Sur 52 certificats d’analyse, 10 présentaient des taux de plomb dépassant les normes à l’école secondaire De Rochebelle.

Du plomb dans l’eau à l’école De Rochebelle

Il y a du plomb dans l’eau, parfois au-delà des normes, à la Commission scolaire des Découvreurs. Du moins à l’école secondaire De Rochebelle où le contaminant — nocif pour la santé surtout chez les jeunes — coule depuis des années. Qu’en est-il dans les autres établissements du territoire desservi? Nous ne pouvons répondre, l’eau n’y aurait pas été testée, nous a-t-on affirmé.

Quoi qu’il en soit, la CS des Découvreurs vient d’exiger que le personnel de toutes ses bâtisses fasse couler l’eau de tous les robinets et de toutes les fontaines durant «quelques minutes», cela tous les matins. Un surplus de travail, certes. Mais les employés doivent s’atteler à la tâche quotidiennement jusqu’à nouvel ordre, explique au Soleil la conseillère aux communications, Marie-Ève Malouin. «On a pris cette procédure pour s’assurer que l’eau pour les élèves est bonne.»

Un courriel viendrait d’ailleurs d’être envoyé aux parents pour leur expliquer la démarche. Cette façon de faire est censée diluer le plomb qui pourrait être présent dans l’eau bue en la faisant circuler dans les tuyaux.

Il s’agit d’une mesure d’exception mise en place pour répondre aux inquiétudes des familles à la suite de publications d’enquêtes journalistiques, notamment dans Le Soleil, sur le plomb présent dans l’eau de certaines écoles du Québec.

Des révélations jugées assez préoccupantes pour que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ordonne des analyses dans l’ensemble du réseau scolaire.

Coïncidence : la directive sur «l’eau à faire couler tous les matins» a été émise au moment où Le Soleil posait des questions à la Commission scolaire des Découvreurs, depuis quelques semaines, sur la contamination au plomb dans ses bâtiments.

Nous avons notamment réclamé en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics les analyses de l’eau faites dans les écoles. La directrice du Service du secrétariat général et des communications, Mélanie Charest, nous a envoyé 52 tests faits à De Rochebelle par une firme privée. Elle ne nous a toutefois pas transmis de données quant aux 21 autres établissements scolaires de la CS des Découvreurs. Voilà pourquoi nous n’avons pas plus de détails à transmettre.

Nous nous attendions cependant à recevoir des examens effectués par la Ville de Québec qui a un programme d’échantillonnage gratuit dans les écoles.

Pourtant, la CS des Découvreurs dispose de rapports de la Ville. On nous a indiqué que c’est justement la mairie qui a demandé à la commission scolaire de tester la majorité, sinon tous les abreuvoirs de l’école secondaire De Rochebelle après avoir décelé un excès de plomb.

52 tests

Justement, quels sont les résultats à De Rochebelle? Sur les 52 certificats d’analyse obtenus, 31 révèlent la présence de plomb au-dessus du seuil de détection; aux pavillons Marie-Victorin, Félix-Leclerc, Jacques-Rousseau et Gilles-Vigneault. La majorité d’entre eux, 21, affiche un taux oscillant entre 1 µg/l (microgramme par litre) et 4 µg/l. Attention! Il y a ici du plomb, mais sous la norme qui est maintenant de 5 µg/l. Avant, c’était 10 µg/l.

Dans le lot, 10 tests ont néanmoins mis en évidence des taux de plomb dépassant la nouvelle norme. Les pires niveaux de plomb ont été repérés dans une salle identifiée «WC Hommes» du niveau 0 du pavillon Gilles-Vigneault : 27 µg/l dans un premier temps, puis 19 µg/l. C’est sans doute là qu’un robinet a été remplacé. Car la Commission scolaire des Découvreurs a effectué «un seul» correctif après la série d’inspections, soit changer un robinet, note Marie-Ève Malouin.

Depuis les tests de 2016, l’eau continue de couler dans les autres abreuvoirs et lavabos où du plomb a été observé. Mais la norme de l’époque n’était pas la même. Ni la sensibilité des politiques pour ce dossier de santé publique.

Ainsi, selon les documents reçus, huit échantillons contenant entre 5 µg/l et 11 µg/l n’auraient pas mené à des travaux correctifs. Certains provenant d’une «salle à dîner», d’une «cuisine» et d’un «gym».

Quelque 1730 élèves et 200 employés scolaires fréquentent De Rochebelle.

Sous-estimé?

Par ailleurs, les prélèvements ont été effectués à De Rochebelle fin avril 2016. Ceux-ci pourraient donc sous-estimer la présence du métal parce que la science préconise plutôt des analyses estivales afin d’obtenir des résultats plus fiables. «[À la Ville de Québec], les tests de vérification du plomb dans l’eau potable sont effectués du 1er juillet au 30 septembre», dixit Wendy Whittom, conseillère en communication. «Selon la littérature scientifique, c’est en cette période de l’année, où l’eau est plus chaude, que le dépistage des problématiques de plomb dans l’eau potable est le plus efficace.»

Rappelons que l’Institut national de santé publique du Québec déplore le faible nombre de tests effectués dans les garderies et écoles. Et que Santé Canada préconise que l’eau de chaque fontaine et robinet de ces institutions soit testée annuellement.

Rappelons également que la science ne peut établir un niveau de plomb acceptable. «Avec le plomb, il y a toujours un risque», expliquait récemment au Soleil Isabelle Goupil-Sormany, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale. «Les scientifiques ne sont pas capables de dire qu’à un seuil il n’y a pas d’effets à la santé. Pour les métaux en général, il n’y a pas de valeur sécuritaire.»

Le plomb affecte notamment le développement intellectuel des enfants.