Environ 350 personnes se sont présentées à la marche.
Environ 350 personnes se sont présentées à la marche.

Drame de Wendake: «marcher ensemble pour guérir» [PHOTOS]

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
Dimanche, la nation huronne-wendat a marché en l’honneur des deux jeunes frères partis trop tôt, tués il y a une semaine dans une résidence de Wendake. Une marche qui s’est déroulée sous le symbole de la guérison pour toute la communauté. «Pour nos petits anges», répétaient les participants.

Les membres de la communauté présents ont chanté, dansé et marché en l’honneur des enfants perdus, pour les deux frères ainsi que deux autres enfants décédés plus tôt cette année. Ces derniers étaient âgés de 13 mois et 11 ans.

«Ça ne remplace pas les funérailles, ce n’est pas une cérémonie, c’est pour démontrer qu’il y a une communauté qui supporte ces familles-là. C’est vraiment un moyen pour nous de symboliquement démontrer tout le support que la communauté peut donner», note l’une des organisatrices, Jennifer O’Bomsawin.

L'une des organisatrices de la marche, Sabryna Godbout.

Environ 350 personnes étaient du rendez-vous, toutes avec un masque au visage. Étant donné le grand élan de solidarité, les trois organisatrices ont dû limiter la participation aux gens de la région. En contexte de pandémie, il le fallait. Un Facebook Live a été fait pour que les gens de l’extérieur puissent assister à la marche, à distance.

«Beaucoup de monde voulait participer, il a fallu calmer les ardeurs. Mais on le fait vraiment pour les familles touchées, donner un sens au mot communauté. On espère qu’elles recevront cette vague d’amour là», ajoute Jennifer O’Bomsawin.

Les membres de la communauté présents ont chanté, dansé et marché en l’honneur des enfants perdus, pour les deux frères ainsi que deux autres enfants décédés plus tôt cette année. Ces derniers étaient âgés de 13 mois et 11 ans.

Une dernière berceuse

Les membres de la communauté n’étaient pas indifférents devant le crime qui leur a enlevé leurs garçons, mais l’ambiance ne laissait pas de sentiment de haine. On parlait plutôt de «guérir ensemble».

Andrée Lévesque Sioui travaille au centre de la petite enfance que fréquentaient les jeunes frères, elle y enseigne la langue wendat. Tambour à la main, elle faisait partir des chanteurs pendant la marche. Elle soufflait des paroles d’amour juste derrière les familles, pour les réconforter.

«Le premier chant que j’ai chanté est une berceuse wendat, pour bercer les enfants une dernière fois. Chanter, pour nous, c’est remercier. Remercier, c’est encourager à continuer. On les voit les autres enfants, ils sont là avec leur joie. Dans la chanson, je dis “Je t’aime, mon cœur” en wendat. On doit continuer et guérir ensemble», confie-t-elle.

Danielle Gros-Louis avoue qu’elle a peine à retenir ses larmes depuis une semaine. Elle était avec les enfants pratiquement tous les jours au CPE.

«Le dernier vendredi, je l’avais avec moi le petit, je l’ai bercé, il chantait la chanson avec moi. Je l’ai rechanté aujourd’hui, ça fait du bien. On continue», souffle-t-elle, encore émotive.

Andrée Lévesque Sioui (gauche) et Danielle Gros-Louis (centre) côtoyaient les enfants au CPE de Wendake.
Les membres de la communauté n’étaient pas indifférents devant le crime qui leur a enlevé leurs garçons, mais l’ambiance ne laissait pas de sentiment de haine. On parlait plutôt de «guérir ensemble».

Besoin de réponses pour «nos enfants»

La famille des enfants tués travaillait dans la communauté, les enfants y étaient bien intégrés. Peu importe d’où ils étaient originaires, toute la nation se dit encore ébranlée par leur décès, teinté d’une violence inexplicable.

«Ce sont nos enfants. Des êtres humains qui n’ont jamais demandé d’être un sacrifice humain de cette façon-là», rappelle le Grand chef de Wendake, Konrad Sioui.

Rappelons que Michaël Chicoine, 30 ans, a été accusé du meurtre au deuxième degré des deux garçons. Il s’était lui-même rendu au poste de police de la Ville de Québec.

Pas moins de cinq enquêtes ont été lancées pour connaître les circonstances qui ont mené à la mort des petits. Parmi elles, une enquête externe sur la DPJ et deux enquêtes de la Commission des droits de la jeunesse.

«Ce sont des enquêtes qui visent le court terme et c’est ce dont on a besoin. On a besoin de réponses rapidement», insiste-t-il.

La famille des enfants tués travaillait dans la communauté, les enfants y étaient bien intégrés. Peu importe d’où ils étaient originaires, toute la nation se dit encore ébranlée par leur décès, teinté d’une violence inexplicable.

Par ailleurs, il se réjouissait de voir «une communauté encore plus unie» dimanche, devant l’organisation de la marche et du nombre de participants.

«C’est un moment précieux au sein de la nation, pour se recueillir. Faire une marche d’espoir et d’unité. On n’a pas de réponse à nos questions, mais au moins on va s’aider ensemble. On a besoin d’être encore plus unie comme société.»

Le Grand chef de Wendake, Konrad Sioui

Le député Gérard Deltell était lui aussi présent lors de la marche dimanche.

«Je suis un gars du coin, je viens de Loretteville. Je connais très bien Wendake, je les représente à l’Assemblée nationale depuis 12 ans. C’est comme humain que nous sommes ici, en guise soutient pour les familles, surtout à la mère des garçons. Savoir que des centaines de gens pensent à elle, c’est un beau signal qui est envoyé», indique-t-il.

Il ne va pas sans dire que les tristes événements de la semaine dernière nous rappellent le départ des petites Romy et Norah, tuées à Saint-Apollinaire au mois de juillet.

«Une tragédie n’efface pas l’autre, elle peut en rappeler une autre. Elle rappelle toute la détresse humaine qui peut exister, ça nous interpelle tous pour être plus vigilants, plus attentifs aux signaux. Personne n’est à l’abri d’une détresse, personne», termine le député de Louis-Saint-Laurent pour le Parti conservateur du Canada.

Le député Gérard Deltell était lui aussi présent lors de la marche dimanche.