Le «Fulmar» est à quai à Québec jusqu’au 12 novembre.

Du Groenland à Québec, le «Fulmar» de la Marine française loin de la maison

La fonte des glaces dans l’Arctique entraîne de nombreux enjeux militaires, commerciaux, touristiques et climatiques dans un secteur très prisé par plusieurs pays et entreprises privées. Le Soleil s’est entretenu avec le commandant du «Fulmar», patrouilleur de la Marine nationale française, en escale à Québec pour de la maintenance, et qui revient d’une mission d’un mois au Groenland, île autonome rattachée au royaume du Danemark et territoire d'outre-mer associé à l'Union européenne.

Le secteur du Groenland situé entre les océans Arctique et Atlantique, à l'est de l'archipel arctique canadien, au nord-est de l’Amérique du Nord attire de nombreuses convoitises. Longtemps protégé par les glaces, l’endroit était difficilement accessible, mais avec les changements climatiques, la route maritime s’est ouverte au nord-est et au nord-ouest. Le nord-ouest intéresse particulièrement le Canada, qui est situé à seulement 35 km du Groenland.

«Vous pouvez économiser quasiment 15 jours de navigation en passant par cette route plutôt que par Panama ou le canal de Suez. Pour un porte-conteneur qui fait New York-Taiwan, ça lui fera gagner du temps et de l’argent», explique le lieutenant de vaisseau, Sébastien Lemoine, commandant du navire de 38,9 mètres.

L’Arctique regorge également de nombreuses ressources naturelles comme le pétrole. Les différents pays qui entourent le secteur essayent donc de se positionner pour profiter des ressources disponibles et qui n’ont pas encore été exploitées. Le Canada et le Groenland se disputent d’ailleurs depuis plus de 300 ans la souveraineté de l’ile Hans, un îlot inhabité de 1,3 km2 situé sur la frontière maritime entre les deux pays.

Premier entraînement de sauvetage France-Danemark

La France est positionnée afin de s’assurer que le Groenland, qui compte environ 60 000 habitants, garde ses ressources. Le Fulmar basé à Saint-Pierre-et-Miquelon est donc régulièrement envoyé dans ce secteur pour participer à des entraînements pour protéger le territoire qui est rattaché à l’Union européenne.

Entre le 3 au 10 septembre, la France et le Danemark ont collaboré à un premier exercice en commun de recherche et de sauvetage (SAR) en zone arctique dans la baie de Disko. En plus du Fulmar, le patrouilleur polaire Knud Rasmussen, un Falcon 50 de la Marine nationale française et l’hélicoptère Sea King de la compagnie civile Air Greenland ont pris part à l’exercice Argus.

«C’est l’endroit où vont tous les croisiéristes en ce moment. C’est un endroit à peu près dégelé l’été et on voit des icebergs, c’est magnifique», souligne-t-il. 

Le «Fulmar» durant sa mission au Groenland.

« Les bateaux se mettent en danger et il faut au moins 24h aux premiers secours pour arriver et plusieurs jours pour les autres. Les entraînements sont donc nécessaires pour être capables d’intervenir dans un milieu hostile. Naviguer dans les glaces ce n’est pas intuitif. »
Lieutenant de vaisseau, Sébastien Lemoine, commandant du Fulmar

Un environnement rude

L’équipe du Fulmar, composée de 11 hommes a dû intervenir dans des conditions très difficiles. Les militaires ont entre autres réalisé des exercices de remorquage et de sauvetages en mer. «Ils mettaient des mannequins à l’eau et des embarcations cachées dans un fjord. On avait un appel de détresse et il fallait retrouver les disparus», raconte le lieutenant Lemoine. «Trouver quelqu’un blessé, incapable de faire des signes, c’est très compliqué sur un territoire de la taille du Groenland.» 

Le Fulmar a aussi navigué dans des champs de glaces, qui sont dangereux à traverser avec les nombreux icebergs. «Un iceberg de la taille de deux mètres peut couler un bateau. Il suffit de rentrer dedans à 10 noeuds (18,5 km/h) pour que l’iceberg fasse une déchirure suffisante qui va créer une voie d’eau et couler le bateau», indique le commandant.

L’équipe a appris comment éviter les icebergs et reconnaitre ceux qu’un bateau peut longer et pousser sans provoquer un accident. Au début, le patrouilleur danois ouvrait la voie puis le Fulmar a dû se débrouiller seul et l’expérience a été difficile. «Le dernier jour, on était en complète autonomie et on a eu de la brume avec une visibilité de 50 mètres. On n’a pas fait les fiers, mais c’était très formateur», a-t-il confié.

Le Fulmar est basé à Québec jusqu’au 12 novembre.

Le «Fulmar» durant sa mission au Groenland.