Un certain virus a évidemment eu son mot à dire dans la fermeture du restaurant Tomas Tam dans Lebourgneuf, mais les ennuis avaient commencé bien avant.
Un certain virus a évidemment eu son mot à dire dans la fermeture du restaurant Tomas Tam dans Lebourgneuf, mais les ennuis avaient commencé bien avant.

D’un Tomas Tam à l’autre

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
La fermeture d’un restaurant n’est jamais chose facile à accepter pour son propriétaire, surtout s’il a sué sang et eau pendant une trentaine d’années comme c’est le cas pour Tomas Tam. Mardi, l’homme d’affaires a annoncé que l’établissement qui porte son nom, coin Marais et Pierre-Bertrand, dans le secteur Lebourgneuf, fermait ses portes. D’un optimisme à tout crin, l’homme d’affaires refuse toutefois de se laisser abattre. Il consacrera dorénavant ses énergies à son autre établissement du boulevard Hamel.

«Il y a pire que ça dans la vie que j’ai vécue», laisse tomber le restaurateur originaire du Mozambique, né de parents chinois. «En Afrique, j’ai connu le communisme, le colonialisme, la dictature. J’ai passé ma vie là-bas à affronter des difficultés. Je suis chanceux d’être en santé et de vivre libre dans un pays démocratique, c’est ça le plus important.»

Au lendemain de l’annonce de la fermeture officielle de son établissement, qui n’avait pas rouvert ses portes au public depuis le début de la pandémie, sauf pour des plats à emporter, Tomas Tam a accueilli quelques collègues restaurateurs venus jeter un coup d’oeil sur la marchandise mise en vente. L’endroit, désert, tranchait avec l’affluence des beaux jours, alors qu’il pouvait voir passer jusqu’à un millier de clients quotidiennement.


« Il y a pire que ça dans la vie que j’ai vécue »
Tomas Tam, au sujet de la fermeture de son restaurant dans Lebourgneuf

L’endroit, reconnu pour ses buffets à volonté offerts à prix abordable, croulait encore, il y a pas si longtemps, sous des tonnes de spare ribs, riz aux crevettes, lasagne, cuisses de grenouilles et autres nouilles chinoises, au total, jusqu’à une centaine de plats «comfort food» asiatiques, italiens et canadiens. L’outremangeur, anonyme ou pas, y trouvait de quoi défaire sa ceinture d’un trou ou deux...

Le patron a même tenté l’expérience du homard à volonté, à une époque où le crustacé se vendait moins cher. «Ça se battait pour en avoir. Les premiers à se servir ramassaient toute. Ça se pognait dans la file.»

Comme la plupart des restaurateurs, Tomas Tam vivait depuis un moment un manque chronique de main-d’oeuvre.

Concept en péril

Un certain virus a évidemment eu son mot à dire dans la fermeture, mais les ennuis avaient commencé bien avant. Comme la plupart des restaurateurs, Tomas Tam vivait depuis un moment un manque chronique de main-d’oeuvre. Il lui manquait chaque jour une bonne dizaine d’employés. Lui-même devait mettre la main à la pâte pour combler les trous dans les horaires.

«Même si j’avais voulu rouvrir le resto (du boulevard Pierre-Bertrand), je n’aurais pas été capable. Je n’avais pas d’employés. Ils touchaient 2000 $ par mois avec la PCU. Penses-tu qu’ils étaient intéressés à rentrer?»

La pandémie a accéléré les choses. Le modèle d’affaires du Tomas Tam, le buffet «self service», est devenu obsolète. «Le buffet, c’était l’endroit où tu ne voulais pas être comme propriétaire de resto», glisse M. Tam. Les autorités sanitaires y vont rapidement vu un vecteur de choix pour la transmission du coronavirus. Pensez ici à un client qui tousse au-dessus de la salade aux patates ou la pizza. Résultat : le Tomas Tam a été l’un des premiers restaurants de Québec à plier l’échine et à se mettre en pause.

Un certain virus a évidemment eu son mot à dire dans la fermeture du restaurant Tomas Tam dans Lebourgneuf, mais les ennuis avaient commencé bien avant.

Absence de relève

À la succursale du boulevard Hamel, ouverte en 1994, le concept de buffet est toujours en vigueur, sauf que le client ne se sert plus lui-même, mais se fait servir par un employé, derrière un plexiglas. Les strictes mesures sanitaires adoptées en étonneraient plus d’un, affirme le patron, même les inspecteurs de la CNESST. Distanciation oblige, la capacité du restaurant a évidemment été réduite de 50 %.

Il y a trois décennies, Tomas Tam s’était lancé en affaires avec ses cinq frères et sœurs arrivés au pays avec lui. Aujourd’hui, à 60 ans, il est seul aux commandes. Son fils unique, Mikaël, ancien capitaine des Remparts, attend l’émission d’un visa pour reprendre le collier comme défenseur du HC Red Star Kunlun, à Pékin, dans la KHL. Ses neveux et nièces ne sont pas intéressés à reprendre les rênes. «Oublie ça. Ils nous ont vus travailler tous les jours, sept jours par semaine. Ils n’ont pas envie.»

«C’est vrai que j’en ai passé du temps ici. Mais je suis content, j’ai ramené presque tous mes employés de l’autre bord (sur le boulevard Hamel). Ç’a été une belle aventure.»