C’est vraiment prématuré de discuter de scénarios hypothétiques. Cependant, c’est une bonne nouvelle de voir que les étudiants sont attachés à leur école et que son avenir les intéresse. On a de super locaux et je suis content que les étudiants s’en préoccupent», indique le directeur en avouant qu’il n’avait pas encore rencontré l’Association. «Il y a peut-être une petite action d’information à faire pour rassurer tout le monde. Je ne les ai pas rencontrés encore, mais je vais m’asseoir avec eux et je vais les écouter.»

Financement coupé

M. White jure que les étudiants seront consultés avant toute décision et assure qu’il est conscient des avantages pour l’École d’architecture à demeurer dans le Vieux-Québec. Cependant, il confirme aussi une décision du ministère de l’Éducation de ne plus financer l’Université Laval pour la location de locaux. L’École d’architecture est locataire de ses locaux situés à l’intérieur du séminaire depuis 1988. «Si l’École demeure ici, l’Université devra faire des efforts pour compenser ces pertes financières», indique-t-il. «Et pour aménager, par exemple, des labos de création numérique, c’est vrai que nous sommes un peu à l’étroit et que ça milite pour de nouvelles possibilités. Ça ne signifie pas toutefois un déménagement. La solution pourrait être de louer d’autres locaux ailleurs.»

Malgré tout, Simon Parent, qui complète une double maîtrise en architecture et design urbain, estime que ces signaux pointent vers une possible relocalisation, une éventualité qui l’inquiète, de même que plusieurs de ses collègues. «Depuis 1989, l’Université paierait 1,5 million $ par an pour ces locaux et aurait ainsi déboursé plus de 35 millions $. La perte du financement du ministère de l’Éducation causerait certainement un manque à gagner important», indique-t-il en entrevue avec Le Soleil.

Déménagement proposé

M. Parent ajoute que deux ateliers de l’école d’architecture, menés respectivement en 2017 par le professeur agrégé Jacques Plante et en 2018 par les professeurs Claude MH Demers et André Potvin, ont proposé un déménagement de l’école dans les locaux de l’Hôtel-Dieu et la construction d’un nouveau pavillon sur le campus sans nécessairement clarifier les enjeux. «De plus, un courrier électronique nous a annoncé que les facultés hors campus manquaient d’espace pour opérer, sans toutefois indiquer si l’espace était disponible sur le campus [...] et l’Université déclare favoriser une concentration sur le campus de ses écoles et départements dans l’espoir d’accroître les échanges, sans expliquer davantage ce qui les stimule», poursuit-il.

De son côté, Philippe Lalande, trésorier de l’ASSÉTAR, concède que le sujet est fortement discuté à l’école d’architecture et qu’un comité étudiant a été formé pour faire valoir la position de l’Association, c’est-à-dire de regrouper la faculté au centre-ville. «Je peux toutefois vous assurer que s’il y a de l’inquiétude chez des étudiants, elle est possiblement due à des conclusions hâtives», précise-t-il au Soleil. «Nous comprenons que la faculté ne place pour l’instant aucune piste de solution de l’avant quant à un éventuel réaménagement; toutes les éventualités doivent être envisagées et il se peut que le statu quo prévale.»

Proposition ambitieuse

Simon Parent, lui, pousse la réflexion plus loin et s’inquiète de la «muséification» du Vieux-Québec s’il fallait que les étudiants en architecture qui y habitent le quittent en raison du déménagement de leur école. Il y va même d’une proposition ambitieuse : le recentrage du campus universitaire sur le Vieux-Québec, plus précisément la Citadelle, le Séminaire de Québec, l’Hôtel-Dieu, les Nouvelles-Casernes, le parc de l’Artillerie, l’édifice la Fabrique et le stationnement adjacent.

«Les opportunités sont nombreuses et l’espace ne manque pas pour accommoder plusieurs facultés dans les quartiers centraux», avance l’étudiant qui déplore que le campus actuel soit séparé de la Ville et fonctionne plutôt comme une banlieue refermée sur elle-même. 

De son côté, Jacques White est pour sa part convaincu que peu importe où se situerait l’école d’architecture, les étudiants réussiraient tout de même à lui donner leur couleur et à y créer une ambiance. «Moi, j’ai fait mon cours dans le pavillon Bonenfant, où on était collés comme des sardines! Mais malgré tout, on s’était très bien approprié les lieux et c’est ce qui s’est produit ici aussi», conclut-il.