Jean-Yves Duclos 
Jean-Yves Duclos 

Duclos, contrôleur aérien en attendant le prochain rendez-vous électoral

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Le président du Conseil du Trésor du Canada, Jean-Yves Duclos, assure qu’il ne se prépare pas pour des élections hâtives, mais annonce que sa photo sera sur les pancartes lorsque son gouvernement minoritaire tombera, «à moins que Dieu en décide autrement».

Entre-temps, il jouera l’arbitre face à ses collègues ministres qui se disputeront les milliards promis par les libéraux fédéraux dans le discours du trône.

L’heure n’est pas aux coupes, confirme le député de Québec, élu pour la première fois en 2015. N’empêche, faudra bien un jour ou l’autre payer la facture ; des ministères devront un jour ou l’autre se serrer la ceinture. 

Pas tout de suite, cependant : «Il n’y a pas de ministère qui doit se serrer la ceinture pour donner la chance à d’autres ministères de prendre plus de place.»

Réduire les budgets dévolus aux aînés, aux autochtones ou à la culture «serait contre-productif», selon Jean-Yves Duclos.

Ministre économique d’importance, il confirme donc que nous avons bien entendu durant le discours du trône récité par la vice-reine, au milieu de la semaine : les vannes des finances publiques demeurent grandes ouvertes.

Le président du Conseil du Trésor, lui, va gérer le trafic. «Mon rôle, c’est un peu celui d’un contrôleur aérien», illustre-t-il. «Je dois m’assurer que les avions des différents ministères, des différents ministres, vont dans la bonne direction.» 

Tous dans le «bon» sens, mais pas tous dans des avions de même taille, ni avec les mêmes réserves de carburant. Certains iront plus loin, plus vite. Surtout ceux qui dépensent pour soutenir les entreprises et les travailleurs en difficulté, pour la santé. Ceux-là seront favorisés, tant que le coronavirus SRAS-CoV-2 dérègle la planète.

Entrevue sollicitée par le ministre

Au fait, c’est l’équipe du député-ministre fédéral qui a sollicité une entrevue avec Le Soleil jeudi. Le prétexte : commenter, à chaud, le discours du trône avec un angle local... Le hic, c’est que M. Duclos n’était pas disponible jeudi ! 

Et le lendemain, vendredi ? C’est finalement avec une heure de retard qu’il nous a appelés.

Occupé M. Duclos ? En s’excusant, il a invoqué des urgences «pas du tout ni prévues ni souhaitées».

Alors, qu’est-ce qu’il voulait dire aux Québécois de Québec ? Qu’il y a des dollars pour eux dans les milliards qui percoleront éventuellement : subvention salariale prolongée, assurance-emploi, formation pour le recyclage des travailleurs, financement pour des entreprises de l’économie verte… Quelque 100 000 résidents de la région touchent la Prestation canadienne d’urgence (PCU), note-t-il. 

On y revient : ça va coûter cher. Et il faudra bien payer les factures un jour ou l’autre.

D’ailleurs, M. Duclos, on ne sait toujours pas combien vont coûter les dispendieuses promesses… 

Le président du Conseil du Trésor laissera sa collègue des Finances dévoiler les chiffres. Mais il certifie que l’important déficit anticipé de 343 milliards $ en 2020, tel qu’annoncé au cours de la mise à jour économique de l’été, tient. «Oui, c’est toujours la dernière mise à jour fiscale.»

Paraît que la reprise économique postconfinement a été un peu plus vigoureuse que ce qui était anticipé. Il y aurait de la marge. Quoique : «Il y a, comme toute prévision, un certain degré d’incertitude.»

Candidat aux élections

Dans un autre ordre d’idées : serez-vous candidat libéral aux prochaines élections ? «On est vraiment pas dans un esprit électoral.» Bien sûr, Jean-Yves Duclos dit qu’il pense à l’économie, à la santé ; il est certain que l’opposition va appuyer le gouvernement.

Répétons la question : allez-vous vous présenter aux prochaines élections ? «J’aime beaucoup mon travail comme député de la circonscription de Québec.» Votre photo sera sur les affiches électorales ? «À moins que Dieu en décide autrement…»

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Le trône ou le Trône ?

Pour le plaisir des maux du français, ouvrons une parenthèse sur le discours du Trône, ou le discours du trône…

Les linguistes du Québec et ceux du Canada ne s’entendent pas sur la prestance majusculaire du siège royal d’où est lu le fameux discours politique. 

L’Office québécois de la langue française (OQLF) ne voit pas de nécessité au grossissement du t: Discours du trône suffit donc.

Mais la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada élève plutôt la lettre: Chez les Canadiens, le siège de la reine mérite plus de prestige !