Le ministre de la Santé Christian Dubé en conférence de presse à Québec, jeudi
Le ministre de la Santé Christian Dubé en conférence de presse à Québec, jeudi

Dubé: «Si on continue, on va rentrer dans le mur» [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Si on continue comme ça, on va rentrer dans le mur», prévient le ministre de la Santé. Et la région de Québec pourrait être la première à subir le choc.

«Ce sentiment de force, d’invincibilité qu’on a souvent à Québec, les gens doivent le requestionner. Vous n’êtes pas invincibles», insiste Christian Dubé.

Jeudi après-midi, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec a appelé les Québécois à un semblant de confinement volontaire pour les prochaines semaines.

Oubliez les festivités de l’Action de grâce dans deux semaines, implore-t-il. «Si on annule des activités comme celles-là, on a plus de chances d’avoir un beau Noël», indique M. Dubé.

Avec 582 nouveaux cas de COVID-19 dépistés dans la province en 24 heures, tous les indicateurs continuent d’être à la hausse, dont les hospitalisations (184) et le nombre de personnes traitées aux soins intensifs (31).

Accompagné du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, le ministre Dubé a supplié les citoyens «d’éviter les contacts sociaux» hors de leur bulle familiale, afin de «casser la vague» de propagation qui gonfle de jour en jour.

En exemple, il a pris la région de Québec, où «on pense qu’on est le village gaulois qui peut résister à tout». Avec 103 nouveaux cas déclarés jeudi, une première au-dessus du seuil psychologique de la centaine, la Capitale-Nationale est au cœur de cette nouvelle vague de coronavirus.

Cinquante des 291 éclosions actives dans la province se trouvent à Québec. Ensemble, les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches comptent trois fois plus de nouveaux cas quotidiens qu’au plus fort de la première vague, ce printemps.

Ça va continuer à grimper

Le nombre de nouveaux cas dépistés par jour continuera de grimper dans les prochains jours, constatent les deux hommes.

«Ce qu’on voit en ce moment, toutes ces nouvelles éclosions, c’est les résultats des contacts qui se sont déroulés il y a une ou deux semaines. Il faut s’attendre à des chiffres encore plus élevés dans les prochains jours. Mais nos bons efforts actuels vont paraître dans quelques semaines», explique le ministre Dubé.

«La pire chose serait de revenir en confinement», poursuit le politicien, d’un ton grave. «Il ne faut pas frapper le mur, mais c’est notre choix à nous. Il fait éviter ces éclosions-là et pour ça, restez chez vous!»

Soupers de famille, rencontres entre amis, barbecues, fêtes d’anniversaire, mariages, funérailles, toutes les occasions où l’on multiplie les contacts entre individus sont à prohiber le plus possible, demande-t-il.

«La contamination actuelle vient de nos rassemblements en famille et entre amis. On a le choix entre le confinement, où on ne veut pas retourner, ou faire des sacrifices sur nos contacts sociaux. Peu importe dans quelle région, peu importe le code de couleurs», insiste le ministre.

Deuxième vague «inévitable», mais...

Le scientifique et sous-ministre renchérit. «On sent une tendance légère à l’augmentation d’hospitalisations puis de cas aux soins intensifs, mais on n’est pas encore dans le mur. On va être dans le mur, par contre, si nos changements de comportements ne se font pas. Et c’est pour ça qu’on le demande maintenant. Et on sait très bien qu’on ne verra pas l’effet demain matin, parce qu’il faut que les gens développent la maladie dans les 14 jours. La complication n’arrive pas toujours au tout début», fait valoir le Dr Arruda.

Il révèle par ailleurs que le taux de transmission dans certaines régions du Québec atteint 1,4 en moyenne, c’est-à-dire qu’une personne atteinte de la COVID-19 en infecte en moyenne 1,4 autre. Ou 10 qui en infectent 14. Ou les 103 nouveaux cas de jeudi qui passent la maladie à 144 autres personnes.

Le Dr Arruda croit de toute façon que cette deuxième vague s’avérait inévitable, mais pas dans n’importe quelle mesure. «Inévitable, je vous dirais que je pense que oui, parce qu’on voit le comportement du virus, chez nous comme ailleurs dans le monde. Là, la question, c’est : quelle est l’ampleur que ça va avoir? Et ça, c’est un petit peu entre nos mains.»

Arruda contredit Roberge

Directeur national de santé publique, M. Arruda a contredit le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sur la règle qui stipule que les équipes sportives d’une école ne peuvent disputer de rencontre contre d’autres écoles du moment où un cas de COVID est déclaré dans l’école, même si l’élève infecté n’est pas dans l’équipe.

«À mon information, s’il y a un cas dans une école puis qu’il n’y a pas de transmission active dans l’école, ce n’est pas indiqué de fermer les matchs interscolaires», a-t-il répondu, ajoutant toutefois que le ministère de l’Éducation et la Santé publique confectionnent d’ordinaire leurs guides main dans la main.

À LIRE : Le sport interscolaire peut-être sauvé?

Tout indique que M. Roberge et son ministère modifieront leur directive en ce sens vendredi, selon des informations réunies par le Journal de Québec. Le Réseau du sport étudiant du Québec attend la confirmation officielle avant de commenter.

Petite partie de la Gaspésie en jaune

M. Dubé a annoncé le passage de l’état de vigilance (code vert) à celui de préalerte (jaune) dans la municipalité régionale de comté (MRC) d’Avigon, en Gaspésie. Limitrophe avec le Nouveau-Brunswick, ce territoire comprend Matapédia, Carleton-sur-Mer et Maria.

Le reste de la région sociosanitaire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine demeure au vert, tandis que les 17 autres régions du Québec conservent leur niveau d’alerte respectif.

4000 réponses

Au rayon des bonnes nouvelles, quelque 4000 personnes possédant une certaine expertise en la matière auraient soumis leur candidature pour aller prêter main-forte dans les centres de dépistage.

De plus, les délais d’attente dans les centres de dépistage sont maintenant affichés en ligne sur le site Québec.ca/testsdélais, par tranche de 30 minutes. Au moment d’écrire ces lignes, jeudi après-midi, quatre centres de dépistage de la Capitale-Nationale affichaient un maximum d’une demi-heure d’attente, tandis que le temps d’attente à Fleur de Lys n’était pas disponible.

Mobilité maintenue

Durant la première vague, au printemps, la mobilité du personnel avait été identifiée comme une des principales sources de propagation du virus dans les Centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).

Mais ces mouvements de personnel d’un centre à l’autre se sont poursuivis quand même pour éviter des ruptures de services, compte tenu de la pénurie de main-d’oeuvre.

Et il pourraient bien continuer cet automne, a confirmé le ministre Dubé jeudi, car il manque toujours d’infirmières et d’infirmières auxiliaires.

«Je ne dis pas qu’on n’en aura pas (de mobilité), parce qu’on ne l’a pas, le personnel» requis, a-t-il admis.

La différence cette fois c’est que les mouvements de personnel devront être autorisés par la direction de l’établissement, a-t-il dit.