Même si l'achalandage dans les camps du Québec n'est pas encore connu, deux des plus gros camps de la grande région de Québec parlent déjà en bien de leur saison 2017.

Éclaircie pour les camps de vacances

Après une décennie en perte de vitesse, les camps de vacances québécois semblent voir la lumière au bout du tunnel. Plusieurs camps observent des hausses de clientèle, cet été. Non seulement cela, mais le plus haut taux de natalité et l'engouement pour le plein air laissent présager des jours meilleurs, selon des intervenants du milieu.
«Cette année, je dirais que ça va plutôt bien pour les camps de vacances. On remonte tranquillement et on peut être optimiste pour les prochaines années», lance Chloé Melançon-Beauséjour, porte-parole de l'Association des camps du Québec (ACQ). 
L'affirmation peut paraître anodine, mais elle ne l'est pas. Il y a longtemps que l'on n'a pas tenu ce genre de discours dans le monde des camps de vacances québécois. La première décennie des années 2000 a été marquée par des baisses d'achalandage dans pratiquement tous les camps de la province, plusieurs étant contraints de fermer leurs portes. 
«Dans les dernières années, ça s'est stabilisé. Environ un camp de vacances ferme annuellement. Je ne pense pas qu'il y ait eu de fermeture jusqu'à maintenant cette année», explique la porte-parole de l'ACQ. 
L'organisme n'aura les chiffres d'achalandage provinciaux qu'une fois la saison estivale terminée, mais deux des plus gros camps de la grande région de Québec parlent déjà en bien de leur année 2017. 
Le camp Trois-Saumons, à L'Islet, aura accueilli cet été 150 campeurs de plus qu'en 2016. Des hausses plus modestes avaient déjà été observées à chacun des trois étés précédents, relate Gabriel Bigaouette, directeur général des Camps Odyssée, organisme gérant les camps Trois-Saumons et Minogami, à Shawinigan. Ce dernier, spécialisé en canot-camping, affiche complet depuis deux ans, explique le dg. On pourrait difficilement accueillir plus que les 1470 jeunes inscrits à des séjours cet été.  
Sans noter de hausse aussi drastique cette année, le directeur général du camp Kéno, François Vézina, parle d'une hausse de 30 % des séjours au camp de vacances de Saint-Léonard-de-Portneuf, «depuis cinq ou six ans». «On était sur une lente baisse depuis plusieurs années, mais 2009, dans la foulée de la crise économique aux États-Unis, qui a touché notre économie, ça a vraiment été le creux.»
C'est qu'il ne faut pas oublier que d'envoyer les enfants au camp de vacances est considéré comme un luxe par plusieurs parents, pointe M. Vézina, qui travaille dans le milieu depuis une quarantaine d'années. 
«Quand les gens achètent un produit comme le camp pour leur enfant, ça provient de ce que j'appelle le budget discrétionnaire. Ça vient après la maison, les voitures, l'école privée, les cellulaires, les vacances en famille. Il doit rester de l'argent après ça pour le camp.»
«Comme payer un voyage»
Il est vrai que si les camps de jour sont pratiquement devenus «un service essentiel», le camp de vacances est «comme payer un voyage à son enfant», admet Chloé Melançon-Beauséjour. 
Cette dernière croit toutefois que d'envoyer son enfant au camp de vacances est plus accessible, financièrement, que certains parents peuvent le croire. «Les gens pensent encore que ça coûte cher, mais beaucoup de camps ajustent leur tarification en fonction du revenu familial ou offrent des bourses pour les familles à moindre revenu. Il existe aussi des crédits d'impôt pour les parents qui envoient leur enfant au camp.»
Comment expliquer le regain?
Si le milieu des camps de vacances remonte la pente, on est encore loin de l'achalandage du début des années 2000, nuance François Vézina, également ex-président de l'Association des camps du Québec (ACQ). N'empêche, différents facteurs suggèrent que les campeurs seront au rendez-vous dans les prochaines années. 
Mini baby-boom 
«La démographie y est pour quelque chose. Les camps de jour en témoignent aussi. À Trois-Saumons, notre clientèle est surtout de Québec et depuis quelques années, on sent un genre de mini baby-boom dans des quartiers comme Limoilou», explique Gabriel Bigaouette, des Camps Odyssée. Son argument n'est pas valide que pour la région de Québec. Depuis 2008, c'est en moyenne 88 057 bébés qui naissent annuellement dans la province. Entre 1997 et 2005, la moyenne annuelle était plutôt de 73 997. 
Qui dit plus de bébés dit plus de clients pour les camps de vacances. Comme un enfant fréquente rarement le camp avant d'avoir six ou sept ans, les établissements de la province commencent tout juste à sentir la hausse des natalités débutée à la fin de la dernière décennie. 
Engouement pour le plein air
«Le plein air est vendeur, en ce moment. Il y a définitivement un engouement. On voit que le Ministère veut valoriser ça dans son plan pour les prochaines années. Le camp de vacances, que ce soit un séjour l'été ou une sortie scolaire, c'est souvent la première occasion pour les enfants de découvrir la nature», explique Chloé Melançon-Beauséjour, de l'ACQ. Non seulement le plein air à la cote, mais les saines habitudes de vie dans leur ensemble, croit pour sa part François Vézina, du Camp Kéno. 
«C'est un mélange de préoccupations sur l'environnement et le désir d'offrir à ses enfants la meilleure qualité de vie. Les camps viennent combler un « déficit nature » pour les enfants qui vivent en ville.»
Soucis de développement de l'enfant
«C'est une raison un peu plus marginale, mais les jeunes familles sont plus soucieuses du bon développement de leurs enfants, et les bienfaits des camps de vacances sont maintenant prouvés de ce côté. Un ado qui dérape un peu, par exemple, peut être envoyé pour quelques semaines au camp, dans un milieu encadré et stimulé», explique François Vézina. 
Ces fameux bienfaits du camp sur le développement de l'enfant peuvent toutefois être «difficiles à percevoir pour un parent qui ne l'a jamais vécu», nuance Chloé Melançon-Beauséjour.
Quels obstacles persistent?
Les parents protecteurs
«C'est ce que j'appelle le phénomène d'inquiétude, les craintes des parents, de nos jours. Même à la maison, les parents sont stressés de laisser des enfants aller jouer dehors. C'est quelque chose de naturel, on ne peut pas leur reprocher, mais ça met un frein à envoyer son enfant au camp de vacances», explique François Vézina, directeur général du camp Kéno. Est-ce pourquoi la majorité des enfants qui fréquentent les camps de vacances ont des parents qui y en ont fait l'expérience lorsqu'ils étaient jeunes? «C'est très difficile de sortir de ce noyau-là et convaincre un parent de laisser son enfant dans un camp de vacances pour deux semaines si lui même ne l'a jamais vécu», explique Gabriel Bigaouette, directeur général des Camps Odyssée. Le défi est donc de convaincre les parents de faire essayer le camp de vacances à leur enfant au moins une fois. «Ensuite, dans nos deux camps, on a des taux de rétention des campeurs de plus de 50 %.»
Les vacances en famille 
«Les habitudes de consommation ont changé et il reste moins d'argent pour le camp de vacances. Il y a quelques années, par exemple, les gens faisaient généralement des choix de vacances en famille un peu moins dispendieux. La Côte-Est américaine plutôt que l'Europe», donne en exemple François Vézina. Les enfants dont les parents sont séparés passent également une plus longue portion de leur été en vacances familiales, ajoute Gabriel Bigaouette. «Il y a davantage de familles reconstituées. L'enfant part en vacances avec chaque parent, et c'est des semaines où il aurait pu aller au camp qui sautent.»
Les camps de jour spécialisés
«C'est sûr qu'il y a eu un transfert de clientèle vers les camps de jour spécialisés», admet François Vézina, lui dont l'organisation, Kéno, gère un camp de vacances, des camps de jour municipaux et des camps de jours spécialisés. «La multiplication des camps de jour, depuis une quinzaine d'années, a fait mal à l'industrie des camps de vacances», poursuit Gabriel Bigaouette, qui avoue toutefois que son organisation n'a pas nécessairement bien réagi à cette nouvelle réalité. «À Trois-Saumons, on a tenté de répondre à ça en offrant nous aussi des séjours spécialisés : équitation, basketball... On s'est mis à chercher les campeurs comme ça, mais se faisant, on a oublié ce qu'on était et dénaturé le camp. Aujourd'hui, on est revenu au véritable camp de vacances. Faire du canot, jouer dans le bois, et ça fonctionne.