Pour le président-directeur général de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, Bruno Marchand, il est plus urgent que jamais de s’attaquer au problème. «Si on ne le fait pas, la situation va empirer et les effets vont être encore plus graves.»
Pour le président-directeur général de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, Bruno Marchand, il est plus urgent que jamais de s’attaquer au problème. «Si on ne le fait pas, la situation va empirer et les effets vont être encore plus graves.»

Du plomb dans les ailes: faire la pédagogie des inégalités sociales

Normand Provencher
Normand Provencher
Le Soleil
C’était le cas avant la COVID, ça l’est davantage à mesure que l’épidémie agit comme un puissant révélateur des inégalités sociales : «si tous les hommes naissent égaux, certains sont plus égaux que d’autres», pour citer Coluche, lui-même inspiré par La ferme des animaux d’Orwell.

C’est dans ce contexte que l’organisme caritatif Centraide Québec, ainsi que ses composantes de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent, publie le livre Du plomb dans les ailes, où la question des inégalités sociales est expliquée sous toutes les coutures, dans une volonté pédagogique de solliciter l’engagement collectif pour en venir à bout.

Pour le président-directeur général de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, Bruno Marchand, il est plus urgent que jamais de s’attaquer au problème. «Si on ne le fait pas, la situation va empirer et les effets vont être encore plus graves.»

Comme l’illustre une caricature du bouquin, dont l’idée a germé bien avant la pandémie, face à une gigantesque vague symbolisant les menaces actuelles, qu’elles soient sanitaires ou climatiques, tout le monde est peut-être dans le même bateau, comme on aime le dire, mais quelques passagers ont la chance de porter une veste de sauvetage...

Bruno Marchand emprunte une autre analogie pour expliquer les inégalités sociales. Partir avec deux prises contre soi dans la vie équivaut souvent à essayer de monter un escalier roulant en sens inverse. «On s’épuise pour obtenir moins de résultats.» C’est le cas de nombreux laissés-pour-compte nés dans un milieu pauvre, où il faut trimer dur pour s’en sortir, sans nécessairement que leurs efforts portent fruit, ajoute-t-il. 

M. Marchant a compris assez tôt que tout le monde ne part à égalité dans la grande course de la vie. «Moi, confie-t-il en plongeant dans ses souvenirs d’enfance, je mangeais trois repas par jour dans ma famille, à Limoilou. Mon ami qui habitait en face ne les avait pas, ces trois repas. Quelles étaient ses chances de se rendre à la fin de son année scolaire, de réussir ses examens, d’accéder aux études supérieures? Ma marraine a payé mes études, lui il n’y avait personne pour le faire. Si on avait passé un test de quotient intellectuel à l’époque, peut-être qu’il était plus intelligent que moi.»

«Au secondaire, poursuit-il, si vous fréquentez un programme public, vous avez 15% de chances de vous rendre aux études supérieures Elles grimpent à 51% si vous êtes dans un programme public particulier. Ce n’est pas parce que certains sont des cancres, ils n’ont tout simplement pas les mêmes chances.»

Si le gouvernement fédéral a déployé «de grands efforts» pour répondre à la hausse des demandes d’aide depuis le début de la pandémie, il croit que «devant l’immensité des besoins, il faut encore en faire». Car au final, l’inaction face aux inégalités a un prix pour toute la société. Une étude du gouvernement du Québec en 2011 évaluait le coût de la pauvreté dans la province entre 15,7 et 17 milliards$.

Les inégalités et l’exclusion sociale entraînent de multiples répercussions sur les conditions de vie des personnes touchées. Plus d’obésité, de consommations de drogues, de délinquance, d’emprisonnements, entre autres. Une autre étude a démontré que des citoyens de Québec vivant dans certains quartier défavorisés avaient une espérance de vie réduites de huit ans comparativement à ceux de quartiers mieux nantis. «Collectivement, on se tire dans le pied», croit M. Marchand.

Et que penser de ce courant de pensée, le «darwinisme social», qui veut que si la vie est une jungle, seuls les plus forts survivent? Une «méritocratie» qui ne plaît guère à Bruno Marchand. «C’est rassurant de dire qu’on mérite ce qu’on a. Je n’enlève rien à ceux qui ont réussi et qui ont eu des résultats à la hauteur de leurs efforts. Sauf qu’il ne faut pas être naïf au point de penser que les autres aussi n’ont pas fait d’efforts pour s’en sortir.»

Du plomb dans les ailes – Avis sur les inégalités sociales. Éditions Septentrion. 194 pages.