Eau contaminée au sel: la Ville de Québec refuse sa responsabilité [VIDÉO]

Les résidents de la rue du Jade et Mgr Cooke dans le secteur Val-Bélair dont le puits est contaminé par le sel de déglaçage tend une dernière fois la main à la Ville de Québec pour qu’elle assume «sa responsabilité» et paie la totalité de la facture de raccordement au réseau d’aqueduc.

Le Soleil rapportait en janvier l’histoire de cinq citoyens qui se battent en vain depuis plus de trois ans pour prouver que la Ville de Québec est responsable de la contamination de leur puits au sel de déglaçage.

Une première étude au coût de 10 000 $ payée par les demandeurs et une seconde de la Ville prouve la responsabilité de l’administration municipale. «La contamination qui peut durer jusqu’à 30 ans vient directement de l’entretien hivernal de la Ville de Québec ou par son sous-traitant, lance le conseiller indépendant de Loretteville-Les Châtels, Raymond Dion. Elle doit le reconnaître. Si un déneigeur brise un lampadaire, on va dédommager le propriétaire. Il me semble que la première des choses, c’est d’offrir une eau potable à ses citoyens», ajoute le conseiller, déçu de l’attitude de la Ville.

Pour les citoyens, accepter le raccordement au réseau de la Ville était, selon eux, la seule chose à faire. Purifier l’eau par l’achat d’un système de traitement à l’osmose inversé, comme suggéré par la Ville, était trop coûteux et engendrait d’autres problèmes. De toute façon, ça ne réglait pas le problème de la responsabilité.

L’an passé, la Ville a fait le raccordement au réseau municipal en leur refilant 42 % de la facture, en moyenne de 35 000 $. Les citoyens visés exigent que la Ville paie la somme dans son intégralité.

«Mener en bateau»

Après la parution du reportage du Soleil, la conseillère responsable de l’Environnement, Suzanne Verreault, a repris le dossier. Des rencontres ont eu lieu, en vain. Les résidents n’ont pas gagné un sou de plus.

«On a l’impression de s’être fait mener en bateau, estime Marie-Douce Provencher, une des propriétaires. On pensait qu’ils allaient faire d’autres études. Mais non. Ils ont simplement dit qu’on doit s’attendre à des risques de contamination quand on a un puits. Ils ont aussi dit qu’ils ne voulaient pas créer de précédent.»

Selon elle, la Ville nierait donc sa responsabilité pour éviter de dédommager en cas de litige les quelque 600 autres propriétaires d’un puits sur son territoire. «La Ville ne peut pas être responsable à seulement 58 %. Personne n’est allé chez Canac s’acheter un 5 kilos de sel pour le verser dans le puits en disant : “J’aime ça l’eau salée”»», ironise-t-elle.

Petite victoire

Pourtant, sans reconnaître sa responsabilité, la Ville a accepté dans le passé un règlement à l’amiable la journée précédant une audience prévue devant la Cour des petites créances. Trois des cinq propriétaires touchés poursuivaient la Ville pour une somme de 14 000 $ pour bris à la propriété, en lien avec la corrosion accélérée de la tuyauterie de leur résidence due à la présence de sel. Chacun a reçu 7500 $, 5000 $ de la Ville et 2500 $ de l’entrepreneur, en vertu des règles de responsabilité partagée contenues dans les contrats que la Ville signe avec ses fournisseurs.

La Ville doit rendre une décision lundi lors du conseil municipal. Si elle devait rester sur ses positions, les citoyens envisagent un recours même si l’énergie n’y est plus vraiment. «C’est des coûts et du temps. D’un autre côté, on ne veut pas abandonner parce que ça fait longtemps que ça dure», conclut Mme Provencher.