Dure conciliation travail-famille-proche aidant

MATANE — De plus en plus de gens prennent soin de leurs parents vieillissants et parfois malades. La majorité de ces proches aidants d’aînés doit concilier le trio travail-enfants-parents âgés. C’est «la génération sandwich». Ce phénomène a de plus en plus de conséquences sur les employeurs qui doivent composer avec ces travailleurs qui s’absentent pour s’occuper de leurs aînés.

En marge de la Semaine nationale des proches aidants qui s’ouvre dimanche, la réflexion s’impose pour les employeurs et les travailleurs devenus les parents de leurs parents.

Selon les données de 2012 de Statistiques Canada, on estime que 80 % des proches aidants d’aînés qui travaillent ont des enfants âgés entre 5 et 14 ans. Malgré leur nombre qui augmente, rares sont les employeurs qui disposent de mesures de conciliation. «C’est complexe, admet la directrice générale de l’Appui national des proches aidants d’aînés, Monique Nadeau. On est aux balbutiements. On n’a rien de campé. L’employeur veut que son entreprise fonctionne et que ses employés aient une paye. Mais, comment jongler avec les répercussions de cette réalité-là?» Toujours selon l’étude menée par Statistiques Canada en 2012, ce n’est effectivement pas simple puisque 64 % des proches aidants n’ont aucune flexibilité dans leur horaire de travail.

Dans un mémoire déposé auprès de la ministre responsable des Aînés et de la Lutte contre l’intimidation, Francine Charbonneau, l’Appui recommande «que la conciliation travail-famille-proche aidant fasse partie de mesures structurantes». L’organisme souhaite également que «les années de proche aidance soient reconnues». «Les proches aidants qui arrêtent de travailler un an ou de façon ponctuelle, ça fait un trou dans leur parcours professionnel, explique la directrice de l’Appui. Ce trou-là n’est jamais gagnant.»

Besoin de sensibilisation

L’Appui a mis en place une ligne Info-Aidant. Parmi les gens qui appellent, certains se disent tristes à l’idée de devoir diminuer leurs heures de travail, selon Mme Nadeau. Certains autres ressentent un malaise à en parler par crainte d’être exemptés d’une promotion. 

«Il y a un besoin de sensibilisation important, martèle Monique Nadeau. On sait que, d’ici peu, le quart de la population va avoir 65 ans et plus. C’est important d’outiller les employeurs qui ont des employés qui s’occupent de leurs parents vieillissants.» D’ailleurs, l’Appui créera un comité d’experts visant à proposer un cadre de référence pour le marché de l’emploi.

Sans disposer d’une politique pour les proches aidants d’aînés, quelques employeurs offrent certaines dispositions à la convention collective pouvant faciliter la conciliation. C’est le cas à l’Université du Québec à Rimouski. «La convention permet un congé familial de douze jours par année, explique le conseiller en gestion des ressources humaines de l’établissement, Daniel Gauvin. Les jours utilisés sont déduits d’une banque de congés ou peuvent être pris sans traitement. Les employés peuvent aussi prendre un congé de douze semaines par année sans traitement lorsque leur présence est requise auprès d’un membre de leur famille en raison d’une grave maladie ou d’un accident.»

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Statistiques sur les proches aidants d’aînés

  • 55 % sont âgés de 45 à 64 ans
  • 56 % sont sur le marché du travail
  • 64 % n’ont aucune flexibilité dans leur horaire de travail
  • 38 % ont des enfants de 5 à 9 ans
  • 42 % ont des enfants de 10 à 14 ans
  • 9 % consacrent 20 heures ou plus de soutien à un aîné