Menée en duel, la conférence a rappelé l’histoire de ces deux fleurons de l’industrie québécoise créés au début du 20e siècle.

Duel humoristique entre Biscuits Leclerc et les gâteaux Vachon

Êtes-vous plus Biscuits Leclerc ou gâteaux Vachon? C’est la question posée par les historiens Catherine Ferland et Dave Corriveau dans le cadre de la première présentation des Rendez-vous d’histoire de Québec lors d’une conférence sur les deux entreprises de la région de Québec, samedi, au Centre culture Morrin Centre.

Menée en duel, la conférence a rappelé l’histoire de ces deux fleurons de l’industrie québécoise créés au début du 20e siècle. Avec deux guerres mondiales, la grande crise économique de 1929, le virage santé dans l’industrie alimentaire et la nombreuse concurrence au fil des années, Catherine Ferland et Dave Corriveau ont raconté comment les entreprises Leclerc et Vachon ont réussi à traverser les époques pour être, encore aujourd’hui, sur les tablettes des épiceries.

Remontons en 1905, date de la création de Biscuits Leclerc par François Leclerc et sa conjointe Zélia Richard sur la rue Arago dans le quartier Saint-Roch. Monsieur Leclerc, originaire de l’Île d’Orléans, est venu s’installer à Québec pour y travailler. En 1905, son patron lui refuse une augmentation de 50 sous par semaine. Il décide alors de devenir entrepreneur pour nourrir sa famille. 

Il crée ses premiers biscuits avec la recette éprouvée de sa conjointe. Les ingrédients sont assez simples et le secret se trouve dans la cuisson. Il va également élaborer ses propres recettes. À l’époque, la concurrence est féroce. Plusieurs entreprises naissent dans les domaines du biscuit, de la boulangerie et des gâteaux, dont l’entreprise Vachon en 1923, créée en Beauce par Joseph-Arcade Vachon et sa conjointe Rose-Anne Giroux. Ils empruntent 7 000 $ pour acheter la boulangerie Leblond, à Sainte-Marie-de-Beauce, où ils se lancent dans la fabrication de pain, brioches et pâtisseries. Via l’entreprise familiale, madame Giroux souhaite ramener au Québec ses enfants, qui vivent aux États-Unis.

Au fil des années, les deux entreprises connaissent une belle notoriété dans leurs villes respectives. Si plusieurs entreprises ferment à cause de la crise économique, Leclerc et Vachon continuent leur petit bonhomme de chemin.

Des coups durs

En 1931, coup dur pour les Biscuits Leclerc, un incendie ravage le bâtiment de la rue Arago. François Leclerc décide alors de s’installer sur la rue Saint-Vallier. Cela prendra un an à l’entreprise pour retomber sur ses pieds. 

Dans la même période, la famille Vachon s’attaque à d’autres marchés. On commence à trouver la marque en Abitibi et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Vers 1932, l’entreprise crée le fameux Jos Louis qui deviendra le gâteau le plus vendu de la marque.

Chez les Leclerc, on n’est pas en reste et on prend également de l’expansion, mais François Leclerc ne veut pas aller trop vite et il s’engage tout d’abord à bien traiter ses employés. Rappelons-le, nous sommes dans les années 30, c’est la crise économique et il y a de nombreuses grèves, mais pas chez Biscuits Leclerc. Bien traités, les employés viennent en aide à leur patron lorsque le gouvernement décide d’exiger des compétences pour travailler dans l’industrie du biscuit et que des amendes sont distribuées. Ils sont prêts à aller en prison pour éviter l’amende à leur patron, mais François Leclerc payera les 250 $. 

Après le décès de Joseph-Arcade Vachon en 1938 et François Leclerc en 1939, les deux entreprises continuent sur leur lancée avec la 2e génération. La Seconde Guerre mondiale rend les opérations difficiles, mais les deux s’en sortent. 

Des choix à faire

Dans les années 50 et 60, Biscuits Leclerc et Vachon inc. prospèrent et appartiennent toujours aux familles d’origine. Chacun s’associe avec des évènements, le Carnaval de Québec pour Biscuits Leclerc et l’Expo 67 pour Vachon inc.

À la fin des années 60, Paul et Benoit Vachon, qui ont un certain âge, décident de vendre l’entreprise après une grève. En 1970, Vachon inc. est acheté par Desjardins et devient Culinar en 1977. Actuellement, l’entreprise Vachon appartient à un consortium mexicain. 

Chez les Leclerc, on se questionne aussi. Les Américains sont très intéressés par l’entreprise québécoise. Cependant, on décide de se réinventer et de créer de nouveaux biscuits.

En 1986, la 4e génération de Biscuits Leclerc quitte la Basse-Ville de Québec pour s’installer dans de nouveaux locaux à Saint-Augustin-de-Desmaures. L’usine de Saint-Vallier va rester ouverte encore quelques années avant de fermer ses portes définitivement.

Dans les années 2000, on parle de plus en plus des gras trans et du lien entre le gras et les maladies du coeur. Pour survivre, les deux entreprises continuent à fabriquer les produits qui ont fait le succès des deux marques, mais elles prennent également un virage santé en éliminant ou en réduisant les gras trans.

À la fin de la conférence, le public a voté en majorité pour les Biscuits Leclerc. Et vous?

Succès pour la première édition des Rendez-vous d’histoire de Québec 

Inspiré des Rendez-vous d’histoire de Blois (France), les Rendez-vous d’histoire de Québec se veulent éducatifs, mais aussi festifs.

«On voulait que la ville de Québec vibre en mode histoire pendant quelques jours. C’était un pari un peu fou. On se demandait si les gens allaient venir», a souligné l’historienne et présidente de l’évènement, Catherine Ferland. 

La présentation du document inédit de Champlain a propulsé l’évènement et les gens sont au rendez-vous selon madame Ferland. «On a l’heureux problème de devoir refuser des gens, a-t-elle révélé. C’est fantastique de voir qu’il y a un public pour l’histoire.» 

Selon elle, ce genre d’activité peut déclencher des passions pour l’histoire. « Quand c’est fait d’une façon racontée, on se rend compte que n’importe quel sujet peut être captivant. Il suffit que ça soit dans un format pour aller vers le public.»

Les Rendez-vous d’histoire se terminent dimanche. Voir la programmation.